Au Blanc-Mesnil, l’union pour renverser Thierry Meignen

Bondy 2026-03-20 View source

Au Blanc-Mesnil, le siège du “sénateur-maire” sortant connaît de franches secousses dans cet entre-deux-tours des municipales. Thierry Meignen, maire de la ville de 2014 à 2021, puis sénateur accusé de cumuler son mandat de parlementaire et de maire, a obtenu près de 45 % des suffrages exprimés. Face à lui, la liste citoyenne menée par Demba Traoré (21,68%), celle d’union de la gauche du communiste Didier Mignot (18,83%) et du centriste Mohamed Chérif (13,33%) qualifiées pour le second tour paraissent individuellement bien faibles. Collectivement, elles regroupent plus des 50% des suffrages nécessaires à la victoire, c’est pourquoi les trois listes ont décidé de fusionner pour battre un maire-sénateur pour le moins controversé.

Les liens de Thierry Meignen avec l’extrême droite sont ancrés. Un des porte-parole de la campagne d’Éric Zemmour en 2022 et proche ami de Sarah Knafo, Vijay Monany, est placé en 31ᵉ position sur sa liste. L’ancien directeur de cabinet du maire, Vijay Monany s’était fait remarquer en 2017 au conseil départemental en déclarant : « Quand on est en Seine-Saint-Denis, on se demande si l’on est encore en France ». 

En décembre 2020, Thierry Meignen alloue une subvention de 20 000 euros à une association de lecture nommée “Alexandre et Aristote”, présidée par Sarah Knafo elle-même. Censée proposer des conseils de lecture aux habitants du Blanc-Mesnil, la structure a été dissoute en 2021 par le gouvernement français. La municipalité affirme que suite à la dissolution, l’argent public a été reversé à la ville.

« Les négociations n’ont pas pris plus de 10 minutes »

La victoire de Thierry Meignen est redoutée par Mohamed Chérif (SE), arrivé en 4ᵉ position au premier tour, qui a peu hésité avant de rallier la liste menée par Demba Traoré. « Les négociations n’ont pas pris plus de 10 minutes », raconte-t-il. Il est persuadé que Thierry Meignen ne renoncera pas à son train de vie de sénateur s’il était élu dimanche. Il craint que le maire-sénateur cède son siège à Vijay Monany.

Une rumeur démentie par l’intéressé, qui affirme dans un communiqué que « si je souhaitais devenir maire du Blanc-Mesnil, je procéderais ouvertement ». Selon lui, son poste de secrétaire général adjoint au sein du Parlement européen ne lui permet pas d’y prétendre. Vijay Monany collabore au sein du groupe Europe des nations souveraines, principalement constitué de députés du parti d’extrême droite allemand Alternative pour l’Allemagne (AfD) et de l’eurodéputée Sarah Knafo.

Les soupçons de Mohamed Chérif ne sont pas sans fondement. Réélu maire dès le premier tour en 2020 (52,44%), Thierry Meignen devient sénateur un an plus tard. Interdiction du cumul des mandats oblige, il doit quitter sa fonction de maire. Il est officiellement remplacé par Jean-Philippe Ranquet. Pourtant, comme l’explique Nassira El Moaddem, journaliste ayant mené une enquête approfondie au cœur des rouages du pouvoir local de droite au Blanc-Mesnil, celui-ci continue d’exercer de facto la direction de la commune. Dans un entretien accordé à Politis, elle détaille  : « En conseil municipal, il répond aux questions à la place du maire officiel, Jean-Philippe Ranquet. Il dit d’ailleurs être contre cette loi  (celle interdisant le cumul des mandats). »

« Nous luttons tous contre l’extrême droite »

Plus largement, l’enquête de Nassira El Moaddem, Main basse sur la ville. Enquête au Blanc-Mesnil, territoire trahi de la République (Stock, 2026) dénonce une gestion chaotique du pouvoir épinglée par un rapport de la Chambre régionale des comptes en 2017. Le 8 mars dernier, elle a publié sur son compte X des messages que Vijay Monany, alors directeur de cabinet de Thierry Meignen, aurait envoyés à l’une de ses collaboratrices. On y lit des propos qui s’apparentent à une agression verbale à caractère sexuel. «  Isole-toi dans la salle de bain et enlève tes fringues. Enlève tout sauf ta culotte. » Ce livre enquête met aussi en lumière un événement dramatique. En 2014, tout juste après la première élection de Thierry Meignen, Philippe Hoang Mong, un agent de la ville, se suicide. L’enquête de la journaliste documente les pressions qu’il a subies, notamment de Gérard Lesuisse, conseiller spécial de Thierry Meignen.

Nous avons quelques points de divergence, mais nous les traiterons démocratiquement en temps voulu. L’urgence nous oblige à la responsabilité

Une situation globalement inacceptable pour les oppositions de Thierry Meignen qui, parties divisées au premier tour, ont décidé de fusionner pour mettre fin à 14 années de gouvernance du maire-sénateur. « Cela s’est fait très naturellement. Nous luttons tous contre l’extrême droite », affirme Demba Traoré, leader de la première force d’opposition au premier tour. Les tractations entre les deux tours n’ont pas été difficiles selon lui car les projets portés par les trois candidats se ressemblent étroitement. « Nous avons quelques points de divergence, mais nous les traiterons démocratiquement en temps voulu. L’urgence nous oblige à la responsabilité », assume la tête de liste citoyenne.

Ce vendredi, à quelques heures de la période de silence électoral, Fabien Gay, sénateur communiste et habitant du Blanc-Mesnil, a dénoncé sur Facebook des tracts mensongers propagés par Thierry Meignen sur la théorie du genre. « Dans notre ville, l’alliance de la droite et de l’extrême droite zemmourienne diffame, fait peur, divise la population », déplore Fabien Gay. « Il panique parce qu’on est sur une bonne lancée pour le battre », s’amuse Mohamed Chérif. Rassemblées, les trois listes d’opposition comptent bien renverser le siège du maire et s’y installer.

Pierrot Bacon