À Sevran, Gatignon tend la main à la droite

Bondy 2026-03-20 View source

À Sevran, personne ne l’avait vu venir. Mardi soir, alors que les résultats du premier tour des municipales étaient encore frais, une nouvelle a circulé dans la ville comme une traînée de poudre : Stéphane Gatignon, arrivé en tête avec 34,45 % des voix, venait d’annoncer son alliance avec Philippe Geffroy, candidat divers droite qui a obtenu 14,51 % des suffrages. Une poignée de main qui a laissé plus d’un Sevranais sans voix.

Pourtant, les chiffres du premier tour ne laissaient rien présager de tel. Entre Gatignon et le maire sortant Stéphane Blanchet (34,20 %), c’est 22 voix, vingt-deux, qui ont fait la différence. Le duel s’annonçait à gauche contre gauche. Il se jouera finalement à gauche contre une alliance hétéroclite dont personne, ou presque, n’avait anticipé la composition.

Un homme, plusieurs vies politiques

Pour comprendre l’alliance qui secoue Sevran, il faut d’abord comprendre le parcours de celui qui l’a initiée. Stéphane Gatignon est un cas à part dans le paysage politique de Seine-Saint-Denis. Propulsé maire par le député communiste François Asensi en 2001, il quitte le PCF en 2009 pour rejoindre Europe Écologie avant de claquer la porte du parti en 2015 pour le Parti écologiste de François de Rugy, figure du macronisme qui deviendra président de l’Assemblée nationale puis ministre. En 2017, il parraine Emmanuel Macron pour la présidentielle. La Macronie, en retour, refuse de lui confier l’investiture dans la 11ᵉ circonscription de Seine-Saint-Denis.

Du Parti communiste au macronisme, peu d’élus locaux peuvent se prévaloir d’un tel itinéraire. Ses détracteurs ne se privent pas. La députée de la circonscription Clémentine Autain, qui soutient le maire sortant Stéphane Blanchet, le qualifie de « girouette politique ».

Sur ses réseaux sociaux, Stéphane Gatignon assume et balaie les critiques d’un revers de main. « Ce que j’ai voulu, c’est rassembler tout le monde », affirme-t-il dans une vidéo postée sur ces réseaux. Et d’ajouter que « Sevran a besoin d’un nouveau dynamisme pour reconstruire cette ville ». L’ancien maire appelle à dépasser les clivages partisans : « Au-delà des étiquettes et des divisions, unissons-nous pour préparer l’avenir de notre ville. »

Les attaques sur le fond de l’alliance ? Il les renvoie dans les cordes. « Certains candidats ont fait un autre choix : celui de se focaliser uniquement sur ma personne, de multiplier les attaques et les insinuations », écrit-il. Dans leurs communications communes, Philippe Geffroy est d’ailleurs présenté comme un simple « élu gaulliste », l’étiquette de droite soigneusement évitée.

Geffroy dans la liste : un passé judiciaire et un parrainage lepéniste

Le choix de Philippe Geffroy comme partenaire de second tour ne passe pas inaperçu. L’homme a été condamné en 2007 pour abus de biens sociaux et faux en écriture, dans le cadre de ses fonctions de directeur de la Saemes, société d’économie mixte gérant 46 parkings parisiens. Il avait écopé de 36 mois de prison, dont 24 avec sursis. C’est ce même Philippe Geffroy que Marine Le Pen avait choisi de soutenir lors des municipales de 2014, qu’il avait alors perdu contre Gatignon. Dans une ville de Seine-Saint-Denis historiquement ancrée à gauche, l’image passe mal.

Ce qui rend l’alliance plus surprenante encore : les deux hommes ont longtemps été adversaires déclarés. Pendant les années Gatignon à la mairie, Geffroy faisait partie de ceux qui pointaient régulièrement la mauvaise gestion des finances publiques de la ville. Plusieurs de ses colistiers ont annoncé leur départ, refusant de cautionner une stratégie qu’ils n’ont ni comprise, ni validée.

Blanchet rassemble et cherche les abstentionnistes

En face, Stéphane Blanchet part au second tour avec le soutien des principaux partis du Nouveau Front populaire (LFI, EELV, PCF, PS) et a fusionné avec la liste citoyenne de Florian Mogango, qui avait obtenu 5,52 % au premier tour. L’objectif affiché : maintenir Sevran à gauche.

Reste un enjeu que les deux camps savent décisif : convaincre ceux qui ne sont pas allés voter le 15 mars. Sevran affichait un taux de participation de 40 % au premier tour, soit six Sevranais sur dix restés chez eux. Celui ou celle qui saura les mobiliser dimanche aura peut-être déjà gagné.

Jules Pissembon