À Lille, la rénovation urbaine chasse les mêmes familles depuis 60 ans

StreetPress 2026-03-18 View source

À Lille, la cité des Aviateurs est rénovée pour laisser place aux cadres du numérique. Un second exode forcé pour ces familles ouvrières, déjà sacrifiées par le plan d’urbanisme qui a métamorphosé le quartier Saint-Sauveur.

Un soir de février, un vent glacial souffle sur la presqu’île des Bois-Blancs, un quartier paisible du nord-ouest de Lille (59). Emmitouflée dans sa doudoune à fourrure, Samira traîne le pas pour rejoindre son « bloc » à la Cité des Aviateurs. Les allées sont désertes et quelques rares fenêtres parmi des centaines sont encore allumés dans les étages. « Je fais partie des derniers résistants », sourit la Lilloise de 41 ans avant de slalomer entre les pelleteuses et les piles de gravats qui dégueulent des façades.

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Samira, Lilloise de 41 ans, est l'une des dernières habitantes de la cité des Aviateurs. / Crédits : Arto Victorri


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Annoncé en décembre 2019, le projet prévoit de détruire 180 habitats, d'en rénover 170 et d'en construire 450 nouveaux, sur les 350 logements du quartier. / Crédits : Arto Victorri

Son regard se pose sur un nouveau panneau d’affichage planté à la va-vite sur l’emplacement d’un immeuble démoli quelques semaines plus tôt, endroit devenu depuis un terrain vague sans âme. « Ici, prochainement une prairie fleurie », annonce gaiement l’écriteau. « Cette intervention permet de valoriser les espaces libérés tout en favorisant la biodiversité locale. » Samira s’exaspère :

« C’est de nous qu’ils veulent se libérer ! J’ai l’impression d’être traitée comme une sous-citoyenne. »

La nouvelle a été annoncée aux familles de la cité en décembre 2019. Un projet de renouvellement urbain prévoit la démolition de trois barres d’immeubles et la réhabilitation des trois autres. Sur les 350 logements du quartier, 180 vont être détruits, 170 rénovés et 450 nouveaux logements vont être construits. Une fois les travaux achevés, 40 % des appartements seront sociaux contre 100 % aujourd’hui. L’autre partie sera réservée à l’accès à la propriété ou à la location classique. Tous les habitants historiques de la cité des Aviateurs ont été invités à quitter les lieux, de gré ou de force. Si la plupart des habitants ont déjà déménagé, une vingtaine de familles refusent, comme Samira, d’abandonner leurs foyers sans relogement adapté. Certains subissent alors les menaces d’expulsion du bailleur social, déterminé à achever le chantier dans les délais impartis.

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Le promoteur Vilogia, à l'origine de ces changements, conteste toute volonté de gentrification. / Crédits : Arto Victorri

Soixante ans plus tôt, la cité des Aviateurs a été construite pour reloger les habitants du quartier ouvrier de Saint-Sauveur déplacés dans le cadre d’un projet de rénovation urbaine. L’histoire se répète fatalement pour ces familles, de nouveau déracinées au gré des exigences des pouvoirs publics. « Ce qui avait consolé mes parents à l’époque était de retrouver tous leurs voisins de Saint-Sauveur. Mais cette fois-ci, ils nous ont tous dispersés aux quatre coins de la métropole », se désole Brigitte Sulkowski, figure historique de la cité :

« Ma mère est décédée juste avant de quitter son logement aux Aviateurs. Je crois qu’elle ressentait la même douleur qu’à son départ de Saint-Sauveur. Elle ne voulait plus revivre ça. »

« Changer la population »

« On a toujours vécu dans la misère et, maintenant, ils nous jettent dehors pour tout refaire », s’emporte Marie-Pierre, habitante du quartier depuis toujours. Avec son père et ses frères, la Lilloise de 58 ans a tenu durant près de trois décennies un magasin d’alimentation générale en face du bureau de poste. « Je connaissais tout le monde et tout le monde me connaissait. Et puis un beau matin, un Carrefour City est arrivé et on a dû vendre », marmonne Marie-Pierre, amère.

À l’occasion des élections municipales qui auront lieu en mars 2026, StreetPress a décidé de tirer le portrait de Lille. À travers une série d’enquêtes et de reportages, nos journalistes Jérémie Rochas et Arto Victorri racontent au long cours ce territoire, ses habitants et les enjeux qui le traversent, à l’aune du scrutin.

Épisode 1 : À Lille, l’errance des sans-abri consommateurs de drogue

Épisode 2 : À Lille, les pouvoirs publics face au défi des pollutions industrielles

Épisode 3 : L’empire Duquesne : le sulfureux réseau des rois de la nuit lilloise

Épisode 4 : À Lille, la rénovation urbaine chasse les mêmes familles depuis 60 ans

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« Ici, prochainement une prairie fleurie », annonce l'écriteau placé sur l'emplacement d'un immeuble démoli il y a quelques semaines. / Crédits : Arto Victorri

Au moment de la première réunion de concertation avec le bailleur en 2019, Marie-Pierre est encore optimiste : « Mon bâtiment ne faisait pas partie de ceux ciblés par la démolition. On m’avait dit qu’il fallait partir le temps des travaux mais que je pourrais revenir après. » Six ans plus tard, il n’en est plus question pour Vilogia, le nouveau promoteur chargé du projet de rénovation depuis 2021. La plupart de ses anciennes voisines ont été relogées à Lomme, en banlieue de Lille. « Tous les bobos débarquent et les smicards ne sont plus les bienvenus », fulmine l’ancienne commerçante, elle aussi bientôt reléguée hors de la capitale du Nord. « Ça donne l’impression qu’ils nous ont dit ce qui nous arrangeait pour ne pas faire face à une révolte et pouvoir nous coincer un peu plus tard », spécule Mariam, une autre habitante des Aviateurs, relogée à Mons-en-Baroeul, en périphérie de l’autre côté de la métropole. « Tout ce qu’ils veulent en réalité, c’est changer la population du quartier. »

À LIRE AUSSI : « Tout le monde est parti » : les tours ouvrières disparues du Haut-Jura

Le promoteur Vilogia conteste toute volonté de gentrification. La mairie de Lille et la métropole assurent que « la métamorphose du quartier des Bois-Blancs » a pour objectif de garantir plus de mixité sociale et le développement des espaces naturels. En réalité, le projet a été impulsé suite à l’implantation, de l’autre côté de la rive, d’Euratechnologies, « un incubateur et accélérateur de start-ups » autour du numérique, porté en 2009 par un ancien premier adjoint à la ville de Lille. Cette version française de la Silicon Valley a été le point de départ d’un phénomène d’éviction des habitants les plus précaires. « Le relogement aux Aviateurs n’a jamais été envisageable du fait de l’ampleur et de la temporalité des travaux à mener », insiste la municipalité.

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« Tous les bobos débarquent et les smicards ne sont plus les bienvenus », lance une ancienne commerçante, Marie-Pierre. / Crédits : Arto Victorri

Dans un documentaire qui lui était consacré en 2019, l’ancienne édile de Lille, Martine Aubry (PS), précisait de façon cinglante les intentions de la municipalité : «  Il reste un micro‐quartier qui pose problème, c’est le quartier des Aviateurs, un quartier d’habitat social. Nous avons acquis le bout de cette presqu’île avec un promoteur social, et on va refaire du privé dans ce qui est aujourd’hui uniquement social. » Sept ans plus tard, la sortie de l’élue socialiste crispe toujours autant Samira : « On parle de nous comme d’un problème, une simple tache à nettoyer. J’ai l’impression que notre précarité les dérange. »

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La mairie de Lille et la métropole assurent que « la métamorphose du quartier des Bois-Blancs » a pour objectif de garantir plus de mixité sociale et le développement des espaces naturels. / Crédits : Arto Victorri

Ce sont aussi les mots de Martine Aubry qui ont donné envie à Marc Duport de donner la parole aux habitants du quartier des Aviateurs dans le court-métrage « Derrière les arbres » qu’il a co-réalisé en 2020 avec des financements publics. Un moyen de rendre compte d’une « violence institutionnelle vécue de manière universelle par les habitants victimes de ces projets de destruction ».

Exodes à répétition

Brigitte avait à peine 3 ans lorsque sa famille a été forcée de quitter le quartier Saint-Sauveur dans les années 1960. « On habitait rue de Poids, ma grand-mère y tenait un bar-épicerie. Le commerce a été détruit après notre départ. Notre rue n’existe plus », ressasse la grand-mère, mélancolique. À cette période, quelque 5.000 personnes sont déplacées de force pour que leurs logements puissent être démolis dans le cadre d’un vaste projet de rénovation urbaine. Mais avant de devenir le centre des affaires et des administrations publiques de Lille, Saint-Sauveur a été le foyer de la misère du Nord.

Au XIXe siècle, plusieurs milliers de familles d’ouvriers du textile sont entassées dans des caves ou des maisons de courées insalubres, gangrenées par les épidémies. En février 1851, ces conditions de vie extrêmes indignent même l’écrivain et député de l’époque, Victor Hugo, après une visite du quartier Saint-Sauveur. « Nous n’avons pas entrouvert une porte sans trouver derrière cette porte une misère, quelquefois une agonie », a-t-il écrit dans un discours prévu pour l’Assemblée nationale, finalement jamais prononcé.

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Pour Samira, la démolition de son quartier, c'est être considéré comme une « simple tache à nettoyer ». / Crédits : Arto Victorri

« Quand on est arrivés de Saint-Sauveur pour le [quartier des] Aviateurs, la construction n‘était pas encore terminée. Je me rappelle encore voir la grue depuis la fenêtre de ma chambre », se souvient Vaubant, 74 ans, la main posée avec affection sur la tête de son cocker. L’architecte et paysagiste chargé de la construction du nouveau quartier, Théodore Leveau, choisit à l’époque d’aligner les bâtiments de façon à permettre à tous les habitants une vue dégagée sur le fleuve de la Deûle, plutôt que sur la façade de l’immeuble voisin. Il prévoit aussi de longues bandes vertes dédiées aux terrains de jeux.

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À gauche de l'image, Thomas, habitant du quartier des Bois-Blancs, s'inquiète pour la mixité sociale. À droite, Vaubant est arrivé à la cité des Aviateurs dans les années 1960. / Crédits : Arto Victorri

Sous un bonnet gris enfoncé jusqu’aux yeux, Vaubant ressasse les joies de son enfance, les chamailleries et les patinoires improvisées sur ces longues allées avec les autres gamins du quartier qui faisaient hurler les parents depuis les fenêtres. Une fois majeur, il a travaillé, comme de nombreux habitants des Aviateurs, dans l’ancienne teinturerie Montpellier et l’usine de tissage Mamet implantées à quelques centaines de mètres de la cité, fleurons de l’industrie du textile « jusqu’à ce qu’elles mettent le clé sous la porte dans les années 1980 ».

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Tous les habitants historiques de la cité des Aviateurs ont été invités à quitter les lieux, de gré ou de force. / Crédits : Arto Victorri

Brigitte n’a, elle non plus, jamais voulu quitter son « petit village » des Aviateurs. Après une enfance heureuse au numéro 3 de la rue Coli, elle s’est mariée avec l’un de ses voisins puis a quitté l’appartement de ses parents pour élever ses enfants au numéro 6. Depuis son déménagement forcé en 2023, elle revient chaque semaine en voiture pour rendre visite à ses amies. « Les Aviateurs, c’est l’histoire de ma vie », résume-t-elle, la gorge serrée.

De gré ou de force

Au numéro 5 de la rue Coli, Loucif est le dernier habitant de son immeuble. Et une sacrée épine dans le pied du bailleur qui n’attend plus que son départ pour détruire le bâtiment. Depuis plusieurs mois, l’éclairage de son allée a été coupé et l’entretien des parties communes interrompu « depuis au moins deux ans », rumine-t-il, les yeux plissés derrière ses lunettes rondes. « Ils font ça pour me mettre la pression. Je suis handicapé, je me déplace seulement avec une canne et je dois nettoyer moi-même les couloirs », accuse le septuagénaire.

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Les pouvoirs publics ont dispersé les habitants de la cité des Aviateurs un peu partout dans la métropole lilloise. / Crédits : Arto Victorri

D’autres habitants encore sur place dénoncent aussi cet « abandon » du bailleur depuis le lancement du projet de rénovation. « Ma porte d’entrée d’immeuble est fracturée mais n’a jamais été remplacée. Depuis plusieurs semaines, l’éclairage a été coupé dans les escaliers »,  soupire Samira, elle-aussi en situation de handicap et déjà fragilisée par ses dialyses hebdomadaires. « C’est une forme de torture psychologique mais je resterai jusqu’au bout, ils ne me font pas peur », se crispe la locataire. Vilogia promet de son côté de « maintenir ses obligations d’entretien et de sécurité sur l’ensemble de son patrimoine » mais reconnaît « des délais de remise en état rallongés ».

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Au numéro 5 de la rue Coli, Loucif, menacé d'expulsion locative par le bailleur social, est le dernier habitant de son immeuble. / Crédits : Arto Victorri

Ces derniers mois, la tension est montée d’un cran. Marie-Pierre a été « convoquée » par le bailleur après avoir refusé une proposition de relogement. « J’avais l’impression d’être face à un tribunal. Ils m’ont mis la pression en me disant que si je refusais encore deux autres propositions, je devrais quitter les lieux dans les six mois », relate la locataire. Vilogia a aussi enclenché des procédures d’expulsion à l’encontre de Loucif et de Samira suite à trois refus de proposition de relogement que le bailleur considère adaptés, ce que les locataires contestent. « Notre vie est devenue une catastrophe », répète Loucif, père de famille, à tue-tête. Chaque soir, il barricade l’entrée de son immeuble pour éviter toute intrusion extérieure. « Pour ces cas qui restent marginaux, les exigences posées par les habitants sont inatteignables en dépit de propositions affinées mais refusées », réagit la mairie de Lille, tout en se portant « garant pour qu’aucun habitant ne se trouve sans solution adaptée à ses besoins à l’issue du processus de relogement ».

Loucif et sa famille ne se sont jamais opposés au projet de rénovation des Aviateurs. « Au contraire, ça n’est pas le quartier de nos rêves, ça nous convenait d’être relogés », assure sa fille Salima. Mais les solutions de relogement proposées impliquent une hausse des loyers ou une perte de surface que la famille ne peut assumer. « À chaque fois qu’on déloge les gens, on les déplace dans des logements plus chers. C’était la même histoire après Saint-Sauveur », rumine Brigitte. Vaubant abonde : « Les Aviateurs, c’était les meilleurs logements qui existaient sur le marché. Nos familles payaient 300 euros pour deux ou trois chambres, avec salon et cuisine. C’est impossible à retrouver. »

Dans un courrier daté du 14 novembre 2024, le préfet de l’époque, Georges-François Leclerc, reprochait au président de la métropole son incapacité à adapter la construction de nouveaux logements au rythme effréné des démolitions. Il l’enjoignait à « abandonner certaines opérations […] en les remplaçant par des réhabilitations et des résidentialisations ». Malgré cette mise en garde, la ville de Lille n’a pas attendu « le relogement de l’ensemble des locataires avant le démarrage des travaux », comme elle l’avait promis aux habitants quatre ans plus tôt. Vilogia conteste auprès de StreetPress « toute pression systématique » imposée aux derniers habitants des Aviateurs. « Dans la grande majorité des situations, le relogement proposé aux habitants correspond à leurs attentes. Ainsi, 71 % des foyers des Aviateurs ont accepté la première proposition qui leur a été faite », se défend la mairie de Lille. Elle assure veiller à ce que les propositions de relogement ne diminuent pas le reste à vivre des habitants les plus modestes.

Sous les décombres, la solidarité

Depuis quatre ans, chaque jeudi à 18 heures, les locataires du quartier des Aviateurs se retrouvent au centre social des Bois-Blancs, posté à 200 mètres de leurs immeubles. Les réunions sont animées par Deul’air, une association d’habitants engagés « contre la bétonisation du quartier ». Parmi ses membres historiques se trouve Marc Leblanc, retraité de la Poste et ancien président du club de foot. Pendant quinze ans, il a entraîné plusieurs générations d’enfants des Aviateurs. Alors à l’annonce du projet de rénovation par la mairie, il décide de se mobiliser contre « cette aberration écologique, économique et sociale ».

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Sylvie et Marc Leblanc, habitants du quartier des Bois-Blancs et militants à l'association Deul'air, décident de se mobiliser contre « cette aberration écologique, économique et sociale ». / Crédits : Arto Victorri

En 2022, avec ses camarades de Deul’air, il saisit l’occasion de la braderie de Lille pour organiser un premier rassemblement sous les fenêtres de la cité. « Notre objectif était surtout que les habitants des Aviateurs n’aient pas le sentiment de partir dans l’indifférence », se souvient le militant, entre deux gorgées de café. Le nouveau collectif organise ses premières réunions et rejoint le mouvement national Stop Démolition qui lutte contre les projets de rénovation urbaine impliquant la destruction des quartiers populaires.

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Les démolitions se poursuivent mais il reste encore 21 locataires en attente de relogement dans des appartements mal chauffés. / Crédits : Arto Victorri

Mais à l’annonce brutale de leur délogement vient s’ajouter l’urgence des conditions de vie dans les habitations. « Les locataires ne voulaient pas absolument garder les murs, mais au moins vivre dans la dignité. Certains vivaient au milieu des rats ou de mares d’excréments venus des canalisations », s’irrite le retraité. Alors la solidarité se met en marche. Le collectif mobilise un syndicat, des élus d’opposition, et des associations de soutien juridiques. En 2023, les habitants des Aviateurs organisent une manifestation devant la métropole lilloise, puis sous les fenêtres du bailleur. Les habitants obtiennent des rendez-vous de négociation. Face à l’unité des habitants, le bailleur lance des opérations de désengorgement des évacuations, de dératisation et de nettoyage des cages d’escalier.

Trois ans plus tard, deux tours sont déjà démolies mais la bagarre est loin d’être terminée. Il reste encore 21 locataires en attente de relogement dans des appartements mal chauffés. Brigitte ne manque jamais à l’appel du jeudi soir pour soutenir ses anciens voisins encore sur place. Si les habitants des Aviateurs n’ont pas pu empêcher la destruction de leurs logements, la solidarité aura été le remède contre « le découragement collectif », se console Marc. « Ils ont oublié une chose : ils avaient affaire à des gens et pas à des dossiers. »