2L : « Il y aura toujours une portée contestataire dans mes écrits »
« Je suis très content de ce qu’on a pu faire sur ce projet. Il a été conçu avec l’aide de pleins de gens. Bien que ce soit ma tête et ma musique qui soient mis en avant, je vois ce nouvel EP comme un projet collectif, qui dépasse ma simple personne », estime 2L. Rencontrée quelques jours avant la sortie de son nouvel EP « Aria », elle est devenue en quelques mois la nouvelle sensation du rap français.
Remarquée lors de la dernière saison de Nouvelle Ecole, où elle a atteint la finale, la native du 20 ème arrondissement est consciente de son tout nouveau statut sur la scène rap. « Pour l’instant ça va. Je ne suis pas obnubilée par la célébrité ou être remarquée de manière générale. Depuis la fin de l’émission j’ai tout de même rencontré des gens hyper cools et adorables », confie-t-elle.
Elle poursuit : « Nouvelle Ecole a une exposition mondiale du fait que ce soit sur Netflix. Je reçois régulièrement des messages venant de toute la planète ce qui est assez fou (rires). Mais je ne m’emballe pas, bien que ma carrière et ma vie aient changé. »
2L garde les pieds sur terre malgré cette exposition sans précédent. Là où beaucoup auraient explosé en plein vol, la jeune femme est immédiatement partie en studio pour confectionner « Aria » après son passage sur Netflix, tout en continuant à se rendre à la fac de maths, qu’elle n’a toujours pas quitté malgré la notoriété nouvelle.
« J’ai bossé sur pas mal de sons après la finale. D’autant plus qu’avec le programme j’ai énormément de morceaux qui sont sortis. Je l’ai conçu en l’espace de quelques mois entre avril et septembre dernier », raconte-t-elle.
« À la maison on n’écoutait pas de rap ! »
La musique est pour elle une véritable obsession. Mais avant tout une affaire de famille. Avec un père batteur et une mère membre du chœur de Radio France pendant trente ans, c’est tout naturellement qu’elle s’y met dès le plus jeune âge. « À la maison, on écoutait du rock, du jazz, de la chanson française et même du punk. Une palette assez large, mais étonnement on n’écoutait pas de rap ! », se remémore-t-elle.
Le rap, elle y tombe en 2015, année que beaucoup considèrent comme le second âge d’or du rap français. À raison, puisque c’est à cette période qu’émergent les Ninho, SCH, PNL, qui sont aujourd’hui les porte-étendards de cette musique.
« J’avais 13-14 ans à l’époque et je me rappelle avoir été choquée par le rap de cette période. J’écoutais surtout les rappeurs parisiens entre 2015 et 2018 », se souvient-elle. Petit à petit 2L se forge sa culture, écoute les classiques du genre. Elle devient obnubilée par cette musique. « Tout me plaisait dans ce style, le fait de mettre en avant des histoires ou des personnes connues ou un peu moins. Le fait de dénoncer aussi des injustices, c’étaient des choses qui me parlaient et dans lesquelles je me reconnaissais », explique-t-elle.
C’est donc tout naturellement qu’elle se met à écrire ses premiers textes aux prémices de ses vingt ans, également sous l’encouragement de ses amis qui rappaient déjà bien avant elle. Elle s’avère douée dans le maniement des mots. 2L arpente rapidement les open-mics, et commence à se faire un nom dans le milieu undergroud parisien. Bien que son nom circule, elle ne souhaite pas tout plaquer pour le rap et continue malgré tout de se rendre à la fac.
« Quand je me suis lancée, il n’a pas été une seule seconde de faire carrière. Je ne faisais jamais quelque chose dans le but d’accomplir quoique ce soit, sinon chaque jour était un échec. Je voyais ça comme une activité avec mes potes, et ça me permettait de grandir artistiquement, d’apprendre de nouvelles choses. »
L’évolution des femmes dans le rap va aussi avec une acceptation dans la société de la parole des femmes, et plus globalement des personnes marginalisées
Malgré la place encore minoritaire des femmes dans le rap, 2L rejette les étiquettes et ne veut pas être défini par son genre. Ce qui ne l’empêche en aucun cas d’être dénuée d’une volonté d’avoir des écrits qui ont du sens : « Il y aura toujours une portée dénonciatrice et contestataire dans mes écrits, parce qu’elle vient aussi de ma personne. Je n’ai pas attendu le rap pour avoir des convictions. »
En huit titres, la jeune parisienne démontre l’étendue de son talent, un projet mêlant du rap et du chant, et bien plus introspectif et mélancolique que son précédent projet « Fugue » sorti l’an passée. 2L en est désormais consciente, elle a franchi un nouveau cap dans la maîtrise de son identité sonore. « J’essaie davantage de m’ouvrir et d’exprimer mon ressenti sur ce qu’il m’arrive ou ce que je vois autour de moi. Freestyler, être dans de l’égotrip, je sais le faire, tout le monde l’a vue sur Netflix (rires). Parler de moi était un peu plus compliqué, c’était dû à ma nature, je ne savais pas trop m’ouvrir aux autres. »
L’avenir semble prometteur pour 2L, une tournée dans toute la France avec un passage à la Cigale en octobre prochain, et avant ça elle se produira dans plusieurs festivals durant l’été dont les Solidays. Elle est désormais consciente de s’inscrire dans un paysage rap où les femmes prennent de plus en plus de place, ce dont elle se réjouit.
« L’évolution des femmes dans le rap va aussi avec une acceptation dans la société de la parole des femmes, et plus globalement des personnes marginalisées. Aujourd’hui, tu constates que les femmes écoutent autant de rap que les hommes, il est normal que cela se retranscrive avec l’émergence des artistes. Je suis contente de voir pleins de femmes rapper, venir avec des propositions artistiques poussées et très variées. »
Ses fans et le public rap attendent désormais son premier album, qui espérons le arrivera plus vite qu’on ne le croit.
Félix Mubenga