À Toulon, des militants LFI attaqués à leur domicile en marge de la campagne aux municipales

StreetPress 2026-03-18 View source

Trois militants du parti insoumis à Toulon ont été visés par des menaces ou des coups, parfois directement à leur domicile. Une ambiance irrespirable alors que l’extrême droite a fini en tête aux municipales

Toulon (83), 6 mars — Il est environ 2 heures quand le domicile d’Antoine (1) est attaqué par des militants d’extrême droite pour la troisième fois en trois mois. « Mon cœur battait si fort que je n’entendais même plus les coups, je me disais que j’allais mourir », raconte ce militant local de La France insoumise (LFI). Âgé d’une vingtaine d’années, il milite au sein du mouvement de gauche depuis plus d’un an. Dans sa ville où l’extrême droite est en passe de retrouver la mairie — Laure Lavalette est arrivée en tête du premier tour avec 42 %, plusieurs groupuscules violents s’enhardissent et multiplient les attaques et les descentes racistes depuis plusieurs années.

Début mars, c’est chez Sarah (1), également militante LFI dans la cité varoise, que des dégradations ont été commises. Tous les deux ont été placés sous protection policière, mais continuent à être inquiets pour leur sécurité.

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Un domicile visé trois fois en trois mois

Le domicile d’Antoine a été visé trois fois depuis le 10 janvier. Le premier soir, ce sont quatre militants d’extrême droite qui jettent des verres pris dans un bar voisin contre ses fenêtres. « Sale pédé », « sale fiotte », « communiste », « on va te crever »… Pendant cinq minutes, les insultes et les pintes de bière fusent. Par la fenêtre, Antoine reconnait des cagoules bleues et jaunes, aux couleurs des Imbuvables Toulon — un groupe hooligan néonazi toulonnais qui s’est créé depuis moins d’un an et a déjà organisé de nombreux combats.

Trois semaines plus tard, le 31 janvier, Antoine est en déplacement à Paris quand il est alerté par des voisins : sept personnes ont pénétré dans son immeuble et ont mis les parties communes à sac. Sa boîte aux lettres est défoncée et un sticker « action fasciste Toulon » orné d’un salut nazi y est apposé. Selon le voisin d’Antoine, le groupe semblait l’attendre.

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Plus d’un mois plus tard, rebelote. Alors qu’il est en terrasse d’un snack avec des amis, le militant voit passer « une dizaine de mecs habillés en noir » qui se dirigent vers un bar réputé pour être un repaire d’extrême droite. En rentrant, alors qu’il est couché, son interphone sonne une première fois. Au bout de la ligne, il entend seulement des bruits qui « ressemblent à des barres de fer qui s’entrechoquent ». Deux heures plus tard, le hall de l’immeuble est intégralement retourné. « J’entendais du métal qui se tord, du bois qui se casse. » Tout en saccageant les boîtes aux lettres du bâtiment et en explosant les compteurs électriques, les nervis sonnent en boucle à son interphone et tentent de défoncer sa porte d’entrée.

Une agression en prime

Sous protection policière via un dispositif d’urgence depuis la deuxième attaque, Antoine tente d’appeler les forces de l’ordre alors que ses agresseurs partent une première fois. « Trop tard, il fallait appeler quand ils étaient là », lui répond-on. Sauf que les nervis reviennent et tentent de défoncer sa porte à coups de pied. Barricadé, Antoine rappelle sa ligne directe d’urgence au commissariat. Son interlocuteur au bout du fil lui promet une arrivée rapide des agents mais pendant trente minutes, rien ne se passe. « J’ai juste attendu que ça passe en tenant ma porte », souffle Antoine. « En partant, ils ont croisé un homme noir et l’ont traité de “sale négro”, lui ont dit de “retourner manger des bananes” et l’ont frappé », se rappelle-t-il. Un témoignage confirmé par deux de ses voisines.

Dans le hall de l’immeuble, toutes les boîtes aux lettres sont désormais couvertes de stickers ornés de saluts nazis. Le lendemain de l’agression, Antoine porte plainte et le syndic de copropriété de son immeuble aussi.

Des coups de couteau

Sarah vient d’emménager dans une rue proche du centre-ville de Toulon. Courant février, elle croise un voisin avec lequel elle n’a jamais discuté en sortant de son immeuble. Sur sa veste en jean, elle aperçoit un patch de croix celtique. « T’es LFI ? », la questionne-t-il. Candidate sur la liste insoumise aux municipales, Sarah répond par l’affirmative. « En rétrospective, je pense qu’il revenait du rassemblement en hommage à Quentin Deranque organisé par les groupuscules fafs dans la ville ce jour-là », se souvient la militante. Le lendemain de cet échange, elle trouve la poussette médicale de son fils, handicapé moteur, dégradée dans les parties communes de l’immeuble. « Il y avait des coups de couteau dans les quatre roues. » Elle tente d’aller porter plainte et se retrouve renvoyée vers une plainte en ligne.

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Sa boîte aux lettres est pliée en deux, puis le surlendemain, sur les coups de 4 heures, elle est réveillée par « un bazar monstre » sous ses fenêtres. Au courant des deux premières attaques subies par Antoine, elle n’ouvre pas ses rideaux. Elle retourne au commissariat et obtient plusieurs jours de protection policière. « Bien sûr que j’ai peur, il habite dans mon allée », explique-t-elle à StreetPress. En parallèle de la surveillance policière, ses camarades organisent des rondes dans le quartier. Sarah a fait installer une seconde serrure et des caméras et a régulièrement des amis qui dorment chez elle pour la soutenir face au stress.

Ce qui l’ennuie particulièrement, c’est la perte de sa poussette. Évaluée à 1.500 euros, elle n’est pas remboursée par son assurance, car elle a été dégradée dans les parties communes de son immeuble. « Sauf que mon fils en a absolument besoin », détaille-t-elle :

« Sans cette poussette, il ne peut pas avoir accès aux soins médicaux dont il a besoin plusieurs fois par semaine. »

En plus de Sarah et Antoine, un troisième militant de La France insoumise a été agressé à Toulon le 11 mars, à quelques jours du premier tour des élections municipales. Il a été insulté et frappé alors qu’il collait des affiches. Dans un communiqué, LFI a annoncé avoir porté plainte.

Illustration de la Une par Caroline Varon.