Le Sénat, l'autre enjeu des municipales pour le RN et LFI

Basta 2026-03-19 View source

DémocratieMunicipales 2026

LFI et le RN regardent déjà vers les sénatoriales de septembre. Des élections largement déterminées par les résultats des municipales, les sénateurs étant élus par un collège de grands électeurs composé en large majorité de conseillers municipaux.

par Stéphane Ortega

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La bataille des municipales ne se résume pas aux enjeux, aussi importants soient-ils, du contrôle des exécutifs locaux ou d’un test politique, à un an de l’élection présidentielle. En septembre, la moitié des 348 sièges du Sénat sera renouvelée. L’issue de cette élection dépend directement du résultat des municipales. Les sénateurs ne sont pas élus au suffrage universel direct. Ils le sont par un collège de grands électeurs, dans lequel les élus municipaux sont prépondérants.

Le Rassemblement national (RN) n’a que trois sénateurs à ce jour. De son côté, la France insoumise n’en a aucun, faute d’implantation locale et d’un accord accepté par les autres forces de gauche en 2023, lors du dernier renouvellement de 170 membres du Palais du Luxembourg. Pour ces deux formations politiques, les élections municipales représentent une opportunité de s’installer dans la chambre haute du Parlement. Voire, d’y constituer un groupe pour peser davantage dans les débats.

Dans la perspective des sénatoriales, pour LFI comme pour le RN, l’objectif est de s’assurer un maximum d’élus municipaux.

Se maintenir au second tour

« Lorsque nous sommes qualifiés pour le second tour, nous nous maintiendrons. […] Partout où le contexte local le permet, le RN tend la main aux listes de droite sincères, aux listes indépendantes et à tous ceux qui refusent à la fois le désordre de l’extrême gauche et la dilution dans le macronisme », déclarait Jordan Bardella, quelques minutes après 20 heures, au soir du premier tour des élections municipales.

L’éventualité de désistements au second tour étant clairement écartée, seules deux stratégies sont envisagées par le parti lepéniste : le maintien des listes qui ont dépassé les 10 % des votes exprimés et sont qualifiées pour le second tour ou la fusion avec des listes concurrentes de droite. Avec, dans les deux cas, l’assurance d’avoir des conseillers municipaux RN)élus.

La stratégie n’est pas très différente pour La France insoumise (LFI), qui a appelé à la constitution de fronts antifascistes en vue de fusionner ses listes avec celles d’autres candidats de gauche. Lorsque les fusions se révèlent impossibles, le maintien reste la règle, à l’exception de Marseille où le coût politique serait trop lourd s’il permettait au RN de remporter la seconde ville de France.

« Faisons la fusion de nos listes en mesure de se qualifier au second tour », avait proposé Manuel Bompard dimanche soir. « Les appels au désistement des listes de gauche, s’ils étaient suivis d’effet, offrirait le chemin de la victoire de la droite et de l’extrême droite, car seule la mobilisation de l’ensemble des électrices et des électeurs qui ont fait des choix différents au premier tour peut l’empêcher. Cela nécessite que chaque liste de premier tour soit représentée au second tour dans les listes de rassemblement », a expliqué le coordinateur de La France insoumise. Une option qui augmentera très significativement le nombre d’élus municipaux LFI.

Comment les sénateurs sont-ils élus ?

En septembre, les maires et les conseillers municipaux fraîchement élus représenteront 95 % des quelque 162 000 grands électeurs appelés à élire 178 sénateurs. Concrètement, tous les conseillers municipaux des villes de plus de 9000 habitants votent pour les sénatoriales, alors que, pour les communes plus petites, le nombre de grands électeurs varie de un à quinze selon la taille du conseil municipal. Le reste des grands électeurs est composé de députés, de sénateurs sortants et de conseillers régionaux et départementaux.

Dans chaque département concerné par un renouvellement des sièges, un collège de grands électeurs votera pour les listes en présence à bulletin secret. Le nombre de sénateurs par département dépend du nombre d’habitants. La Lozère n’élit qu’un seul sénateur, le Rhône en élit sept. Le mode de scrutin diffère également selon le nombre de sièges par département. Il s’agit d’un scrutin majoritaire à deux tours pour les départements ne comptant qu’un ou deux sénateurs, mais d’un scrutin proportionnel à un tour, plus avantageux pour le RN, lorsqu’il y a au moins trois sièges à pourvoir.

Le RN veut un groupe au Sénat

Le Rassemblement national n’a pas fait mystère de ses prétentions pour les sénatoriales : tripler son nombre d’élus et obtenir un groupe. En plus des nombreux conseillers municipaux RN que sa progression électorale va lui permettre d’obtenir, le parti à la flamme avait proposé, en amont de la campagne, une « Charte municipale » consistant à apporter son soutien à des listes de droite ou sans étiquette en échange d’un soutien pour la présidentielle et les sénatoriales.

Ces accords discrets pourraient peser au moment du vote à bulletin secret pour le renouvellement de la moitié du Sénat en septembre. Et ainsi, participer à redessiner les rapports de force à la chambre haute pour la période 2026-2029. En plus des trois élus que le parti d’extrême droite a obtenu en 2023, il pourrait ajouter les sept élus qui lui manquent pour constituer un groupe.

Si dans les départements peu peuplés qui n’envoient qu’un ou deux sénateurs, ses chances sont maigres du fait du mode de scrutin majoritaire à deux tours, plusieurs gros départements, dont le mode de scrutin est à la proportionnelle, pourraient fournir des élus au RN. C’est le cas des Bouches-du-Rhône, où huit sénateurs sont à élire en septembre ; mais aussi du Var, avec quatre sénateurs à renouveler ; des Alpes-Maritimes, où cinq postes sont à pourvoir ; ainsi que du Vaucluse et du Gard, avec trois sénateurs à nommer. Seule ombre au tableau pour le Rassemblement national, les Haut-de-France, où il a conquis plusieurs communes, a déjà renouvelé ses sénateurs en 2023.