Ousmane Dembélé, le gamin d’Evreux sacré ballon d’or
Parmi les amoureux du ballon rond, qui auraient pu croire en une telle renaissance du numéro dix parisien, en début de saison dernière ? Très peu étaient celles et ceux qui misaient alors sur Ousmane Dembélé. Tous prédisaient Erling Haaland, Lamine Yamal ou encore Kylian Mbappé à la succession de Rodri.
Au regard de son début d’exercice 2024-2025, ses performances en demi-teinte, une attitude qui poussera son entraîneur à ne pas l’intégrer au groupe lors de la rencontre face à Arsenal en Coupe d’Europe, Dembouz comme on le surnomme, était loin de faire taire ses détracteurs. Bien au contraire. Pourtant le voici à vingt-huit ans, au summum de son art, sacré roi parmi les rois. Une véritable remontada qui résonne bien au-delà du rectangle vert.
Les débuts d’Ousmane ressemblent à ceux de nombreux prodiges du football français. Fils d’immigrés sénégalo-mauritanien, il touche son premier ballon à Evreux, dans un quartier populaire. Là-bas il démontre des qualités technique et physique au-dessus de la moyenne. Le Stade Rennais ne se fera pas prier pour l’enrôler dans son centre de formation à l’âge de treize ans.
Jeune premier
Ses débuts en professionnel lors de la saison 2015-2016 et à seulement dix-huit ans impressionnent. Ses crochets assassins et ses accélérations fulgurantes font de lui l’une des attractions du championnat français. Lors de sa première saison dans l’élite, il est élu meilleur espoir, inscrit douze buts et délivre cinq décisives en vingt-six rencontres. L’histoire est en marche.
C’est tout naturellement qu’il est considéré comme l’un des futurs très grands du football mondial. Ses performances outre-Rhin au Borussia Dortmund qu’il rejoindra à l’été 2016 ne feront que consolider son statut. Là-bas, il martyrise les défenseurs, impressionne son monde chaque week-end. C’est à cette même période, que les comparaisons avec son pote Kylian Mbappé qu’il côtoie depuis l’adolescence vont bon train.
Ousmane ne jouit pas d’un storytelling similaire à son comparse bondynois. Il n’est pas la tête d’affiche des grandes marques et les médias ne se l’arrachent pas. Il renvoie l’image d’un jeune homme assez simple, moins loquace et éloquent que son ami. Cette image fera de lui l’objet de moqueries et de montages vidéo visionnés des milliers de fois. Le football à l’ère des réseaux sociaux est encore plus cruel. Ousmane Dembélé va en faire les frais.
En Espagne, la traversée du désert
Son passage au FC Barcelone n’arrangera pas les choses. Sur le terrain, Ousmane est loin de donner satisfaction. Inconstant et très souvent blessé, il est tout de même capable de fulgurances à l’image de son but contre Tottenham en Ligue des Champions un soir de décembre 2018. Le talent n’abandonne jamais les génies. Transféré en Catalogne dans le but de pallier le départ de Neymar, Dembélé déçoit saison après saison, malgré trois titres de champion d’Espagne.
Pire encore, en dehors du terrain, il est régulièrement épinglé. En retard aux entraînements, traqué par les journalistes à chacune de ses sorties… La presse catalane le dépeint comme un joueur ne respectant pas les exigences du très haut niveau. Les Barcelonais ne cachent pas leur joie lorsqu’il prend la direction de la capitale.
De retour en Ligue 1 sous les ordres de Luis Enrique, là encore pour palier le départ de Neymar, il semble revenir à son meilleur niveau. Il redevient décisif dans les matchs importants. Sa double-confrontation face à son ancien club en quart de finale de la Ligue des Champions en est l’exemple.
La remontada
Et que dire de sa deuxième saison ? Leader d’attaque du club parisien, il assume pleinement son statut qui prend de l’ampleur matchs après matchs. Ousmane se tue à la tâche, joue pour l’équipe et n’hésite pas à faire le sale boulot. La finale contre l’Inter en est la parfaite illustration. Il ne marque pas mais contribue aux buts de ses coéquipiers. Un modèle d’altruisme. Ce que bon nombre de supporters ont reproché à Kylian Mbappé. Le football, tout comme la vie, peut parfois être ironique.
Son histoire est la nôtre : celles de banlieusards qui tentent, trébuchent, échouent lamentablement, mais finissent par briller
Voir Dembouz soulever le Ballon d’Or aux côtés de sa mère marque la victoire de son abnégation. Lui qui a hérité du statut de « crack » et qui a été présenté comme une future légende à peine sortie de l’adolescence. Comme beaucoup avant lui, il aurait pu se perdre à tout jamais dans sa traversée du désert. Ousmane Dembélé est ce vainqueur donné perdant. Celui qu’on avait enterré car jugé trop simplet et pas assez professionnel.
La victoire s’acquiert avant tout par de la remise en question et l’effort sans relâche, mais surtout par beaucoup de patience. Dix ans, c’est le temps qu’il lui aura fallu pour atteindre sa plénitude. Le génie a fini par exploiter toutes ses capacités. Au-delà des passionnés de foot, la trajectoire d’Ousmane Dembélé est une leçon pour tous. Son histoire est la nôtre : celles de banlieusards qui tentent, trébuchent, échouent lamentablement, mais finissent par briller à leur zénith et rendre fiers les siens. Ousmane Dembélé est notre ballon d’or, le ballon d’or du peuple.
Félix Mubenga