Après la mort de Quentin Deranque, un collectif proche de la Jeune Garde est menacé de dissolution. Son cofondateur dénonce une « atteinte à la liberté d'association » et « un coup de pression politique ».
Ce lundi 30 mars, Yassine Benyettou, ex-candidat de la France insoumise (LFI) dans les Yvelines, a reçu un courrier adressé par le ministère de l’Intérieur. Deux pages officielles l’ont prévenu de la dissolution imminente du collectif qu’il a cofondé : Génération EDR – pour Espoir Dignité Résistance. Né en mars 2025, ce « groupement de fait » – dixit le ministère – vise à lutter contre l’islamophobie en France, selon ses militants. Il regroupe, à sa création, quatre entités : l’association de lutte contre les discriminations Red Jeunes, les mouvements de jeunesse, l’Union syndicale lycéenne et les Étudiants musulmans de France, ainsi que l’organisation antifasciste la Jeune Garde. Cette dernière, connue pour avoir été fondée par le député LFI Raphaël Arnault, a été dissoute le 12 juin 2025.
« Génération EDR s’inscrit dans la continuité de la Jeune Garde », accuse le ministère de l’Intérieur. Les deux entités ont eu en commun un porte-parole, Zine-Eddine Messaoudi. Beauvau pointe également du doigt le calendrier resserré entre la création du premier collectif et les premières alertes sur la dissolution du second, par décret du ministre d’alors, Bruno Retailleau. Apparue à Lyon (69) en 2018, la Jeune Garde était notamment accusée de recourir à « un activisme violent pour promouvoir son idéologie ». Des accusations que nie la Jeune Garde dans son recours contre le décret de dissolution.
Le courrier arrive quelques semaines après la mort du militant nationaliste-révolutionnaire Quentin Deranque, dans laquelle sont impliqués plusieurs militants liés à la Jeune Garde. « Sous couvert de lutter contre l’islamophobie, Génération EDR a délibérément choisi de s’inscrire dans un activisme violent pour promouvoir son idéologie », écrit ainsi Pascale Léglise, la directrice des libertés publiques et des affaires juridiques au ministère de l’Intérieur.
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« Votre association incite à la commission d’actes de violence »
Génération EDR « provoque de manière répétée des agissements violents contre les personnes », affirme le courrier du ministère de l’Intérieur, qui cite en exemple une certaine « promotion de l’auto-défense » contre l’extrême droite et ses relais. Ce qui constituerait « une incitation à la violence auprès de votre public en ce qu’elle promeut la violence pour imposer ses idées face à ses opposants ».
Il est également reproché à Yassine Benyettou, cofondateur et coresponsable de Génération EDR, d’avoir participé à « légitimer le meurtre de ses ennemis désignés, les personnes dites d’extrême droite » et d’avoir « glorifié un acte violent d’une particulière gravité » dans le cadre d’une prise de parole publique. Une référence à la mort de Quentin Deranque à Lyon, le 14 février dernier, citée dans le courrier. Joint par téléphone, l’intéressé jure qu’il n’en est rien et renvoie à ses propos complets, mis en ligne le 23 février sur Instagram. Dans cette vidéo, il dit :
« Gloire aux militants qui ont fait reculer l’extrême droite dans les rues lyonnaises. Gloire à celles et ceux qui ont construit la Jeune Garde dans un moment où les fascistes étaient en roue libre à Lyon. Gloire à Raphaël Arnault, gloire à Zine-Eddine Messaoudi. Rien n’est joué. Nous sommes une génération d’espoir, de dignité, de résistance [d’où le sigle EDR, ndlr]. Ne laissons pas le pays au RN et à leurs alliés, car nous sommes tous antifascistes. »
Le discours est cité par le ministère de l’Intérieur comme le principal grief retenu à l’encontre de Génération EDR, en plus de sa proximité avec la Jeune Garde. « En ajoutant que “rien n’est joué”, votre association incite ses membres, mais aussi ses sympathisants, à la commission d’actes de violences similaires à celui qu’elle légitime », considère l’administration, qui précise par ailleurs avoir déposé une plainte pour « reconstitution de groupement dissous ».
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« Atteinte à la liberté d’expression »
Face à ces éléments, auxquels son collectif et lui ont désormais dix jours pour répondre, Yassine Benyettou se dit choqué : « C’est une atteinte à la liberté d’expression et à la liberté d’association assez importante pour un collectif qui a comme modalité d’organisation et d’action principale des tables rondes, des campagnes d’affichage et des interviews de personnes voilées qui subissent l’islamophobie… » Il ajoute :
« Ils se servent de l’affaire Quentin Deranque pour essayer de tuer politiquement toutes les formes de mobilisation collective. C’est un coup de pression politique. »
Dans un communiqué diffusé vendredi 3 avril, l’avocate de Génération EDR, Maître Margot Pugliese, rappelle la « démarche pacifique et citoyenne » du groupe. D’après le cofondateur du collectif, le déclenchement de la procédure de dissolution pourrait être évoqué lors des prochains conseils des ministres, le 8 ou le 15 avril.
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Contacté, le ministère de l’Intérieur n’a pas donné suite aux sollicitations de StreetPress à l’heure où nous publions cet article. Questionné au sujet de la plainte pour « reconstitution de groupement dissous », le parquet de Paris dit avoir « reçu, le 24 février 2026, un signalement du ministère de l’Intérieur dénonçant la reconstitution, sous forme de structures satellites, de la Jeune Garde ». Sans préciser si Génération EDR fait ou non partie de ces « structures satellites ». Le parquet rappelle aussi qu’une « enquête pour participation au maintien ou à la reconstitution d’association ou de groupement dissous (délit faisant encourir trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende) a été confiée à la Direction générale de la gendarmerie nationale (DGGN) et notamment à la Section de recherches de Paris ».
Concernant la Jeune Garde, elle a déposé un recours devant le Conseil d’État pour contester sa dissolution, avec le soutien notamment de la Ligue des droits de l’Homme et du Gisti (Groupe d’information et de soutien des immigrés). Une audience devait se tenir ce vendredi 3 avril.
Illustration de Une de Caroline Varon.