À Bobigny, enseignants et collectifs mobilisés pour leurs élèves sans papiers

Bondy 2026-02-14 View source

C’est sous la pluie que l’on retrouve les premiers manifestants, rassemblés devant la direction des services départementaux de l’Éducation nationale (DSDEN) de Seine-Saint-Denis. Les drapeaux syndicaux se déploient progressivement, tandis que quelques pancartes s’élèvent au-dessus de la foule. Malgré une présence policière visible autour du rassemblement, l’ambiance reste calme, presque familiale.

Au micro, un organisateur revient sur les raisons de cette mobilisation. Au Raincy, un lycéen a récemment été expulsé vers le Maroc. Un choc pour la communauté éducative. L’organisateur dénonce ces parcours de régularisation « complètement stoppés » pour de nombreux jeunes majeurs scolarisés et appelle à interpeller la préfecture et l’Éducation nationale. Dans la foule, enseignants, personnels éducatifs, parents et militants du Réseau Éducation Sans Frontières (RESF) acquiescent.

« Des élèves qui devraient juste pouvoir étudier »

Tristan, professeur de français-histoire-géographie au lycée professionnel Théodore Monod de Noisy-le-Sec, observe la scène avant le départ du cortège. Pour lui, la revendication est simple : permettre aux élèves sans papiers de poursuivre leur scolarité normalement. « Des élèves qui étudient ici doivent pouvoir aller jusqu’au bac. Aujourd’hui, ils sont de plus en plus victimes de la répression », déplore-t-il. Derrière ces mots, il évoque aussi le quotidien difficile dans certains établissements, marqué par des tensions et un manque de moyens humains. « On a besoin d’accompagnement, pas seulement de mesures sécuritaires », ajoute l’enseignant.

À quelques mètres, Mona, conseillère principale d’éducation dans un lycée de Saint-Denis et membre de RESF, échange avec des collègues. Elle accompagne chaque année des élèves dans leurs démarches administratives et constate une aggravation des situations.

« Le durcissement des lois met nos élèves dans une précarité énorme. Ils ne peuvent pas se projeter, ni accéder à certaines formations », soulève-t-elle. La CPE souligne le fait que ces obstacles administratifs ont des conséquences directes sur la santé mentale des jeunes, souvent déjà fragilisés par leur parcours.

Une mobilisation qui s’étend dans plusieurs départements

Au micro, Marion, militante du collectif Inter Lycée 93, prend la parole devant les manifestants. Elle décrit des élèves diplômés mais empêchés de travailler faute de titre de séjour et des jeunes qui décrochent face à l’absence de perspectives. « On voit des élèves en grande souffrance, qui n’arrivent plus à suivre leurs études », explique-t-elle, appelant à mettre la pression sur la préfecture et le rectorat. La mobilisation s’inscrit dans un mouvement coordonné dans plusieurs départements d’Île-de-France, avec des rassemblements similaires organisés le même jour.

Blandine, qui s’exprime au nom de l’intersyndicale Éducation nationale (CGT, FSU, Sud Éducation et CNT), insiste sur la nécessité de « sanctuariser le droit de finir sa scolarité » et de protéger les élèves face aux obligations de quitter le territoire. Elle appelle également l’institution scolaire à faciliter les démarches administratives et à garantir un accès digne aux droits fondamentaux.

Plus tard, Kamel, secrétaire de l’union départementale CGT 93, élargit la discussion à la situation des travailleurs sans papiers et de leurs familles. Il évoque les difficultés de renouvellement des titres de séjour et la précarité administrative qui touche aussi les parents d’élèves. Pour lui, ces mobilisations incarnent une bataille politique plus large qui dépasse le cadre scolaire.

Entre fatigue et détermination

Dans le cortège, plusieurs enseignants racontent leur sentiment d’impuissance face aux démarches administratives qui s’accumulent pour certains élèves. Entre deux slogans — « Ouvrez les guichets ! » ou encore « Des papiers pour étudier ! » — des discussions s’engagent sur les difficultés à obtenir des rendez-vous en préfecture et sur l’impact de ces situations sur l’assiduité en classe. Certains évoquent des jeunes brillants mais découragés par l’incertitude de leur avenir, d’autres parlent de familles entières plongées dans l’attente.

Devant la préfecture, des élus appellent à « faire barrage à l’extrême droite » et à se mobiliser contre les OQTF et le durcissement des politiques migratoires, notamment la loi asile-immigration et la circulaire Retailleau.

Pour Mona, l’enjeu dépasse l’espoir immédiat de résultats concrets.  « J’ignore si ça fera bouger les choses, mais c’est un devoir. Chaque mobilisation compte », insiste-t-elle alors que le rassemblement touche à sa fin.

En fin d’après-midi, les banderoles se replient devant la préfecture. Les manifestants se dispersent par petits groupes. Malgré la fatigue et la pluie, tous savent que cette mobilisation n’était qu’une étape et que le combat est bien loin d’être terminé.

Nawel Belouizdad