En grève la faim, Nader Ayache se bat pour son droit au séjour
Au pied du Centre national du cinéma (CNC) se joue une scène inhabituelle. Le 16 novembre 2025, Nader Ayache, réalisateur et doctorant en cinéma, a installé sa tente devant le siège de l’institution située dans le 14e arrondissement de Paris. En grève de la faim depuis le 8 novembre, cet homme originaire de Tunisie tente le tout pour le tout afin de sortir du maelström qui l’accable depuis des années.
Arrivé en France en 2015 avec un visa étudiant, il se retrouve en situation irrégulière deux ans plus tard quand la préfecture de Nanterre refuse de renouveler son titre de séjour. Le début d’un cauchemar administratif.
« C’est comme si mon travail n’existait pas »
En parallèle de ses études, Nader Ayache s’investit pleinement dans la réalisation. Son documentaire “Renaissance” est soutenu par le CNC et se voit présélectionné aux César 2025 dans la catégorie court métrage documentaire. Il prépare par ailleurs sa soutenance de thèse, dans laquelle ce film occupe une place centrale.
Pourtant, l’administration lui reproche un manque d’activité universitaire, en dépit des lettres de soutien de son université et de son directeur de recherche. « C’est comme si mon travail n’existait pas. Comme si tous mes efforts n’étaient pas pris en compte », regrette-t-il. « Je fais partie d’un pays qui me rejette alors que j’ai donné tout ce que je pouvais à mes études et à mon travail. »
Nader Ayache s’est aussi vu reprocher son job étudiant. Pour subvenir à ses besoins, le réalisateur était coursier pour une plateforme de livraison, sous statut d’auto-entrepreneur. Une activité qu’il exerçait légalement avec avec un numéro SIRET délivré par le ministère de l’Intérieur.
Cependant, comme beaucoup d’étudiants étrangers, Nader dépasse la limite de durée de travail qui est de 964 heures par an. Une limite floue et variable selon le pays d’origine et dont très peu de personnes ont connaissance.
Dans les méandres de l’administration
En 2019, Nader demande un renouvellement de son titre de séjour qui lui sera encore une fois refusé. D’après les mails de refus que nous avons pu consulter, il lui est reproché cette fois-ci de ne pas avoir « d’attaches en France, ni famille proche ni conjoint, ainsi qu’une absence de circonstance humanitaire ». Des critères ne figurent pourtant pas dans les obligations exigées pour le visa étudiant.
« On m’a refusé mon droit au séjour pour des raisons qui n’ont rien à voir avec mes études », peste-t-il. Nader s’est vu attribuer une sanction sévère, une OQTF et une interdiction de revenir sur le territoire français pour une durée d’un an.
Je fais partie d’un pays qui me rejette alors que j’ai donné tout ce que je pouvais
Le dernier refus qui lui a été opposé en novembre 2025 évoque cette fois le “non caractère sérieux de [ses] études”. D’après la préfecture, il ne démontre pas assez qu’il travaille sur sa thèse. Pourtant, il a fini la rédaction de ladite thèse et prépare sa soutenance en l’attente d’une date. L’étudiant dispose en outre d’une lettre de son directeur de recherche et de l’université de Paris 8 attestant de son travail auprès de la préfecture, en vain.
La grève de la faim, un acte de résistance
Depuis dix-huit jours, Nader ne s’alimente plus. Il suit un protocole médical strict, boit cinq litres d’eau par jour et est surveillé de près par un médecin. « Ce n’est pas un geste impulsif, c’est la seule option qu’il me restait pour rendre visible ce que je vis. » Ce geste, il le pose devant le CNC, un lieu symbolique pour lui en tant que réalisateur.
Le 19 novembre, une réunion a eu lieu entre Nader et des représentants du CNC. L’organisme lui a exprimé son soutien et reste dans l’incompréhension de ce refus systématique de la part des autorités.
Une précarité subie
Face à une situation irrégulière qui l’empêche de pouvoir travailler, il survit avec son épouse grâce à des colis alimentaires et des aides ponctuelles de son entourage. Au-delà de la précarité, la pression psychologique est immense. Le couple vit dans la peur de se retrouver séparé par cette décision. « C’est comme un deuxième exil pour nous deux », confie Nader.
Dans cette épreuve, sa famille, restée majoritairement en Tunisie est un soutien moral de taille. Il tente de rester présent malgré la distance et de les rassurer quant à sa situation. Sa mère, qu’il a dû convaincre pour obtenir son accord avant d’entamer sa grève de la faim, vit ses journées avec inquiétude.
Une vague de soutiens
Autour de sa tente, des rassemblements s’organisent. Le vendredi 21 novembre, une cinquantaine de personnes sont venues témoigner leur soutien à Nader. Des passants le saluent quotidiennement, lui apportent de l’eau ou simplement un peu de compagnie pour briser la solitude. Pour Nader, ce soutien est essentiel. « Dans ces moments-là, le regard des autres suffit pour tenir quelques heures de plus. »
Son histoire, diffusée sur les réseaux sociaux par de nombreux proches, a suscité une vague de soutiens. « Je reçois des messages de personnes qui vivent la même chose que moi. On a l’impression que rien n’est exposé publiquement », souligne Nader. À travers sa grève de la faim, Nader interpelle aussi sur la condition de nombreux étudiants étrangers confrontés à des décisions administratives destructrices.
Depuis le début de son calvaire, Nader filme au caméscope son quotidien pour un jour témoigner en film de la réalité d’un étudiant étranger en France. Désormais, il compte déposer une demande de résidence de droit de vie privée et familiale auprès de la préfecture de Paris. Aujourd’hui, la tente devant le CNC n’est pas seulement l’endroit où un homme se bat pour son droit au séjour : elle est devenue un symbole de résistance, un espace de témoignage et un appel à considérer la réalité humaine derrière les dossiers administratifs.
Hamama Temzi et Besma Touati