Écologie, vieillissement, petite enfance : les grands défis qui attendent les nouveaux maires

Les Surligneurs 2026-03-26 View source

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Quelle que soit leur couleur politique, les équipes municipales fraîchement élues vont devoir relever de nombreux défis posés par la mise en œuvre de politiques publiques nationales. Et ce, dans un contexte budgétaire particulièrement tendu. Les Surligneurs font un tour d’horizon des prochaines échéances.

Vu de l’extérieur, la poussière semble être enfin retombée dans les hôtels de ville, quelques jours à peine après le second tour des élections municipales du 22 mars 2026. Règlements de comptes, alliances politiques, primaires… Dans les starting-blocks du sprint à la présidentielle de 2027, les états-majors des partis ont déjà enjambé le scrutin local et visent le trophée suprême : l’Élysée.

À l’inverse, les conseillers municipaux fraîchement élus se lancent, eux, dans un marathon semé d’embûches. Gestion du grand âge, transition écologique, transformation urbaine, petite enfance… Quelles que soient la couleur politique et le programme qui a emporté l’adhésion des administrés, les communes vont devoir relever d’importants défis liés à la mise en œuvre de politiques publiques nationales. Une tâche rendue d’autant plus complexe par la nette baisse des financements des collectivités locales. Les Surligneurs dressent un tour d’horizon des principaux chantiers qui attendent les nouveaux maires.

La transition écologique, pilier de l’aménagement du territoire

Grande absente des élections municipales, dont les débats ont été dominés par des enjeux régaliens parfois très éloignés de l’action communale, la transition écologique s’impose pourtant comme le pilier structurant des politiques d’urbanisme et d’aménagement du territoire menées localement.

« La répétition des épisodes de canicule, de sécheresse, d’inondation et de submersion demande un important travail d’anticipation et de gestion des risques au niveau communal et intercommunal, souligne Romain Briot, directeur général adjoint des Intercommunalités de France. Lequel se cumule avec un objectif de sobriété nécessaire à l’adaptation et à la prévention du changement climatique. Ces actions doivent être articulées avec les enjeux sociaux, comme la protection des populations vulnérables pour lesquelles il est de plus en plus dur de se loger, de se déplacer, voire même de se chauffer. » Tout un programme pour les nouveaux conseils municipaux.

Un premier jalon sera posé le 26 novembre 2026 : à la suite des communes, 1 100 intercommunalités doivent rendre avant cette date leur plan intercommunal de sauvegarde (Pics), un document visant à planifier la réponse aux crises. Parmi lesquelles figurent les catastrophes naturelles, plus fréquentes et plus intenses qu’auparavant.

Mais le véritable éléphant dans la pièce est l’objectif de zéro artificialisation nette des sols (ZAN) d’ici à 2050. La loi Climat et résilience de 2021 qui lui a donné naissance contient un objectif intermédiaire : le pays doit réduire de moitié la consommation d’espaces naturels, agricoles et forestiers d’ici à 2031 par rapport à la décennie 2011-2021. Le couperet tombe donc un an avant la fin du mandat des nouveaux maires, qui devront faire preuve de volontarisme écologique. Même à contrecœur.

L’objectif ZAN devra en effet être décliné dans les schémas de cohérence territoriale (Scot) des grandes intercommunalités avant le 22 février 2027, ainsi que dans les plans locaux d’urbanisme (PLU) et les PLU intercommunaux d’ici le 22 février 2028.

Ces documents de planification devraient également bientôt intégrer la trajectoire de référence du réchauffement climatique fixée en début d’année : fondée sur les projections scientifiques actuelles, elle prévoit un réchauffement en France métropolitaine à +2 degrés en 2030, et +4 degrés en 2100.

Loin d’être anodine, cette dernière mesure devrait entraîner, au niveau communal, la mise en place de mesures d’adaptation proactives visant à réguler la chaleur en ville, les dispositifs de transport ou encore les aménagements des littoraux.

Les communes en première ligne face au vieillissement

Après la transition écologique, la transition démographique est l’autre grand bouleversement en cours. En 2025, pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a enregistré plus de décès que de naissances. Le taux de fécondité des femmes a, lui, atteint son niveau le plus bas (1,56 enfant par femme) depuis 1918. Le vieillissement de la population est inéluctable : d’ici 2040, les plus de 65 ans devraient compter pour plus d’un quart de la population, selon un rapport de l’Ined, contre 21,5 % au 1er janvier 2024.

« Ce phénomène est encore plus net dans les petites villes », remarque André Robert, délégué général de l’Association des petites villes de France. « Et qui dit vieillissement dit accroissement des dépenses financières et notamment de santé. Entre l’organisation du maintien à domicile, la construction de nouveaux habitats adaptés, de maisons de retraite, la lutte contre l’isolement et l’animation des services dus aux personnes âgées, les communes vont avoir un rôle extrêmement important à jouer », ajoute le responsable.

Les besoins sont colossaux : il faudrait créer 365 000 places supplémentaires en Ehpad et recruter 150 000 à 200 000 personnes d’ici 2050 pour encaisser le choc du vieillissement, selon un rapport de la Drees. « Avec les centres communaux d’action sociale [CCAS, présidés par le maire de la municipalité, ndlr] le bloc communal se retrouve en première ligne pour assurer cette transition », note Romain Briot des Intercommunalités de France.

En 2024, la loi dite « Bien vieillir » a renforcé le pilotage territorial de l’accompagnement des personnes âgées en créant, notamment, un service public départemental de l’autonomie (SPDA). Le bon fonctionnement de ce « guichet unique » du grand âge repose en partie sur le travail de recensement et de prévention mené par les communes auprès de leurs administrés, comme le registre canicule, dont la portée a été étendue pour en faire un outil de veille renforcée « multifonction » au service des centres communaux d’action sociale.

Malgré ces évolutions, les mesures d’adaptation des territoires contenues dans la loi « Bien vieillir » sont restées « trop limitées », selon un rapport sénatorial. Pour affronter la vague grise, les associations de maires réclament la mise en place d’un plan grand âge pluriannuel, longtemps promis par le gouvernement, puis finalement renvoyé aux calendes grecques après le départ, en février, de la ministre déléguée chargée des personnes âgées et du handicap.

Signe supplémentaire de la fébrilité liée à la gestion du grand âge, la signature des contrats pluriannuels d’objectifs et de moyens (CPOM) entre les agences régionales de santé (ARS) et les établissements et services médico-sociaux (ESMS) – dont les Ehpad gérés par les communes –, prévue en 2024, a été repoussée au 31 décembre 2026. Une échéance à surveiller pour les nouveaux conseils municipaux.

Le déploiement du service public de la petite enfance

À l’autre extrémité de la pyramide des âges, la gestion de la petite enfance compte également parmi les dossiers chauds de la nouvelle mandature. Depuis le 1er janvier 2025 et l’entrée en vigueur de la loi « Plein emploi », les villes sont reconnues comme l’autorité organisatrice du service public de la petite enfance (SPPE). Les municipalités doivent recenser les besoins d’accueil des jeunes enfants et développer une politique qui y réponde, avec des obligations qui varient selon la taille de la commune.

Bien que l’obligation soit en place depuis plus d’un an, « ce sont les équipes élues en mars qui porteront ce chantier, les derniers textes d’application [étant] sortis fin 2025 », note Elisabeth Laithier, nommée ambassadrice du SPPE en février 2026, dans un entretien à l’AFP.

Installation de crèches privées ou publiques, développement de maisons d’assistantes maternelles, gestion en régie ou délégation de service public… Les modalités exactes d’accueil sont à la discrétion des communes qui feront leur choix en fonction des spécificités de leur territoire. Et pour beaucoup de municipalités, le défi reste à relever. Si certaines d’entre elles proposent des places d’accueil pour 85 % des tout-petits, d’autres à peine 17 %, relève Elisabeth Laithier, qui devrait entamer un tour de France pour sensibiliser les élus au SPPE.

L’enjeu pour les mairies est de garantir l’accès à un service de qualité, après les nombreux scandales qui ont grevé la confiance des parents. « Même si les mauvaises conduites sont minoritaires, la mise en place du SPPE répond à un besoin de cadrage : il faut qu’il y ait un garant dans la pièce », analyse Daniel Cornalba, maire de L’Etang-La-Ville et référent sur ce dossier au sein de l’Association des petites villes de France.

Avec quels moyens ? « La réforme a effectué un transfert de compétence sans transférer les financements qui vont avec », regrette Daniel Cornalba. « De l’aveu même de l’État, les compensations prévues par la loi ne couvrent qu’à hauteur de 50 % la réalité du surcoût que cela entraîne [pour les communes]. »

Les villes ne peuvent même pas invoquer le principe constitutionnel de compensation intégrale des transferts de compétence de l’État aux collectivités, car il s’agit, dans ce cas précis, d’une création de compétence territoriale. L’article 72-2 de la Constitution prévoit en effet que les créations ou extensions de compétences entrainant l’augmentation des dépenses des collectivités sont accompagnées de ressources déterminées par la loi. Autrement dit, dans le cas du SPPE, la loi détermine un montant forfaitaire versé aux municipalités, qui doivent se débrouiller avec.

La tâche s’annonce d’autant plus difficile pour les communes qu’elles doivent composer avec des difficultés de recrutement structurelles au sein de la filière de la petite enfance. « On manque cruellement de personnel », relève Daniel Cornalba. « C’est un vrai enjeu dans certains territoires, qui explique parfois le fait que des crèches existent, mais que les places ne peuvent pas être attribuées faute de professionnels. »

Malgré les financements débloqués depuis 2024 dans le cadre du plan d’investissement pour l’accueil du jeune enfant, il manquerait 13 500 professionnels pour assurer le service dans les crèches, selon Elisabeth Laithier. Et « parmi les 240 000 assistantes maternelles en exercice, la moitié seront parties en retraite d’ici 2030. Il faudrait en recruter 15 000 par an, un objectif irréaliste », calcule l’émissaire du SPPE.

En attendant que ce déficit se résorbe, Daniel Cornalba plaide pour que les maires incluent le besoin des familles en matière de petite enfance dans l’analyse des besoins sociaux effectuée en début de mandat. L’objectif : actualiser les données des collectivités afin de résorber les décalages avec les chiffres dont disposent les caisses d’allocations familiales. « En matière de petite enfance, des chiffres obtenus ou transmis deux à trois ans plus tard ne sont plus pertinents. »

 

Auteurs :

Auteur : Nicolas Turcev, journaliste

Relectrices et relecteurs : Maylis Ygrand, journaliste

Martine Long, professeur de droit public à l’université d’Angers

Jean-Paul Markus, professeur de droit public à l’université Paris-Saclay

Hervé Rihal, professeur émérite de droit public à l’université d’Angers

Liens d’intérêts ou fonctions politiques déclarés des intervenants à l’article : aucun

Secrétariat de rédaction : Nicolas Turcev, journaliste

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