L’échec du Rassemblement national dans des villes comme Marseille, Toulon, Nîmes ou Lens ne doit pas masquer une nette progression de l’extrême droite. Le RN et ses alliés ont ajouté, ce dimanche, 38 mairies aux 24 déjà conquises au premier tour.
Le Rassemblement national (RN) sort-il renforcé des élections municipales 2026 ? Assurément oui, même s’il ne réalise pas un raz de marée. Le parti à la flamme triple le nombre de communes dont il aura la gestion pendant les six prochaines années. En 2020, le RN ne l’emportait que dans dix-sept villes, dont sept de plus de 20 000 habitantes. Cette fois-ci, il se place à la tête de 62 municipalités, comme Basta! l’entrevoyait au lendemain du 1er tour, en comptant les communes où ses alliés de l’Union des droites pour la République (UDR), le parti d’Éric Ciotti, scission des Républicains (LR), l’ont emporté.
Ce scrutin lui offre-t-il une dynamique favorable en vue de la présidentielle ? Ce n’est pas garanti. Même si le scrutin municipal est proche de l’élection reine de 2027, il conserve ses spécificités. La personnalité du maire ou des prétendants à la mairie est prépondérante, au-delà des étiquettes partisanes. Les enjeux locaux y dominent souvent les enjeux nationaux.
La meilleure moisson du Rassemblement national malgré des échecs
Dès le premier tour, le Rassemblement national est parvenu à faire réélire ses maires sortants à Perpignan (50,61%), Beaucaire (60,37%), Hénin-Beaumont (77,71%) ou encore à Fréjus (51,33%). Il y a ajouté avec ses alliés de l’UDR une dizaine de communes. Ce dimanche 22 mars, à l’occasion du second tour, Éric Ciotti l’emporte à Nice, avec 48,54 % des voix, 10 points devant son challenger Christian Estrosi. C’est la première fois que l’extrême droite prend une ville aussi importante, la cinquième de France en nombre d’habitantes. L’ancien maire de Nice entre 1995 et 2008, Jacques Peyrat, avait été longtemps membre du Front national (FN) – et député des Alpes-Maritimes – mais avait quitté le parti lepéniste avant de se présenter à Nice.
Le RN/FN conquiert également plusieurs villes moyennes de plus de 30 000 habitantes, comme Montauban, Carcassonne, Liévin, Agde, Menton, Carpentras, Castres. Enfin, une trentaine de communes de moins de 30 000 habitantes tombent dans l’escarcelle du RN ou de ses alliés.
À côté de ces succès, le RN échoue à Marseille. Son candidat, Franck Allisio recueille 40,73 % des suffrages, 13 points derrière Benoît Payan, à la tête d’une liste d’union de la gauche qui a bénéficié du désistement du candidat de La France insoumise Sébastien Delogu. Pour autant, le candidat d’extrême droite a progressé de près de 20 000 voix entre les deux tours.
Même échec à Nîmes, où le candidat communiste l’a emporté en devançant de 3 points Julien Sanchez, du RN (37,52%). La ville de Toulon a aussi échappé à l’extrême droite, qui l’avait déjà dirigée entre 1995 et 2001. Sa candidate est arrivée en seconde position avec 47,65 % des suffrages face à Josée Massi (divers droite). Face à une candidate centriste, le RN perd également Villers-Cotterêts (Aisne), ville qui abrite la Cité internationale de la langue française, et qu’il avait conquise en 2020.
Le grand remplacement de la droite dans le Sud-Est
Même s’il échoue à emporter la ville de Marseille, le Rassemblement national aspire les voix de la droite. Sa représentante, Martine Vassal, arrive en troisième place à 5,31 %. Au premier tour, elle n’avait enregistré que 12,41 % des voix, dans une ville pourtant administrée par la droite de Jean-Claude Gaudin entre 1995 et 2020.
Dans les Alpes-Maritimes, en plus de la ville de Nice, traditionnellement à droite, le RN l’emporte au second tour à Menton et à Peymeinade. Dans le Var, si Toulon n’a pas été ravi par le RN et fait mentir l’idée selon laquelle l’électorat de droite basculerait forcément à l’extrême droite, trois communes voisines de l’arsenal ont élu un maire UDR allié du RN : La Seyne-sur-Mer, Six-Fours-les-Plages et La Valette-du-Var. Dans les Bouches-du-Rhône, Rognac et Tarascon passent au RN.
Enfin, quatre communes du Vaucluse, dont Carpentras, passent dans le giron du parti à la flamme. Dans ce département, le RN se paie même le luxe de ravir la ville d’Orange au maire, et fondateur d’un mouvement d’extrême droite local, Jacques Bompard. En tout, ce dimanche 22 mars, ce sont quatorze communes qui ont été remportées par le RN et ses alliés dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui s’additionnent aux sept gagnées au premier tour.
Le RN progresse encore dans le Nord
La région Hauts-de-France constitue l’autre grande terre d’élection du RN, avec un électorat plus populaire que dans le Sud-Est. Le RN n’y a pas réalisé la moisson escomptée. Il a échoué à prendre les mairies de Lens et de Douai qu’il visait. Mais de très peu à Douai, où le candidat RN n’a que 154 voix de retard sur la liste d’union de la gauche. En revanche, il renforce son implantation autour des communes déjà acquises dans le Pas-de-Calais, lors des élections municipales précédentes.
Il parvient à l’emporter à Liévin (53,58 %) devant une liste d’union de la gauche. En plus de cette ville de 31 000 habitantes, il s’installera à l’Hôtel de ville dans cinq nouvelles communes autour de Hénin-Beaumont et de Bruay-la-Buissière, remportées dès le premier tour. Avec une commune gagnée en plus dans l’Oise, ce sont en tout quatorze communes que le RN gérera dans la région des Hauts-de-France.
L’influence du RN grignote des territoires
La progression du Rassemblement national ne se limite pas aux régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Hauts-de-France. En Occitanie et dans le Grand Est, où le RN enregistre souvent de bons scores électoraux, l’extrême droite a ravi plusieurs villes. Dans les Pyrénées-Orientales, le RN l’emporte dans trois communes autour de Perpignan : à Rivesaltes, Canohès et Elne.
Dans l’Aude voisine, où l’ensemble des députés sont déjà RN, c’est la ville de Carcassonne qui est tombée entre ses mains. Pour finir, Agde, dans l’Hérault, Bagnols-sur-Cèze, dans le Gard, et Castres, dans le Tarn, rejoignent la liste des villes qui basculent. Dans le Grand Est, la Moselle et la Meurthe-et-Moselle fournissent trois communes de plus au parti de Jordan Bardella, dont Saint-Avold. Enfin, la commune de Wittelsheim, près de Mulhouse, dans le Haut-Rhin, bascule également. À Metz, l’une des rares villes de plus de 100 000 habitantes où il était en mesure de se maintenir (dans le cadre d’une quadrangulaire), il ne progresse pas entre les deux tours, plafonnant à 17 %.
Plus surprenant, le Rassemblement a enregistré des victoires dans des territoires qui lui sont traditionnellement moins acquis. Dans le Loiret, le RN gagne la ville de Montargis (15 000 habitantes), dans une triangulaire très serrée avec une avance de 59 voix sur la liste de gauche et 91 voix sur le candidat divers droite. Il l’emporte aussi à Vierzon (25 000 habitantes), dans le Cher, et, plus à l’ouest, à La Flèche (15 000 habitantes), dans la Sarthe. Autant de petites villes éloignées des dynamiques économiques, sociales et culturelles qui caractérisent les plus grandes agglomérations.
À l’inverse, le RN continue de faire des scores très faibles dans les métropoles. À l’exception de la ville de Nice, via l’UDR, de Toulon ou de Marseille, il n’était pas présent au second tour dans la plupart des villes de plus de 200 000 habitantes comme Lyon, Nantes, Toulouse, Bordeaux, Strasbourg, Montpellier et Rennes. Mais il serait présomptueux d’en tirer quelque conclusion que ce soit : l’élection présidentielle de 2027 ne se gagnera pas exclusivement dans les métropoles.
Le RN fait ainsi élire environ 3000 conseillers municipaux, ce qui devrait l’aider à constituer un groupe au Sénat, lors de son renouvellement en septembre.