Lutte contre la vie chère : le combat continue dans la capitale
Le temps est orageux, mais malgré la pluie, le vert, rouge et noir dominent la place de la Nation. Un cortège se forme, les centaines de manifestants présents se sont rassemblés pour soutenir le collectif Rassemblement pour la protection des peuples et des ressources Afro-Caribéens (RPPRAC) et son président, Rodrigue Petitot, surnommé « le R ».
Parmi eux, Jen Flo, est venue spécialement de Martinique. « Dès que le RPPRAC fait une action, j’essaye le plus possible de m’investir dans le combat », explique-t-elle. En cause : le profond décalage entre les prix pratiqués en Outre-mer et ceux dans l’hexagone. « Les prix sont trop élevés, alors on se tourne vers les produits les moins chers, mais souvent de mauvaise qualité, ce qui développe des problèmes d’obésité, dénonce la manifestante. Quand on vit aux Antilles, il faut parfois choisir entre faire ses courses, payer la cantine ou régler son loyer. »
Selon les derniers chiffres de l’Insee, les prix ont augmenté de 1,0 % en Martinique sur un an, contre 0,7 % dans l’Hexagone. Mais cet écart ne concerne pas uniquement les Martiniquais, la question du coût de la vie s’étend à l’ensemble des territoires ultramarins. « Guadeloupéens, Guyanais, Kanak… Tous sont concernés », rappelle Rodrigue Petitot dans son discours.

Une crise qui perdure
Claudy Siar, journaliste et producteur sur RFI, rappelle : « En 2012, l’État français a fait voter une loi sur l’égalité réelle, mais celle-ci n’est toujours pas respectée. »
Près d’un an après la signature de l’accord d’octobre 2024, conclu entre l’État, la Collectivité territoriale de Martinique et plusieurs distributeurs pour freiner la hausse des prix, ceux-ci restent largement supérieurs à la moyenne nationale. Le comparateur en ligne « Kiprix » le confirme, en confrontant les tarifs des grandes surfaces comme Leclerc ou Super U aux Antilles, à ceux pratiqués en métropole.
Alors pour Rodrigue Petitot, le constat est sans appel. « La mesure la plus urgente est le changement de statut, on ne peut plus attendre.» Une revendication partagée par Claudy Siar : « Si la France n’est plus capable de garantir l’égalité entre les citoyens de l’Hexagone et ceux d’Outre-mer, elle doit leur permettre d’aller vers plus d’autonomie, voire l’indépendance. »

La colère qui va au-delà du prix du panier de courses
Au-delà du panier de courses, c’est tout un mode de vie qui devient inaccessible. De nombreux jeunes quittent leur île pour étudier ou travailler dans l’Hexagone, mais peinent à revenir, dissuadés par le prix des billets d’avion. Une situation souvent qualifiée d’« exil forcé ». « Il faut qu’ils puissent rentrer pour maintenir le lien culturel et les traditions », insiste André Bazin, président de l’association Ultramarin Doubout. Ce dernier appelle à une mobilisation plus large. « Il faut se réveiller, sortir de son salon, et aller discuter avec son voisin, car ces échanges ne sont pas réservés à une soi-disant élite politique. »
De son côté, Rodrigue Petitot, haut-parleur en main, relance : « Être dans la rue, ça fait partie du combat », alors que le cortège achève sa marche, place de la République, sur le rythme de « La vi chè » d’Elvys Futur.
Jade Maurinier