Sadeck Berrabah, l’irrésistible ascension du “petit danseur” de Forbach
« Quand je vois les artistes de fou qui me suivent sur les réseaux, je pense à Rihanna, Kelly Rowland, Shakira… C’est une dinguerie ! Quand tu vois d’où je viens, tout ce que j’ai traversé, je ne peux qu’être content de tout ce qui m’arrive », confie Sadeck Berrabah. Cet amoureux de la danse a connu une ascension fulgurante entre son Alsace natale et les plus grandes scènes du monde.
À quelques jours de la première de son dernier spectacle, Sadeck apparaît détendu. Nous le retrouvons dans le deuxième arrondissement de la capitale, un grand sourire qui réchauffe en cet après-midi grisâtre.
Le quartier, la danse et Michael Jackson
Avant les représentations et les sollicitations aux quatre coins du globe, qui le poussent à toujours regarder son téléphone du coin de l’œil, il y a Forbach. C’est dans cette petite ville du Grand Est que Sadeck grandit durant les années 90. Sur ces terres jadis minières, le jeune homme développe son amour pour la danse.
À l’instar de ses pairs, cet art devient une évidence lorsqu’il découvre les clips du roi de la pop : « Quand j’ai vu Michael Jackson, je me suis dit que c’était ce que je voulais faire de ma vie ! Je regardais tout le temps MTV, je regardais les clips de Usher ou de Justin Timberlake. Beaucoup de grands de mon quartier dansaient aussi donc forcément ça m’inspirait », se souvient-il.
Le talent de Sadeck est indéniable. Il impressionne son quartier par sa précocité et sa maîtrise du hip-hop. « Très rapidement on m’a surnommé “le petit danseur” au quartier ! Je voyais dans le regard des gens qu’ils étaient impressionnés quand je dansais. Ça m’a persuadé du fait que je devais faire ça de ma vie. La danse était devenue quelque chose de primordial. »
Sadeck grandit, perfectionne ses mouvements et très vite Forbach devient trop petit pour son talent et son ambition. Il quitte alors le cocon familial et part vivre à Montpellier, laissant derrière lui une situation intenable. « À la maison, j’avais connu beaucoup de galères. Mes parents ont divorcé très tôt. À l’école, j’étais une catastrophe. Je n’arrivais pas à tenir sur une chaise toute une journée. J’ai fait quelques conneries. Tout ça aurait pu mal tourner… », raconte-t-il, finalement heureux du tournant que sa vie a pris.
Montpellier, point de départ d’une nouvelle vie
C’est à Montpellier que Sadeck s’établit, à l’aube de ses vingt ans. Là-bas, il galère, commence par des petits boulots avec l’espoir de vivre de la danse dans un coin de la tête : « Quand je suis arrivé dans le sud, j’ai vu le soleil, la mer, je me suis dit que je ne remonterai plus jamais en Alsace (rires). J’y ai commencé un CAP de maçonnerie et de plomberie. » Le danseur commence à faire parler de lui, concourt dans de nombreuses compétitions en France et à l’étranger, qu’il remporte évidemment.
Tout ceci le pousse à arrêter la maçonnerie afin de se consacrer à sa passion. « Je m’étais laissé deux ans pour réussir à vivre de la danse. Même si, à l’époque, c’était une décision très risquée, aujourd’hui je ne regrette absolument pas mon choix », se souvient-il.
Au cours de ces années, il se perfectionne et se détache peu à peu du style hip-hop dans lequel il excellait. « J’arrivais dans une forme de lassitude. J’en avais marre des battles, je souhaitais développer mon propre style et sortir de l’univers du hip-hop. Je voulais danser sur un autre type de musique et créer quelque chose d’un peu plus poétique », explique-t-il.
C’est ainsi qu’en 2017 avec ses amis, il fonde le groupe Géométrie Variable. Avec un style reconnaissable entre tous, les membres du groupe utilisent les lignes de leurs corps, les bras, la tête, voire les mains et des objets divers, sur un fond de musique classique ou alternative pour monter des chorégraphies à la synchronisation spectaculaire. C’est au cours de cette même année que Sadeck poste une démo de son groupe sur Facebook.
Le buzz est immédiat. « Du jour au lendemain, ma vidéo engrange des millions de vues. Et d’un seul coup, je suis sollicité par des marques, des artistes, l’émission “La France a un incroyable talent”. Tout est allé très vite, c’était assez dingue ! »
L’ascension est fulgurante en effet. Les chorégraphies créées par Sadeck marquent les esprits. Au point où Shakira fait appelle à ses services dans son clip « Girl Like Me » en duo avec Black Eyed Peas et plus tard Chris Brown pour le morceau « IFFY ».
« C’était une dinguerie de me dire que Chris Brown regardait mes vidéos et qu’il voulait que je chorégraphie son clip. De même pour Shakira, je n’en revenais pas ! Aujourd’hui encore les gens m’en parlent », raconte-t-il.
La renommée de Sadeck dépasse le cadre de la danse. Il participe ainsi à la cérémonie de clôture des JO de Tokyo en 2021. « J’ai été contacté par le directeur du comité Paris 2024, pour la passation entre les JO de Tokyo et Paris. Il voulait que je monte un show avec 64 danseurs, mais je voulais quelque chose de plus spectaculaire », se remémore-t-il.
« J’ai voulu doubler le nombre, donc on est passé à 128 danseurs ! Parmi les danseurs, certains étaient en situation de handicap, en référence aux jeux paralympiques. On a monté le show en moins d’une semaine ! J’ai pu montrer que je pouvais bien travailler en peu de temps et que mon concept touchait tout le monde ! », conclut-il.
Aujourd’hui, Sadeck revient avec un nouveau spectacle « Murmuration Level 2 », qui s’arrêtera dans un premier temps au Théâtre Marigny à Paris, avant de partir en tournée dans toute la France à partir de mars prochain. La première édition avait attiré plus de 210 000 curieux, dont beaucoup ont été attirés par ses vidéos sur les réseaux sociaux.
Après avoir monté un show avec plus de 700 danseurs, lors du défilé de Moncler à Milan, l’ambition de Sadeck est sans limite : « Je rêverais de collaborer avec Hans Zimmer ou Ludovico Einaudi. Leur musique m’inspire à monter des chorégraphies encore plus poétiques et le rendu pourra être pas mal », projette-t-il déjà.
Félix Mubenga