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Sentiment d’inutilité, vexations, mise à l’écart… Tout juste rendu public, le baromètre national de la démocratie locale, relève un profond malaise chez les élus non-majoritaires et souligne les graves carences du système démocratique dans les communes françaises.
Un piètre 2,92 sur 10. Telle est la note salée que les 900 élus d’opposition, interrogés pour le 1er baromètre national de la démocratie locale, accordent pour qualifier leurs relations avec les maires. Une mauvaise note encore plus marqué dans les communes de moins de 3 500 habitants (2,76). « C’est la preuve d’un problème systémique, dénonce Yvon Rosconval, l’un des élus à l’origine du baromètre. Le système produit lui‐même des déséquilibres qui rendent difficile, voire impossible, l’exercice pluraliste du pouvoir local. »
Le diagnostic posé par le baromètre est sans appel. Les élus d’opposition dénoncent pêle‐mêle le manque d’écoute, de transparence sur l’action municipale, la difficulté d’accès à l’information – voire des entraves à leur action quand, par exemple, on leur refuse un local (pour 48 % des répondants) ou l’accès aux réseaux sociaux et au site Internet de leur commune. Ceci alors que la loi l’impose.
Problème supplémentaire : lorsqu’ils sollicitent les préfectures pour faire respecter la loi, celles‐ci ne leur répondraient, affirment‐ils, que quatre fois sur dix en moyenne…
Judiciarisation des rapports entre élus
Ce profond malaise démocratique, maintes fois évoquée par Mediacités, n’est pas sans envenimer les relations. Ainsi 21 % des répondants indiquent avoir été attaqués en justice par leur maire (pour diffamation dans 55 % des cas). « J’aimerais que ma maire ne vive pas [en conseil municipal] les questions de la minorité comme une agression personnelle », indique une élue de Guadeloupe, interrogée pour le baromètre.
A l’inverse, un tiers des élus d’opposition ont engagé des procédures contre leur édite pour non‐respect du Code général des collectivités territoriales (dans 32 % des cas), abus de pouvoir (27 %) ou diffamation (21 %). Une judiciarisation des rapports entre élus coûteuse en énergie, en argent (5 000 euros en moyenne) et en temps. Sans compter que ces actions, qui encombrent les tribunaux, prospèrent rarement.
A Bois d’Arcy (Yvelines), par exemple, l’opposition a dû saisir le tribunal administratif pour obtenir plus que les… 363 caractères que le maire lui avait accordé pour leur tribune d’expression dans le journal municipal. Las ! Le référé‐suspension a été retoqué par les juges qui n’ont pas reconnu le caractère d’urgence qu’aurait nécessité cette procédure.
Finalement, le maire leur a « généreusement » accordé 1 000 caractères. Mais, lassée de ces combats permanents et des attaques ad hominem, la cheffe de file de l’opposition Jocelyne Hannier a décidé de jeter l’éponge : « Je ne me représenterai pas pour un nouveau mandat. C’est fatigant, violent. Il ne faut pas s’étonner que les gens ne s’engagent pas si on les maltraite. »
« Sans opposition, pas de démocratie »
D’après le baromètre, les élus d’opposition ont été 2,5 fois plus nombreux que leurs homologues de la majorité à démissionner durant le mandat 2020–2026. Pis ! 29 % affirment ne pas vouloir se représenter en 2026 et la proportion est la même pour ceux qui ne comptent qu’un seul mandat au compteur. Le jeu de l’engagement civique et démocratique en vaut‐il la chandelle ? La question mérite d’être posée pour des élus d’opposition qui consacrent en moyenne 3,5 jours par mois à un mandat le plus souvent bénévole – seuls 16 % d’entre eux reçoivent une indemnité.
En cette veille de scrutin, la difficulté de constituer des listes complètes apparaît au grand jour. « Or sans opposition, il n’y a pas de démocratie », martèlent les initiateurs du baromètre. Et de convoquer le grand écrivain Albert Camus selon lequel « la démocratie n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ».
Pour eux, la prime majoritaire, qui accorde 50 % des sièges à la liste arrivée en tête – le solde étant réparti à la proportionnelle des résultats du scrutin – « porte en germe la crise démocratique ». Même en cas de faible écart de voix au premier tour, la majorité décroche en effet automatiquement 80 % des sièges et l’opposition se retrouve marginalisée.
Non‐sens démocratique
Cette marginalisation est d’autant plus grande que peu de maires associent leurs opposants à leurs actions. D’après le baromètre, 3 % des maires ont accordé un temps de parole à l’opposition lors d’événements publics et 6 % leur auraient confié une mission spécifique. Plus les réunions municipales concernent des enjeux stratégiques, moins les élus d’opposition y semblent conviés. Un non‐sens démocratique.
« Souvent encensée, la démocratie locale est en fait à bout de souffle », conclut Yvon Rosconval. Avec ses comparses, il appelle donc à un travail de fond associant élus locaux, parlementaires, chercheurs, citoyens engagés et médias « afin de construire collectivement des solutions pour une démocratie vivante, inclusive et exigeante ». Un vœu pieux jusqu’alors car, déplore‐t‐il, « personne ne souhaite s’attaquer au pouvoir des maires ».
Auteurs :
Auteur : Jacques Trentesaux (Mediacités)
Cet article a été publié le 2 février 2026 sur le site de notre partenaire Mediacités et édité pour les lecteurs des Surligneurs.
L’article Municipales : les élus d’opposition crient à la maltraitance est apparu en premier sur Les Surligneurs.