Mort d’El Hacen Diarra : « Nous menons ce combat pour qu’il soit le dernier »

Bondy 2026-01-26 View source

« Pas de justice, pas de paix ». Devant le foyer de travailleurs migrants des Mûriers, une foule dense s’est rassemblée dimanche malgré la pluie. Des centaines de manifestants et habitants du quartier ont répondu à l’appel de collectifs de solidarité et de soutien aux victimes de violences policières. Les visages sont graves et l’atmosphère pesante. Tous sont venus avec une même réclamation, tracée en lettres blanches sur les tee-shirts noirs: « Vérité et justice pour El Hacen Diarra ».

Dans la nuit du 14 au 15 janvier, ce travailleur Mauritanien est décédé en garde à vue dans le commissariat du 20ème arrondissement après avoir été arrêté devant la résidence sociale des Mûriers où il vivait. Il avait 35 ans. Les forces de l’ordre avance qu’il aurait été interpellé après avoir roulé un joint de cannabis avant de s’effondrer plus tard lors de sa garde à vue. Une version remise en cause par une vidéo prise par un témoin. « Vous m’étranglez », s’époumone El Hacen Diarra, maintenu à terre, alors qu’un policier lui assène plusieurs coups.

Le parquet de Paris a annoncé, lundi 19 janvier, l’ouverture d’une information judiciaire pour « recherche les causes de la mort ». L’IGPN a été saisie. Et la famille a quant à elle déposé plainte pour « violences volontaires ayant entraîné la mort ».

Refuser l’impunité

C’est donc pour rendre hommage à El Hacen Diarra, mais aussi pour exiger que justice lui soit rendue que tous se sont réunis en ce dimanche de janvier. Selon le souhait de la famille de la victime, la manifestation devait initialement se terminer aux portes du commissariat du 20ème arrondissement. Une demande refusée par la Préfecture qui a redirigé la marche vers la place Gambetta.

Aux fenêtres de la résidence où vivait El Hacen Diarra, des visages apparaissent puis s’éclipsent en quelques secondes. Nombreuses sont ses connaissances qui ne participeront pas à cette marche en son honneur. « Nous réclamons justice pour El Hacen, justice pour toutes les victimes, justice pour toutes les personnes qui sont à l’intérieur de ce foyer et qui n’ont pas osé descendre aujourd’hui parce qu’elles ont peur », lance Assa Traoré devant la foule. En 2016, dans la gendarmerie de Persan, son frère Adama perdait la vie dans des circonstances similaires. La famille a eu accès aux résultats d’autopsie et affirme qu’ils sont « caractéristiques » d’un étranglement.

« Il est mort parce qu’il a eu le malheur de croiser la police »

Après une minute de silence, où seule résonne la pluie sur le trottoir, le cortège s’élance vers la place Gambetta. Silencieuses, Kanya et Muriel arpentent ce quartier dans lequel elles vivent depuis plus de 15 ans. «  L’arrestation d’El Hacen a eu lieu à 100 mètres de chez moi », témoigne Kanya, artiste, qui brandit une pancarte à bout de bras. « C’est quelqu’un que je croisais tous les jours, à qui je disais bonjour…  Il est mort parce qu’il a eu le malheur de croiser la police », poursuit-elle, les larmes aux yeux.

A côté d’elle, Muriel intervient. L’une des connaissances de son fils a filmé la scène depuis sa fenêtre. «  S’il n’y avait pas eu ce gamin qui avait filmé, qu’est-ce qu’il se serait passé ? Les gens écoutent les médias et les croient. On entend qu’El Hacen Diarra est tombé dans le commissariat. Une autre fois, on dit que c’est une affaire de stupéfiants. Les gens pensent que c’est un dealer qui a fait une crise cardiaque parce qu’il avait pris de la coke », s’indigne-t-elle. La colère de Kanya et Muriel résonne dans la foule, qui se dirige vers la place Gambetta au rythme des slogans. Sur son chemin, les murs se couvrent d’affiches et de tags qui portent le nom d’El Hacen Diarra.

« Nous menons ce combat pour éviter d’avoir peur »

Place Gambetta, les cris se font plus forts à l’encontre des forces de l’ordre, regroupées au niveau du commissariat. Puis, le silence se fait. Le père d’El Hacen Diarra prend la parole en soninké. « La mobilisation d’aujourd’hui réchauffe les cœurs, mais ils sont conscients que la lutte ne fait que commencer », traduit une manifestante à côté de lui. « El Hacen est déjà parti, nous menons ce combat pour qu’il soit le dernier. » La famille se réjouit que la marche se soit déroulée sans heurts. « Nous menons ce combat pour éviter d’avoir peur », conclut-il.

Le micro va ensuite à Eric Pliez, maire du 20ème arrondissement, qui assure la famille d’El Hacen Diarra de son soutien. Mais l’intervention de l’élu est interrompue de huées et de sifflements. Les collectifs appellent au calme. Craignant des violences des forces de l’ordre, ils exhortent les manifestants à rentrer chez eux au plus vite, de préférence en groupe.

Sur l’avenue Gambetta, des policiers plaisantent entre eux et imitent les slogans des manifestants qui se dispersent. Quelques heures plus tôt, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a réaffirmé son soutien aux forces de l’ordre.« Rien ne dit, à ce stade, quelles sont les causes de la mort » d’El Hacen Diarra, a-t-il déclaré.

Audrey Bonn