À Saint-Denis, les services sociaux en souffrance après la fusion avec Pierrefitte
À moins d’un semestre des élections municipales, Saint-Denis est de nouveau le théâtre d’une mobilisation d’agents territoriaux. Ce mercredi 19 novembre, les personnels de la direction Vie des Quartiers ont débrayé. Trois des six maisons de quartier de la ville ont tiré le rideau pour la journée, auxquelles s’ajoutent les trois centres socioculturels de Pierrefitte (qui a fusionné avec Saint-Denis en janvier dernier).
Les agents en grève ont bravé la pluie et le froid pour se rejoindre devant la mairie centrale, le mercredi 19 novembre, en espérant être reçus par le maire. Ils dénoncent une réorganisation sans concertation des maisons de quartiers et des centres socioculturels, qui vient dégrader encore un peu plus des conditions de travail déjà délétères. Ces derniers pointent notamment la demande de la municipalité d’étendre les horaires d’ouverture des structures, deux soirs par semaine et les samedis. Mais ce, à moyen constant, c’est-à-dire sans recrutement supplémentaire d’agents ni abondement financier. Contactée, la municipalité n’a pas répondu à nos sollicitations.
Des agents à bout de souffle
Ils décrivent surtout de nouvelles mesures qui viennent s’ajouter à une situation déjà enkystée depuis des années. Mal-être au travail, turnover important, arrêts de travail longue durée qui se multiplient… Les agents sont à bout de souffle. Une situation qui a conduit en 2023 à la réalisation d’un audit externe de la direction Vie des Quartiers. En décembre dernier, le Blog de Saint-Denis publiait des extraits de ce rapport d’audit, qui faisait état de risques psychosociaux pour les personnels du service.
On est le département qui accueille le plus de public, pourtant, en termes de personnels, on est en dessous de la moyenne nationale
« Il y a beaucoup de collègues en arrêt longue durée, ou d’autres qui sont mis là pour quelques mois, mais qui ne sont pas à l’aise avec le métier », décrit un membre de la direction d’une des structures. « Il y a un problème structurel de manque de moyens. Une enquête de la CAF a montré que dans le 93, on est le département qui accueille le plus de public dans ce type de structure. Pourtant, en termes de personnels, on est en dessous de la moyenne nationale. »
Les agents décrivent un cadre de travail très dégradé et des locaux insalubres dans certaines structures. « En plus de mon travail, je chasse les rats qui bouchent les canalisations », lâche-t-il, le sourire crispé. Certains bâtis sont en effet dans un état de vétusté avancé. « On a des moisissures, des murs fissurés, c’est des passoires thermiques à 100 % », décrit Aziz Aoudia, référent dans la maison de quartier Floréal. « Et au lieu d’essayer d’améliorer cette situation, on réorganise, on demande aux agents d’être à la fois agents d’accueil, animateurs, manutentionnaires…. Alors que beaucoup ont déjà des problèmes de santé. »
Un passage en force
Dans une note de service envoyée aux équipes le 30 juillet dernier, la direction justifie cette réorganisation par une nécessité “d’harmonisation” des services suite à l’entrée en vigueur de la commune nouvelle Saint-Denis Pierrefitte. La municipalité avance que l’état actuel des services rend difficile « la lisibilité de l’offre pour les habitants, et l’identification claire des missions, métiers et périmètres d’action de ces équipements dans les quartiers. »
Mais cette réorganisation a été faite sans concertation et est passée de force en Conseil Social Territorial (CST), contre l’avis de tous les syndicats et des agents. Ces derniers, par ailleurs, regrettent qu’aucune enquête n’ait été réalisée auprès des usagers pour une réorganisation qui réponde à un besoin réel des habitants.
Les agents dénoncent aussi des changements de postes forcés sans revalorisation salariale. « On a deux collègues en arrêt longue durée suite à un accident du travail, qui ont été déplacés sur Pierrefitte sans leur accord, s’insurge Aziz Aoudia. Ils ont reçu des courriers d’affection à Pierrefitte avant même la fin de leur arrêt. »
Un secteur en souffrance
Pour Aziz, qui est également coordinateur de la fédération des centres sociaux, la dégradation des services sociaux dans les villes n’est pas circonscrite à Saint-Denis. « C’est un secteur en grande souffrance à niveau national. L’État se désengage partout et les subventions baissent », constate-t-il. En octobre, une mobilisation à l’échelle nationale a été organisée, accompagnée d’un rassemblement à Paris dans le XXe arrondissement. « Personne ne nous répond au niveau de l’État, on n’est pas du tout entendu. »
Pourtant, les maisons de quartiers et les centres socioculturels sont indispensables à la vie des quartiers, notamment les plus défavorisés. « On est le dernier service public de proximité, rappelle Aziz. On organise des permanences juridiques, de l’accompagnement pour l’accès aux aides sociales, de l’accueil parents enfants… »
La casse des services publics à Saint-Denis
Ces dernières années, les frondes se succèdent dans les services de la ville de Saint-Denis contre la municipalité socialiste. En juin dernier, les agents et des usagers des antennes jeunesses s’étaient mobilisés contre une réorganisation des services qui prévoyait la fermeture de trois structures de proximité de la ville. En 2022, c’étaient les ludothèques qui étaient concernées.
Tous les services semblent touchés par une gestion autoritaire qui met les agents en difficulté. La direction des bâtiments et de l’architecture a vu se succéder quatre directeurs depuis le début du mandat de Mathieu Hanotin, et vu s’effondrer le nombre d’agents rattachés au service.
À chaque fois, ces réorganisations de services sont présentées comme nécessaires pour améliorer le service pour les habitants. Un argument qui ne convainc pas Raphaël Thomas, co-secrétaire général de la CGT des territoriaux de la ville.
« C’est de la com, mais en réalité, on dégraisse le mammouth depuis plusieurs années. Et on avait tout de suite identifié que la fusion allait s’accompagner d’une volonté d’optimiser la masse salariale. Est-ce à dire que l’on fait délibérément en sorte que le service se dégrade pour dire : “On est obligé d’externaliser ?” C’est notre crainte à la CGT », avance-t-il. Et de rappeler que l’entretien des gymnases et des écoles a déjà été sous-traité au début du mandat du maire PS, ce qui a entraîné la suppression de plus de 200 postes à la ville.
Névil Gagnepain