Ils commencent à trouver le temps long. Près de trois ans après avoir participé à la Convention citoyenne sur la fin de vie et s'être majoritairement prononcés pour une aide active à mourir, ses anciens membres regardent avec frustration le processus législatif en cours au Parlement, encore loin d'avoir abouti.

« Le temps politique est beaucoup trop long », se désole Blaise Thirard, dirigeant d'entreprise de 37 ans vivant en région parisienne. « Pendant que les politiques s'amusent à faire leur tambouille, il y a des patients qui souffrent. »

« Combien de personnes sont décédées dans des conditions déplorables » depuis la Convention, « et n'ont pas eu la possibilité d'accéder à une fin de vie par aide active à mourir? », regrette aussi auprès de l'AFP Vanessa Caniez, assistante maternelle de 49 ans.

La Convention, pensée comme un outil de démocratie participative, avait réuni 184 personnes tirées au sort. Après avoir mené d'intenses débats et des dizaines d'auditions sur plusieurs semaines, 76% avaient voté pour l'accès à une aide active à mourir.

De nouveau discutée cette semaine à l'Assemblée en deuxième lecture, la proposition de loi sur le sujet doit autoriser, dans certains cas, le suicide assisté et l'euthanasie.

Mais le parcours législatif est encore long avant une adoption définitive.

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Au début du mois, la présidente de l'Assemblée Yaël Braun-Pivet, favorable au texte, a tenté de rassurer les anciens membres de la Convention: elle en a reçu une quinzaine dans le fastueux Hôtel de Lassay où elle travaille, lors d'un échange aussi suivi en ligne par d'autres.

« Je ferai tout pour que nous arrivions à l'aboutissement de ces débats avant l'été », leur a-t-elle promis.

« Merci de ne pas nous avoir oubliés », lui a répondu Blaise Thirard, avant de suggérer plusieurs modifications du texte, lui qui craint qu'au fil de l'examen des changements qui « semblent mineurs » ne le rendent finalement « inapplicable ».

« On a combien d'allers-retours possibles entre le Sénat et l'Assemblée, parce que j'ai l'impression que ça peut être interminable? », s'inquiète une autre.

Egalement au centre de leurs critiques: les sénateurs, qui ont rejeté le texte fin janvier.

Un texte chahuté

« C'est quand même incroyable de rejeter le texte en bloc sur des convictions purement personnelles. Ces gens-là sont là pour respecter la voix du peuple », s'offusque Christophe Benarroudj, contrôleur SNCF de 49 ans habitant dans le Jura.

« C'est comme si notre avis finalement ne comptait pas », « comme si on n'avait rien fait », abonde Vanessa Caniez.

Pour elle, la participation à la Convention avait fait « resurgir beaucoup d'émotions » autour de la mort de son père, après des années de combat contre le cancer. L'aide à mourir, « il aurait aimé que ce soit une option pour lui », confie-t-elle.

Le rapport de la Convention citoyenne avait été remis à Emmanuel Macron le 3 avril 2023.

En juin 2024, en plein examen du projet de loi, le président dissout l'Assemblée, interrompant brutalement les débats. Tout doit repartir de zéro.

Un parcours d'obstacles qui évoque à Vanessa Caniez l'image des « Douze Travaux d'Astérix », « qu'on renvoie dans un bureau, puis un autre bureau... ».

« Ce texte est bringuebalé » par l'« instabilité », déplore aussi Agnès Papadopoulos, fonctionnaire d'Etat de 61 ans.

Elle qui s'était rendue à l'Assemblée pour assister à une partie des débats avait été choquée par les arguments de certains députés opposés au texte, qu'elle jugeait « fallacieux ».

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Certains députés ont aussi dénoncé la « précipitation » du processus. « Largement exagéré », pour Agnès Papadopoulos. « Dire que ça a été trop rapide, c'est totalement faux. »

Jean-Paul Gibert, retraité de 72 ans à Vernon, fait lui partie de la minorité des membres de la Convention contre l'aide à mourir. Il a vu comme « une chance » la scission en deux du texte, voulue par l'ex-Premier ministre François Bayrou, pour séparer la question des soins palliatifs, bien plus consensuelle.

Face à ce qu'il qualifie de « lobbying très fort » des « pro » aide à mourir, il estime improbable que la mesure soit encore repoussée.

Dans tous les cas, « c'est la crédibilité même du dispositif de Convention qui est en jeu », juge Julien Lamare, autre ex-membre, exhortant à « un débouché avant l'élection présidentielle. »

Christophe Benarroudj a « bon espoir ». Mais pour l'instant « ce ne sont que des promesses. Maintenant on veut les actes », se méfie-t-il. D'ici là, « on fait comme on fait depuis trois ans, on attend ».

Avec AFP