En Provence, le Rassemblement national a multiplié les faux-nez politiques pour s’allier des candidats de droite dès le premier tour des municipales, avec un succès relatif.
Le pourtour méditerranéen demeure la zone où l’extrême droite progresse le plus. Mais ce n’est pas le raz-de-marée annoncé. En Provence, le jeu d’alliances mis en place par le Rassemblement national (RN) avec la droite s’est avéré plus ou moins payant, malgré quelques nettes victoires. Si le parti à la flamme enregistre certains de ses plus gros succès des municipales sur la côte méditerranéenne, c’est avant tout via des candidats ouvertement RN.
On retiendra du premier tour l’élection de David Rachline à Fréjus ou la prise de Cagnes-sur-Mer à la droite. Mais aussi la percée fulgurante de Franck Allisio à Marseille, au coude-coude avec le candidat de l’union de la gauche Benoît Payan, avec 35 % ; ainsi que de la députée RN Laure Lavalette, arrivée première à Toulon avec 42 % des voix. Plusieurs listes d’« union de l’extrême droite » sont également arrivées en tête à Rognac, Menton (loin devant Louis Sarkozy), Draguignan, et surtout à Nice, où Eric Ciotti, le président de l’Union des droites pour la République (UDR), allié du RN, devance le maire sortant Christian Estrosi avec 43 % des suffrages. Mais les tentatives du RN pour s’allier des transfuges venus des Républicains (LR) n’ont pas porté les fruits espérés, malgré la multiplication des faux-nez politiques en ce sens.
Un seul candidat en tête avec le label
En janvier 2025, l’ex-LR désormais délégué départemental du RN, Franck Allisio, sortait de son chapeau une « alliance RN-UDR-RPR ». Du nom de l’ancien parti chiraquien, le Rassemblement pour la République (RPR), avait été récupéré deux ans plus tôt par l’actuel challenger à la mairie de Marseille, en vue de rassembler des élus de terrain de droite et d’extrême droite. Franck Allisio annonçait dans le même temps la création d’un « label » à l’échelle locale : « La Provence qu’on aime ». Proposant à certains candidats de droite le soutien du RN en échange de plusieurs engagements, celui-ci aurait séduit 45 candidats.
À ce jour, seuls quatre l’ont pourtant rendu public en plus de Christophe Gonzalez à Rognac, déjà encarté RN, avec des résultats en demi-teinte par rapport à ceux escomptés. Certains n’officialiseront leur soutien qu’après les municipales, avait néanmoins précisé Allisio – ce que nous attendons toujours.
À Fos-sur-Mer, le candidat de droite Philippe Maurizot ne serait peut-être pas arrivé en tête du premier tour s’il n’avait pas souscrit à ce fameux label. Avec 34 % des suffrages, cet ex-Les Républicains profite ainsi de la guerre que se mènent sur la commune les deux candidats de gauche, Rémi Esnault et Jean-Michel Leroy, arrivés respectivement à 30 et 26 % à l’issue du premier tour. Après d’intenses pourparlers, une triangulaire aura finalement lieu le 22 mars dans cette ville industrielle.
Selon plusieurs sources, les discussions entre Rémi Esnault et Jean-Michel Leroy n’ont pas permis d’aboutir à un accord. Ce dernier a finalement préféré s’allier avec le centriste Jean Fayolle, arrivé en quatrième position (8 %). Un choix fustigé par ses adversaires. À commencer par Nathalie Hetsch, colistière de Rémi Esnault, qui assure à Basta! représenter « la seule liste de gauche au second tour ». Du côté de Philippe Maurizot, on s’estime trahi : « Pour Jean-Michel Leroy, nous n’étions pas d’extrême droite... jusqu’à dimanche soir. Il a préféré un mariage contre nature ! » lance Isabelle Rouby, collisitère de M. Maurizot.
Dans la ville voisine de Marignane, le binôme de Franck Allisio à la présidence du RPR, Éric Le Dissès, est aussi arrivé largement en tête. Sous une étiquette divers droite, celui qui avait parrainé Éric Zemmour à la présidentielle de 2022 a été réélu dès le premier tour à 77 %.
L’extrême droite a aussi visé juste avec Fabien Bravi, qui travaillait auparavant pour Renaud Muselier (Renaissance) et Martine Vassal (LR) à la métropole – laquelle est arrivée en troisième position au premier tour des municipales à Marseille. Désormais délégué général de « La Provence qu’on aime », le transfuge de droite a pris la deuxième place à Vitrolles (avec 36 %), derrière le candidat divers gauche (à 41 %).
« Des signaux aux différentes catégories de l’électorat de droite »
L’adhésion à « La Provence qu’on aime » n’aura cependant pas permis à Daniel Salenc de remporter la mairie de La Ciotat face à un candidat divers droite élu dès le premier tour avec 57 % des voix. Malgré le soutien du RN, il reste loin derrière, à 18 %. Même constat à Carry-le-Rouet, où s’opposaient quatre candidats « divers droite ». Parmi eux, Jean-Christophe Trapy, ayant souscrit au « label » et qui affirmait à Basta! être soutenu par l’UDR, le RPR et le RN, n’arrive qu’en troisième position avec 21 %. Plus à l’est, à La Destrousse, Christine Ponnavoy, a, elle, été largement devancée par le candidat divers-centre Michel Lan, qui obtient 61 %. À Port-de-Bouc, bénéficiant du soutien du RPR et du RN, Pascal Spanu n’a pas fait le poids face au communiste Laurent Belsola . Dans ce bastion ouvrier, le PCF domine encore largement, avec 70 % des voix.
Du côté des candidats de droite ayant refusé une alliance avec le RN, beaucoup étaient donnés perdants. Et pourtant… À Istres, Robin Prétot, qui a dû faire face à un candidat RN après son refus d’être soutenu par le parti d’extrême droite, arrive loin devant. Il obtient ainsi 42 %, devant le maire divers gauche sortant, quand son concurrent RN Damien Broc peine à dépasser les 19 %.
Malgré le succès très relatif du label « La Provence qu’on aime », cette multiplication des étiquettes d’extrême droite « envoie des signaux aux différentes catégories de l’électorat de droite » qui peuvent participer à leur basculement, y compris au second tour, met en garde Christèle Lagier, maîtresse de conférences en sciences politiques à l’université d’Avignon, spécialiste du vote RN dans le Sud-Est. Et, même si une mairie n’est pas gagnée, l’extrême droite pourra compter sur nombre de conseillers municipaux, soit directement RN, soit bienveillants vis-à-vis du parti lepéniste, qui constituent autant de futurs électeurs pour les élections sénatoriales.
Cela s’inscrit ainsi dans une stratégie plus globale d’alliance officielle, parfois officieuse, qui, selon la sociologue, fonctionne. « Franck Allisio ne s’appuie pas que là-dessus, mais aussi sur de bonnes ententes avec des élus de droite qui ne vont pas lui mettre de bâtons dans les roues, et sur des appels répétés à Martine Vassal… », décrit-elle. Dès ce lundi 16 mars, le patron local du RN a ainsi appelé la candidate LR à le « rejoindre » pour le second tour des municipales à Marseille. Elle a décliné, mais que feront ses électeurs et électrices ?