À Lyon, les municipales percutées par la mort du militant identitaire Quentin Deranque

Les Surligneurs 2026-02-19 View source

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« Suspensions » de certaines campagnes électorales, dont celle de Jean-Michel Aulas, récupérations politiques, écologistes pressés de se positionner vis-à-vis de La France insoumise… Depuis jeudi dernier, le lynchage du jeune néofasciste bouscule le débat politique local.

Neuf minutes et demi d’interview au total : deux et demi sur l’élection municipale et ses propositions, près de sept sur la mort du militant néofasciste Quentin Deranque.

Ce mardi 17 février, cinq jours après les affrontements qui ont éclaté en marge d’une conférence organisée à Sciences Po Lyon, Jean‐Michel Aulas était l’invité du journaliste Benjamin Duhamel dans la matinale de France inter.Sans éviter de se prendre les pieds dans le tapis – à une question sur la violence en politique, il répond en parlant des embouteillages -, le candidat de la droite et des macronistes à la mairie de Lyon commente « ce drame terrible qui endeuille notre ville et la France ».

Depuis le lynchage de Quentin Deranque jeudi dernier, et plus encore depuis son décès deux jours après, l’événement a balayé la campagne électorale lyonnaise. Comme le reste de la classe politique française, les candidats ont d’abord condamné les faits.

Du représentant du Rassemblement national Alexandre Dupalais, qui a dénoncé un « assassinat politique », à l’insoumise Anaïs Belouassa‐Cherifi, dont le parti se trouve dans l’œil du cyclone à cause de ses liens avec le groupe antifasciste la Jeune Garde [lire plus bas]. Sur le réseaux social X, la députée du Rhône a adressé ses condoléances et pensées à la famille et aux proches du militant d’extrême droite de 23 ans.

Les deux, ainsi que Jean‐Michel Aulas, ont aussi « suspendu » leur campagne la journée de dimanche 15 février. Une annonce symbolique à laquelle ne s’est pas joint le maire sortant Grégory Doucet, candidat à un deuxième mandat. « Mais vous aurez noté que la campagne a été moins intense ces derniers jours, y compris pour ma part », a-t‐il déclaré à la presse ce lundi 16 février, à l’occasion de la présentation de son programme.

Le « temps du deuil »

L’écologiste a maintenu ce rendez‐vous, organisé à bord du théâtre flottant L’île Ô. Mais dans une salle remplie de ses partisans et entouré de ses têtes de liste dans les neuf arrondissements, Grégory Doucet a consacré son premier propos à la mort de Quentin Deranque : « Rien ne justifie son meurtre, quelles qu’étaient ses opinions politiques. »

Une heure plus tard, devant les micros et caméras, l’élu réitère son « appel à l’apaisement » et revendique d’avoir présenté son programme dans ce contexte. « La démocratie doit continuer de vivre », défend‐il.

Grégory Doucet et les têtes de liste écologistes dans les 9 arrondissements, le 16 février, lors de la présentation du programme. Photo : N.Barriquand/Mediacités.

 

Faire campagne malgré le drame et le climat délétère qu’il exacerbe ? Ce mardi, c’était au tour du président du Grand Lyon Bruno Bernard d’organiser une conférence de presse sur ses propositions en matière sociale.

Accompagné des piliers de sa campagne (les vice‐présidents Renaud Payre, Lucie Vacher, Jean‐Charles Kohlhaas et la députée Marie‐Charlotte Garin), le patron écologiste de la Métropole, candidat à sa succession, a disserté sur la protection de l’enfance, le RSA jeunes ou son ambition d’expérimenter la régularisation de personnes étrangères par le travail.

Mais rapidement, la mort du militant identitaire s’invite dans le jeu des questions‐réponses. « Nous sommes dans le temps du deuil, a convenu Bruno Bernard. Puis viendra celui de la justice. » Rejetant « les amalgames et les récupérations politiques malsaines », le patron du Grand Lyon a plaidé pour « revenir sur le fond » et ne pas céder à « l’émotionnel ».

« Ce n’est pas sain que l’élection tourne autour de ce meurtre atroce »

Dans les coulisses de la campagne aussi, la mort de Quentin Deranque provoque des conséquences très concrètes. Les écologistes ont diffusé à leurs troupes la consigne de cesser les actions nocturnes de collage d’affiches, par crainte de nouvelles rixes. Les militants ont aussi ordre de ne pas organiser de séance de tractage ou de porte‐à‐porte à moins de cinq personnes.

« On espère que le débat de fond puisse rapidement reprendre, commente la maire du 7e arrondissement Fanny Dubot, directrice de campagne de Grégory Doucet. Ce n’est pas sain que l’élection tourne autour de ce meurtre atroce. »

L’organisation d’une marche en « hommage à Quentin », annoncée à Lyon ce samedi 21 février par plusieurs mouvements d’extrême droite, pourrait toutefois prolonger l’épisode périlleux dans lequel est entrée la campagne des municipales. La préfecture n’a pas encore tranché sur l’autorisation ou non de cette manifestation. « Sur le terrain, personne ne m’en a parlé [de la mort de Quentin Deranque] « , nuance le maire écologiste du 8e arrondissement Olivier Berzane, présent sur un marché dimanche.

La possible alliance entre LFI et écologistes

Reste que l’agression mortelle du militant d’extrême droite pèse différemment d’un bord à l’autre de l’échiquier politique. Jean‐Michel Aulas y a vu l’occasion, sur France inter, de vanter sa promesse de doubler le nombre de caméras de vidéosurveillance.

« Là où s’est produit le drame, malheureusement on n’a que la vision d’un téléphone portable alors qu’avec les outils nécessaires [des caméras] on aurait pu détecter plus rapidement », a-t‐il estimé. De son côté, le RN Alexandre Dupalais multiplie, depuis dimanche, les messages ciblant « l’extrême gauche radicale ».

Les écologistes se retrouvent eux pressés de se positionner sur leur possible alliance avec La France insoumise, entre les deux tours des municipales. L’agression du militant néofasciste s’est déroulée alors que le collectif d’extrême droite Nemesis était venu protester contre la présence de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan à Sciences Po Lyon.

Et, si le procureur de la République de Lyon, Thierry Dran, n’a pas communiqué sur l’identité et le profil des agresseurs, d’anciens membres de la Jeune Garde sont mis en cause par des témoignages. Le fondateur de ce groupe antifasciste, dissous par le ministère de l’Intérieur en juin dernier, a été cofondé par le lyonnais Raphaël Arnault, aujourd’hui député LFI du Vaucluse.

Interrogé lundi soir sur sa position vis‐à‐vis d’un accord électoral avec La France insoumise, Grégory Doucet a invoqué « le respect de l’État de droit [qui] nous oblige à ne pas jeter l’opprobre sur tel ou tel autre ».

« Viendra le temps de tirer les conclusions sur la base de ce que nous dira la justice »

« N’alimentons pas cette petite mécanique des accusations qui seraient sans fondement, exhorte le maire sortant. Viendra le temps de tirer les conclusions sur la base de ce que nous dira la justice. »

Du côté de Bruno Bernard, son entourage rappelle que lors des législatives de 2024, dans le cadre des négociations du Nouveau Front populaire (NFP), l’élu écologiste avait fait obstacle à une candidature de Raphaël Arnault à Lyon (il espérait être investi dans la 2e circonscription du Rhône).

L’ancienne figure de la Jeune Garde s’est lui aussi exprimé pour déplorer la mort de Quentin Deranque. « Ce que je redoute depuis des années à Lyon se perpétue », a-t‐il tweeté. Mardi, lors de la conférence de presse du candidat à la Métropole, les propos de Bruno Bernard sur la mort de Quentin Deranque semblaient lui faire écho : « Vu le nombre de rixes entre l’extrême droite et les antifas, ce n’est pas une surprise. »

 

[Mise à jour, 17 février, 22h15 : Ce mardi 17 février, le procureur de la République de Lyon a fait savoir à l’Agence France presse (AFP) que neuf personnes avaient été interpellées en lien avec l’enquête ouverte pour « homicide volontaire » après la mort de Quentin Deranque. Parmi elles figure Jacques‐Elie Favrot, jusqu’à présent collaborateur parlementaire de Raphaël Arnault. Sur X, le député LFI a aussitôt annoncé avoir engagé une procédure pour mettre fin à son contrat. Lundi, le procureur avait annoncé « qu’au moins six individus » avaient participé à l’agression de Quentin Deranque et de deux autres militants d’extrême droite dans la rue Victor Lagrange, à proximité de Sciences Po Lyon.]

 

Auteurs :

Auteur : Nicolas Barriquand (Mediacités)

Cet article a été publié le 17 février 2026 sur le site de notre partenaire Mediacités et édité pour les lecteurs des Surligneurs.

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