Derrière le candidat Jean-Michel Aulas, les troublantes proximités de certains candidats de sa liste avec l’extrême droite

StreetPress 2026-03-19 View source

En deuxième position au second tour des municipales à Lyon, Jean-Michel Aulas, candidat « sans étiquette », promet de gouverner Lyon sans « alliance avec les extrêmes ». Pourtant, StreetPress a repéré plusieurs profils problématiques autour de sa liste.

« Pas d’alliance avec les extrêmes », ne cesse de répéter Jean-Michel Aulas depuis le début de sa campagne pour les municipales à Lyon (69). Mais la frontière entre le parti de l’ex-président de l’Olympique lyonnais et l’extrême droite ne semble pas totalement étanche. StreetPress a relevé plusieurs noms liés à l’extrême droite autour de sa liste.

Il y a déjà Gilles Berrodier. Un temps pressenti pour figurer sur la liste de Cœur lyonnais — le parti de Jean-Michel Aulas — dans le IXe arrondissement de Lyon, son nom a ensuite disparu pour lui préférer celui de Laila Khallouk. Peut-être parce que l’équipe s’est rendu compte que, quatre ans plus tôt, il était le suppléant de Pierre Simon, un candidat de Reconquête, le parti d’Éric Zemmour, lors des élections législatives de 2022 dans la IIe circonscription de Lyon, comme le racontaient nos confrères du « Progrès ». Contacté, Gilles Berrodier confirme avoir été approché pour participer aux élections municipales dans le IXe arrondissement de Lyon :

« J’ai commencé à faire campagne avec Les Républicains et ses sympathisants. Ensuite, un accord est intervenu entre mon parti et celui de Jean-Michel Aulas, et je suis resté pressenti pour figurer sur la liste du IXe arrondissement. »

« Tranché en amont »

Mais quelques semaines avant le dépôt officiel des listes, alors qu’il était engagé dans la campagne depuis plusieurs mois, il affirme avoir reçu un appel de membres de l’entourage proche de Jean-Michel Aulas lui demandant de se retirer.

« Ce qui a été déplaisant, c’est l’absence d’échange. On aurait pu m’appeler pour m’expliquer que j’étais apparu comme suppléant aux côtés de quelqu’un qu’ils considèrent comme extrême, et proposer qu’on en discute avant de prendre une décision. Là, tout a été tranché en amont », regrette-t-il, tout en reconnaissant que « Jean-Michel a le droit de choisir les personnes qui figurent sur sa liste ».

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Selon lui, son soutien à Éric Zemmour lors de l’élection présidentielle de 2022, ainsi que son rôle de suppléant d’un candidat Reconquête aux élections législatives de la même année, sont à l’origine de cette mise à l’écart. Contactée à plusieurs reprises, Laila Khallouk n’a pas donné suite. Sollicitée également, sa colistière Sandra Kael nous a indiqué que « pour le moment », Laila Khallouk aurait « un emploi du temps trop chargé ».

Cocktail avec l’extrême droite

Boire des verres avec l’extrême droite peut-il constituer une entorse au mantra de l’ex-président de l’OL ? StreetPress a identifié l’un des fondateurs de Génération Aulas lors d’un cocktail de rentrée organisé en Isère par l’UDR, le parti d’Éric Ciotti, allié du Rassemblement national lors des dernières élections. Sur Instagram, le 23 septembre 2025, la députée UDR Hanane Mansouri se réjouit en partageant une photo devant sa permanence : « Quelle joie de vous voir aussi nombreux […] à l’occasion de notre cocktail de rentrée. » Elle conclut son message par un « merci à tous pour votre soutien ». Parmi les personnes présentes, StreetPress a identifié Loïs Turpin. Or celui-ci est à la fois fondateur de Génération Aulas et candidat dans le IIIe arrondissement sous les couleurs du mouvement Cœur lyonnais, le parti de l’ex-président de l’OL.

Loïs Turpin est-il un soutien de l’UDR et de la députée iséroise tout en étant engagé dans le mouvement de Jean-Michel Aulas ? Impossible de le savoir. Nous avons tenté d’obtenir son contact via le service de communication du parti : silence radio. Nous avons également sollicité plusieurs membres du mouvement, sans plus de retours. Nous avons essayé de le joindre via les réseaux sociaux : silence radio, là encore.

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Il n’est pas le seul membre de Génération Aulas dont la présence à certains événements interroge. Jean-Arnaud Niepceron apparaît en arrière-plan d’une interview du candidat du Rassemblement national Quentin Taïeb, accordée au journal « Le Messager » lors de la soirée des résultats des élections législatives de 2024. Aujourd’hui, il figure en 29ᵉ position sur la liste de Jean-Michel Aulas. Contacté pour savoir ce qu’il faisait ce soir-là aux côtés du député RN Quentin Taïeb, Jean-Arnaud Niepceron commence par nier :

« Je ne sais pas de quoi vous parlez, et je ne vois pas de quelle vidéo vous parlez. »

Interrogé sur l’endroit où il se trouvait ce soir-là, il répond : « J’étais en famille à la préfecture de Haute-Savoie », avant d’ajouter, « je ne vois pas l’intérêt de votre sujet ». Une fois la vidéo envoyée, Jean-Arnaud Niepceron ne nous a plus répondu malgré nos multiples relances et son engagement par téléphone qu’il allait « regarder ça de plus près ». Contacté par StreetPress, Quentin Taïeb confirme de son côté la présence de Jean-Arnaud Niepceron sur les lieux ce soir-là : « On se connaît de loin, on a milité aux Républicains ensemble pendant quelques mois. » Lors de cette soirée électorale, assure-t-il, ils se seraient « juste dit bonjour ».

Un candidat royaliste et opposé au Mariage pour tous

Quand ce n’est pas autour d’un verre ou de petits fours, on peut retrouver un membre de la liste de Jean-Michel Aulas relayer sur X (anciennement Twitter) des idées — ou obsessions — d’extrême droite. En 2013, Maxime Cordier retweete un message du Syndicat de la Famille — ancien nom du mouvement de La Manif pour tous — organisation réactionnaire et catholique intégriste opposée au mariage entre personnes de même sexe, dirigée par Ludovine de La Rochère, issue d’une famille catholique traditionaliste et proche du parti d’extrême droite Les Patriotes.

StreetPress a pu récupérer plusieurs tweets de Maxime Cordier avant que celui-ci ne bloque l’accès à son compte. Placé en 31e position sur la liste de Jean-Michel Aulas, il est aussi directeur général du parti présidentiel Renaissance. En mars 2013, Maxime Cordier retweete également un message affirmant que « 69 % des Français sont favorables à un référendum sur le mariage homo », publié par Læticia Hallyday, veuve de Johnny Hallyday. Interrogé sur son soutien à La Manif pour tous, Maxime Cordier (1) a indiqué qu’il était pourtant lui-même « concerné, puisque je vais me marier. Il ne me semble donc pas pertinent de parler d’homophobie ou d’opposition au mariage pour tous de ma part ». Quant à son retweet du syndicat de la famille, il affirme :

« J’ai sans doute également relayé à l’époque des messages exprimant des positions contraires. Je n’ai jamais été militant, ni participé à la moindre réunion ou manifestation, et je n’ai jamais été proche de ce mouvement homophobe. »

StreetPress a également pu retrouver plusieurs tweets laissant entrevoir une certaine proximité de Maxime Cordier avec les idées royalistes. Dans l’un d’eux, il écrit : « #21janvier, souvenons-nous de cette journée de 1793 : la France s’est trahie. C’est alors qu’elle a cessé d’être la France. Amen. #RipLouisXVI. » Une référence directe au 21 janvier 1793, date à laquelle Louis XVI est guillotiné après sa condamnation à mort, un événement majeur de la Révolution française qui marque la fin de la monarchie.

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Un épisode qui semble l’avoir particulièrement marqué. En janvier 2015, il publie un message sur le même sujet : « J’observerai le silence en mémoire d’une tête royale qui roula dans sa mare de sang, coupable du seul crime d’avoir fait son devoir de roi. » Finalement, sur ce point, Maxime Cordier argue qu’il « s’agissait d’ironie ». « Je n’ai jamais été royaliste et il ne saurait être question d’une quelconque proximité avec ces idées. C’était un concours d’ironie avec des camarades de Sciences Po. » Ce dernier affirme que l’accès à son compte est bloqué depuis plusieurs années.

Photographie utilisée en Une prise par Margaux Houcine le 4 mars 2026 au local de campagne de Jean-Michel Aulas, situé dans le IIIe arrondissement de Lyon.

(1) Mise à jour le 19 mars à 14h28 : Contacté, Maxime Cordier n’avait pas répondu à StreetPress au moment de la parution. Il a depuis apporté ses réponses, que nous intégrons dans l’article.