Un an après les JOP, la gueule de bois des clubs sportifs
« On célébrait le sport comme vecteur de santé et d’insertion pendant les Jeux. Un an plus tard, la réalité est bien différente et les territoires se dégradent », se désole Gilles Leproust, président de Ville & Banlieue. L’euphorie des JOP et l’enthousiasme levé par les engagements annoncés ont fait long feu. L’année dernière, le budget des sports s’est vu amputé de 80 millions d’euros, une baisse moins importante que prévue grâce à la mobilisation du milieu sportif.
Dans son projet de budget pour 2026, le gouvernement prévoit désormais de baisser de 17,6 % les crédits du sport, soit près de 300 millions d’euros. Et le départ de François Bayrou ne suffit pas à lever les inquiétudes.
Dans ce contexte, la fête du sport instaurée par Emmanuel Macron après les Jeux olympiques et paralympiques avait un goût amer. Le président du Conseil départemental de Seine-Saint-Denis a même appelé à boycotter l’événement pour protester contre « le choix incompréhensible » du gouvernement « de réduire le budget du sport » et notamment l’exclusion des enfants de 6 à 14 ans du « pass Sport », destiné aux jeunes souhaitant s’inscrire à une association sportive.
De nombreux jeunes vont se retrouver à la porte des clubs parce que les parents n’ont pas les moyens de financer le coût des licences
Sans ce soutien, le coût de la licence, de l’équipement et de la tenue grimpe vite. « Sa suppression va mettre des familles en difficulté et priver des clubs de licenciés », constate Gilles Leproust. Résultat : « de nombreux jeunes vont se retrouver à la porte des clubs parce que les parents n’ont pas les moyens de financer le coût des licences. » Le recul de la pratique sportive risque d’être particulièrement marqué dans les quartiers prioritaires, où « le nombre de licenciés par habitant est nettement inférieur que dans le reste du pays. »
Selon une étude de l’INSEE, la Seine-Saint-Denis est le département où le sport licencié est le moins pratiqué en métropole, avec seulement 90 licences pour 1 000 habitants, alors même qu’il possède la population la plus jeune de France (35 % de moins de 25 ans). Ce paradoxe s’explique par un revenu moyen parmi les plus bas, une forte part de résidents en quartiers prioritaires (38 % contre 13 % en Île-de-France), où la pratique est deux fois moindre, et un déficit d’équipements et de clubs. Malgré cela, le nombre de licences a progressé de 3,3% entre 2017 et 2022.
Des subventions en baisse et des clubs sous pression
« La part du budget de l’ANS (agence nationale du sport) a été diminuée en 2024 et 2025 : on avait 45 000 euros les années précédentes, on en a 40 000 cette année », décompte Clément Rémond. Pour le coprésident de la Fédération Sportive et Gymnique de Travail (FSGT 93), l’impact est double : « d’un côté il y a la baisse des crédits [de l’ANS] pour le sport et de l’autre une demande de l’État aux collectivités de faire des économies. » Sans ces subventions, de nombreux dispositifs n’ont pas pu voir le jour ou on dû se faire avec des restrictions.
C’est le cas du dispositif Activ’été, organisé du 9 juillet au 20 août au parc de la Poudrerie (Sevran), où la FSGT 93 propose gratuitement des activités sportives aux jeunes et aux familles qui ne partent pas en vacances. « Cette année, on a entre 70 000 et 80 000 euros de moins sur ce dispositif-là, parce que certaines villes partenaires ne se sont pas engagées », détaille-t-il.
Les clubs sont saturés et on refuse du monde car même si la licence reste accessible on manque d’équipement sportif
Premiers touchés, les habitants des quartiers prioritaires subissent les coupes budgétaires de plein fouet, et les conséquences sont directes. « Les clubs sont saturés et on refuse du monde car même si la licence reste accessible on manque d’équipement sportif, indique-t-il. Le sport doit être accessible à tous, sans que le prix ne devienne un facteur d’exclusion. »
« J’augmente mes tarifs de cinq euros chaque année pour pouvoir m’en sortir et éviter d’être en déficit », révèle Jean Luc Lapierre, directeur sportif de l’association sportive de tennis à Bondy. Face aux baisses, de nombreux clubs choisissent d’augmenter les cotisations, écartant en un même temps une partie des ménages les plus modestes. Et quand le critère financier devient un obstacle, l’accessibilité pour le plus grand nombre disparaît. « Si on supprime le pass 6-14 ans, on va encore plus renforcer les inégalités d’accès et creuser le fossé qui peut exister avec des familles qui auraient plus de moyens », poursuit le coprésident.
Derrière les coupes budgétaires, un frein à l’accès au sport et à ses bienfaits
Ces restrictions renforcent l’isolement social, notamment chez les jeunes, qui peinent à aller vers les autres et passent davantage de temps devant les écrans. Un constat déjà visible après le Covid, quand il avait été très difficile « de ramener les jeunes vers une vie sociale, qu’elle soit associative ou simplement relationnelle », ajoute-t-il.
Ne plus pouvoir s’inscrire à une association prive les jeunes de rencontres et d’opportunités plus larges : se faire des amis, créer du lien, et éventuellement construire un réseau d’insertion sociale, éducative et professionnelle. « Cependant, quel que soit le public, la pratique d’une activité apporte des bienfaits », précise le représentant de la FSGT 93, citant le renforcement du système cardiovasculaire, l’amélioration du sommeil, la diminution du stress et le bien-être mental. Des effets confirmés par près de 9 français sur 10, qui estiment que l’activité physique a un impact positif important sur la santé mentale, selon un sondage de l’IPSOS.
« Si les clubs ne sont pas assez nombreux et accessibles, il y aura davantage de sédentarité, d’obésité et de maladies, entraînant inévitablement une augmentation des dépenses de santé à long terme », alerte-t-il. Le sondage révèle également que 20 % des parents n’ont pas pu inscrire leur(s) enfant(s) dans un club, faute de places disponibles.
Malgré la suppression du Pass’sport 6-14 ans au niveau national, certaines collectivités continuent d’investir pour faciliter l’accès au sport. Le département de la Seine-Saint-Denis a maintenu le dispositif « Pass Sport 5ème », une aide de 100 euros disponible jusqu’au 14 novembre 2025. « Il y a quand même des collectivités, comme en Seine-Saint-Denis, qui ont fait un choix fort, après les JO, de continuer à investir dans le sport », conclut Clément Rémond.
Jade Maurinier