Quand l’école tangue, la dignité reste la boussole
Les rentrées scolaires font partie de ce qu’on appelle les marronniers dans notre métier, un sujet qui revient chaque année de manière traditionnelle. Comme les moustiques tigres au mois d’août, les grèves SNCF à Noël et les polémiques autour du port du voile dès que l’occasion se présente.
Au Bondy Blog, on a laissé nos oreilles, nos micros et nos journalistes traîner dans des espaces où il était possible de raconter des histoires de rentrée. Certains reportages sont sortis, d’autres arrivent. Certaines histoires ne seront finalement pas racontées. Et pour cause, ce que nous avons observé en reportage dépasse parfois l’entendement.
Nous avons rencontré des familles submergées par cette crise économique, les “premiers de corvées” comme on les appelait pendant le covid, ceux pour qui le télétravail n’était pas possible. Comme souvent, ces familles, qui font preuve d’une dignité remarquable, nous ont rappelé que l’école n’est pas toujours accessible, dans les mêmes conditions, pour toutes et tous. Ils ont aussi refusé de témoigner, que ce soit à l’écrit ou en vidéo. Par honte, par pudeur. Parce que oui, contrairement à ce que certaines marques de streetwear essayent de nous faire croire, être pauvre n’est pas tendance.
L’école, présentée comme égalitaire, est l’une des premières violences institutionnelles
La Seine-Saint-Denis illustre la casse du service public. Les enseignants sont souvent contractuels : jusqu’à 15 % dans le second degré, et jusqu’à 70 % dans certains lycées professionnels, alors que la moyenne nationale est autour de 2 %. La médecine scolaire manque cruellement de personnel : près de la moitié des écoles et collèges n’en disposent pas, avec des postes non remplacés depuis des décennies.
Les bâtiments scolaires sont parfois dans un état alarmant. Sans parler des chiffres concernant la précarité, le mal-logement. En France, plus de 2 000 enfants dorment à la rue, d’après le baromètre annuel de l’Unicef et de la Fédération des acteurs de la solidarité, publié le 28 août dernier. Un chiffre en augmentation de 30 % sur les trois dernières années. Combien de temps encore faudra-t-il continuer de regarder, d’écrire et de s’indigner de ces chiffres glaçants ?
Parler de ces réalités, ce n’est pas céder au misérabilisme, c’est mettre des mots sur un constat aussi amer que brutal : l’école, présentée comme égalitaire, est l’une des premières violences institutionnelles qui puisse exister. Les villes, les syndicats, certains élus le répètent : l’éducation nationale est dans l’urgence. En Seine-Saint-Denis, douze communes ont même pris des arrêtés pour mettre en demeure l’État, pour qu’il tienne ses engagements. Il serait temps.
Sarah Ichou