À Pierrefitte, l’ouverture d’une nouvelle classe de collège mi-septembre crée la discorde

Bondy 2025-09-15 View source

La rentrée scolaire a pris une fâcheuse tournure pour des élèves de Pierrefitte Saint-Denis. Le jour de la rentrée, Meydina, 11 ans, qui devait faire ses premiers pas au collège, en classe de sixième, se présente avec son cartable au collège Pablo Neruda. « Chaque prof récitait la liste de ses élèves. On a attendu 45 minutes et elle n’a pas été appelée », retrace Hawa Touré, sa maman. La famille comprend alors que Meydina n’a pas d’affectation pour cette rentrée et que personne ne l’en a informée.

Depuis, l’adolescente attend de savoir quand et où elle pourra faire sa rentrée. « On a dû s’organiser pour la garder, je l’emmène avec moi au travail », explique Hawa Touré. Comme Meydina, 24 élèves de sixième du secteur n’ont pas eu d’affectation et sont toujours en attente de leur rentrée scolaire, pendant que les autres élèves ont commencé les cours depuis presque deux semaines. En cause, une gestion calamiteuse de la carte scolaire par les services de l’académie dans le département.

La DSDEN refuse de garder une classe ouverte en juin…

Une classe de sixième a été fermée cet été dans le collège Lucie Aubrac de Villetaneuse, à moins de deux kilomètres de là. Avant l’été, l’équipe pédagogique de cet établissement s’était mobilisée contre cette fermeture. Dans un courrier adressé à la Direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN), le député de la circonscription, Stéphane Peu (PCF), expliquait début juillet : « Il semblerait que cette décision résulte d’un écart de deux ou trois élèves en dessous du seuil requis pour le maintien de cette classe. Au-delà de la dimension strictement arithmétique, cette fermeture aurait des conséquences humaines et pédagogiques significatives : perte de 16 heures d’enseignement, suppression de deux à trois postes d’enseignants. » 

Les enseignants avaient alors proposé d’accueillir les élèves déjà en liste d’attente au collège Pablo Neruda afin de compléter les effectifs pour maintenir cette classe.

Mais dans un courrier adressé à Stéphane Peu le 15 juillet, la DASEN 93 botte en touche. « Je vous confirme que la structure financée pour la rentrée prochaine sera de quatre divisions en 6ème. Le nombre moyen d’élèves par division sur ce niveau, mais également sur l’établissement, est inférieur aux repères départementaux, garants de l’équité de la répartition des moyens à l’échelle départementale. » Dans ce courrier, l’inspectrice d’académie ne répond pas sur la question des élèves non affectés.

Résultat, 24 élèves de sixième du secteur restent sur la touche. Si certains sont tombés des nues le jour de la rentrée, d’autres sont conscients du problème depuis le mois de juin et, malgré de nombreuses alertes, n’ont pas réussi à débloquer la situation.

Tous les matins, je prends mon téléphone, je contacte l’école, la DSDEN, l’académie… Mais personne n’est apte à donner des réponses

« Il y a une déshumanisation terrible de nos enfants. C’est un moment de transition très important dans la scolarité de passer de l’élémentaire au collège », désespère Saphyra Ouajid, qui habite à quelques pas seulement du collège Pablo Neruda.

Saphyra a appris dès le mois de juin que sa fille était sur liste d’attente à Pablo Neruda. Selon elle, l’école élémentaire a remis aux élèves de sa classe les dossiers d’inscriptions en retard. Ce qui fait qu’une grande partie du groupe de CM2 s’est retrouvée dans la même situation. Depuis, c’est l’attente, le flou. « Tous les matins, je prends mon téléphone, je contacte l’école, la DSDEN, l’académie… Mais personne n’est apte à donner des réponses », s’agace-t-elle, expliquant qu’elle a fait des pieds et des mains tout l’été pour trouver une solution. « J’ai même essayé de contacter les écoles privées du secteur, mais tout est overbooké. »

… Pour en rouvrir une à deux kilomètres de là mi-septembre

Ce lundi 8 septembre, Saphyra reçoit finalement un mail de la principale du collège Pablo Neruda, lui indiquant que sa fille est affectée dans son établissement et que l’académie compte ouvrir une nouvelle classe de sixième.

Problème, l’équipe pédagogique de l’établissement apprend la nouvelle avec stupeur le même jour, une semaine après la rentrée scolaire. Les emplois du temps sont bouclés depuis longtemps et déjà surchargés. La plupart des enseignants ont déjà leur cota de deux heures supplémentaires imposées. Pour eux, l’établissement manque de moyens humains et de place dans le bâti vétuste de Pablo Neruda pour ouvrir une nouvelle classe.

« On manque de salles dans le collège. Une salle informatique est fermée à cause d’une infiltration d’eau. Ça arrive souvent, on a des problèmes d’étanchéité. La cour de récréation est petite et déjà surchargée, on a des problèmes dans les couloirs, des chutes, des mouvements d’élèves… », égraine un professeur d’histoire géographie, délégué syndicale de Sud-éducation.

C’est l’incompréhension, l’impression que l’on essaie de faire entrer des ronds dans des carrés. « Ça va être très difficile d’avoir des enseignants dans chaque matière, on va devoir faire venir des contractuels, sauf qu’on sait très bien qu’on a beaucoup de mal à en recruter. L’année dernière, des élèves n’avaient pas eu musique de l’année, on n’avait pas trouvé de contractuel », ajoute l’enseignant.

C’est du mépris des élèves, du mépris des enseignants, on n’est pas du tout entendus et respectés

De l’incompréhension surtout, d’avoir vu ses collègues de l’établissement voisin, Lucie Aubrac, s’être mobilisés en fin d’année scolaire contre une fermeture de classe et de n’avoir pas été entendus. « C’est du mépris des élèves, du mépris des enseignants, on n’est pas du tout entendus et respectés », fustige-t-il.

Depuis l’annonce lundi de l’ouverture d’une huitième classe de sixième dans l’établissement, l’équipe pédagogique de Pablo Neruda a débraillé. Depuis mardi, les grèves et les opérations collège mort se succèdent. Des discussions se sont aussi engagées avec l’équipe pédagogique de Lucie Aubrac afin de savoir si elle était disposée à rouvrir la classe de sixième fermée en fin d’année.

« Les collègues avec qui on a discuté là-bas semblent disposés à rouvrir une classe, même s’ils sont conscients que ça leur fera une charge de travail en plus, pour refaire les emplois du temps notamment. Maintenant, il faut que la DSDEN l’accepte », affirme un professeur de Pablo Neruda.

Contactée par le Bondy Blog v,endredi 12 septembre, la DSDEN campe sur ses positions et réitère ses arguments avancés au député de la deuxième circonscription de Seine-Saint-Denis en juillet sur la fermeture de classe à Lucie Aubrac. Le service de l’académie dans le 93 reconnaît tout de même à demi-mot s’être trompé dans ses prévisions : « À l’issue du constat de rentrée effectué le jour de la rentrée, il apparaît qu’un certain nombre d’élèves affectés au collège Pablo Neruda ne pouvaient définitivement pas être accueillis dans les 7 divisions ouvertes en 6e. En effet, à l’inverse des 5 années précédentes où plus de 20 % des élèves affectés n’avaient pas procédé à leur inscription ou n’étaient pas présents à la rentrée scolaire, 7 % seulement des élèves affectés ne sont pas présents à cette rentrée. »

La décision semble cependant entérinée quant au choix de Pablo Neruda pour l’ouverture de classe, « afin de respecter leur lieu d’habitation et compte tenu de l’âge des élèves de 6e, il est nécessaire de leur garantir une scolarisation au plus proche de leur domicile. » 

Les grandes perdantes sont les familles de Seine-Saint-Denis

Mais les errements de la DSDEN a mis tout le monde dans une situation inextricable. « Les parents d’élèves sont un peu embêtés. La DSDEN a décidé d’ouvrir une classe alors qu’il n’y a pas les locaux pour les accueillir en bonne situation, déplore Farid Aïd, parent d’élève président de la FCPE de Pablo Neruda. Mais des parents nous disent qu’ils ne veulent de toute façon pas que leur enfant aille à Lucie Aubrac. Ils ont mis tout le monde dans le pétrin. »

Saphyra Ouajid espère que sa fille pourra bel et bien faire sa rentrée à Pablo Neruda ce lundi. « Lucie Aubrac, ce serait trop compliqué, j’ai déjà trois autres enfants scolarisés, je ne peux pas faire des trajets en plus le matin en voiture. Et je ne peux pas laisser ma fille de 11 ans prendre les transports tout seul pour aller à Villetaneuse tous les jours », tranche-t-elle.

Y aura-t-il des enseignants dans toutes les matières ? On nous a dit qu’il n’y aura certainement pas de professeur de français tout de suite

Pour Hawa Touré, le plus important est de voir sa fille commencer les cours. Mais la situation de Pablo Neruda l’inquiète. « Déjà, l’accueil humiliant qu’on a eu le jour de la rentrée nous donne plutôt envie d’aller à Lucie Aubrac, même si c’est un peu plus loin, lâche-t-elle. Je vais l’amener à Pablo Neruda comme on nous a dit lundi matin, mais dans quelles conditions elle va pouvoir suivre ses cours ? Y aura-t-il des enseignants dans toutes les matières ? On nous a dit qu’il n’y aura certainement pas de professeur de français tout de suite », s’inquiète-t-elle. Elle espère que Meydina ne devra pas tourner les talons une seconde fois devant l’entrée de l’établissement.

Chaque année, de plus en plus d’élèves se retrouvent sans affectation lors de la rentrée scolaire. En septembre 2024, 13 800 élèves étaient encore dans l’attente, deux semaines après la reprise des cours. Et chaque année, le 93 est particulièrement touché. C’est pourquoi les syndicats s’étaient mobilisés en 2024 pour demander un plan d’urgence pour la Seine-Saint-Denis, où les manques de moyens sont endémiques. Mais les coupes budgétaires continuent et les rentrées scolaires sont de plus en plus chaotiques.

Névil Gagnepain