Source :
Etiqe :
Contenu :
A Thil et Niévroz, bourgades limitrophes du parc de Miribel Jonage, l’eau du robinet de 2700 habitants est « non conforme », comme Mediacités l’a découvert. En cause : une pollution aux PFAS, famille de substances chimiques toxiques bien connues dans la vallée de la chimie. Des « recontrôles »sont en cours, selon l’Agence régionale de santé.
L’eau distribuée aux robinets des habitants de Thil, Niévroz et d’une partie de La Boisse, dans l’Ain, est contaminée aux PFAS au‐delà de la norme fixée pour l’eau potable, d’après les informations découvertes par Mediacités.
Les substances per‐ et polyfluoroalkylées (PFAS) sont une famille de molécules chimiques toxiques, susceptibles de provoquer le cancer (notamment du rein, des testicules, du sein) et des maladies graves (problèmes tyroïdiens, de cholestérol, de fertilité).
Utilisées par les industriels pour leurs propriétés imperméabilisantes, les PFAS se nichent dans les vêtements déperlants, les poêles antiadhésives, les produits cosmétiques ou encore les batteries électriques. Mais bien souvent, ces substances migrent également dans l’environnement, jusqu’à contaminer l’eau potable.
Au sud de Lyon, près de 200 000 personnes ont dû faire face pendant trois ans à la contamination de leur eau, redevenue conforme aux normes fin 2025 après des travaux pour la dépolluer. En amont, les usines Arkema et Daikin d’Oullins‐Pierre‐Bénite ont rejeté par le passé jusqu’à plusieurs centaines de kilos de PFAS par an dans le Rhône et dans l’air. La menace PFAS s’étend‐elle désormais à l’autre bout de l’agglomération lyonnaise, du côté de Miribel Jonage ?
La commune de Niévroz, dans l’Ain. Image Google Earth.
Deux campagnes de prélèvements menées par les services de l’Etat à la fin de l’année 2025 mettent en évidence que l’eau distribuée à 2 730 personnes à Thil et Niévroz, communes limitrophes du grand parc, est « non conforme », d’après les données du ministère de la Santé. Contactée, la mairie de la première nous a renvoyés vers le syndicat des eaux du secteur, présidé par Patrick Battista, maire de Niévroz. Celui‐ci n’avait pas donné suite à nos sollicitations au moment de notre publication, pas plus que la préfecture de l’Ain.
Deux alertes
Concrètement, 106 nanogrammes par litre (ng/L) pour la somme de vingt PFAS ont été détectés dans cette eau en novembre dernier, alors que la limite de qualité est fixée en France à 100 ng/L. Confirmant cette première alerte, 137 ng/L de PFAS ont été retrouvés fin décembre.
Avant d’arriver jusqu’au robinet des habitants, cette eau prend sa source auprès de différents points de captage situés notamment à Balan, Thil et La Boisse.
Début janvier, l’Agence régionale de santé (ARS) indiquait sur son site internet qu’une « série d’analyses [est] en cours pour recontrôles ». Car, conformément aux recommandations du Haut Conseil de la santé publique (HCSP) et aux instructions du ministère, les services de l’Etat sont désormais tenus d’effectuer d’autres prélèvements, qui s’étalent sur plusieurs mois, avant de se prononcer sur la pollution lorsque les résultats sont proches du seuil réglementaire.
Jusqu’en mars 2025, il suffisait néanmoins que deux relevés soient supérieurs à la norme – comme c’est le cas ici – pour que l’ARS considère l’existence avérée d’une contamination. Sollicitée par Mediacités ce mardi 10 février, l’agence de santé nous a répondu ne pas être en mesure de nous répondre avant la fin de la semaine.
L’exemple des Vosges
Dans le cas de Thil et Niévroz, l’État prend‐il le risque de laisser près de 3000 personnes boire une eau trop contaminée aux PFAS en attendant la confirmation des premières analyses ? Lorsque des concentrations similaires en PFAS (jusqu’à 148 ng/L) ont été mesurées dans l’eau du robinet de Tendon, dans les Vosges, la préfecture a pris la décision, en octobre 2025, d’interdire la consommation de cette eau polluée aux personnes sensibles, et de mettre en place une distribution d’eau en bouteille.
Une » mesure de précaution « , justifie l’ARS Grand Est sur son site internet, que pourrait prendre le préfet de l’Ain pour les deux communes situées entre Miribel et Montluel.
Au l’inverse, à Rumilly, en Haute‐Savoie, où est implanté le fabriquant de poêles Tefal qui a émis par le passé des déchets de PFAS dans l’environnement, l’État n’avait pas pris de mesures de restriction en 2022, malgré des dépassements de la norme pour l’eau potable.
À l’époque, jusqu’à 136 ng/L de PFAS avaient été retrouvés dans l’eau distribuée aux robinets. Trois mois après la première alerte, des captages d’eau avaient toutefois été fermés pour faire redescendre le taux de PFAS sous le seuil de 100 ng/L.
Selon l’origine de la contamination, le syndicat intercommunal des eaux de Thil et Niévroz pourrait également décider de diluer l’eau contaminée avec celle d’un réseau voisin non pollué ou d’installer un système de filtration par charbon actif, comme à Ternay, dans le sud de Lyon.
Mais ces investissements onéreux peuvent se traduire par une hausse du prix de l’eau pour les habitants. Au sud de Lyon, comme s’en faisait dernièrement l’écho Radio Scoop, la facture d’eau pourrait augmenter d’une cinquantaine d’euros à partir de 2027.
En attendant la fin du mois de mars [mise à jour le 12 février – 17h]
L’Agence régionale de santé (ARS) et la mairie de Niévroz nous ont répondu au lendemain de notre publication. Les deux soulignent que, suite aux résultats des prélèvements de novembre et décembre 2025, un protocole a été mis en place. Celui‐ci consiste à mener deux analyses PFAS de l’eau par mois pendant quatre mois.
A l’issue de cette période, donc à la fin du mois de mars, en fonction des résultats, le préfet de l’Ain décidera « des mesures à mettre en place, dont, si nécessaire, une information des populations du périmètre concerné, complète la municipalité de Niévroz. En parallèle, des investigations et des tests sont bien sûr menés afin d’anticiper des pistes de solutions, mais à ce stade rien ne peut être évoqué. »
« A ce stade et compte tenu des résultats, aucune restriction des usages de l’eau n’est prononcée », souligne aussi l’ARS, qui annonce toutefois qu’une « réunion d’échange [avec le syndicat des eaux et son exploitant Suez] aura lieu prochainement pour échanger sur les résultats et éventuelles mesures de gestion à mettre en œuvre. »
Auteurs :
Auteur : Hugo Coignard / Enketo (Mediacités)
Cet article a été publié le 11 février 2026 sur le site de notre partenaire Mediacités et édité pour les lecteurs de Mediacités.
L’article PFAS : près de Lyon, l’eau du robinet de deux communes contaminée aux « polluants éternels » est apparu en premier sur Les Surligneurs.