À Vitry-sur-Seine, le PCF conserve l’un de ses bastions historiques
« On a gagné ! On a gagné ! », crient en chœur plusieurs centaines de Vitriots et Vitriotes, de toutes générations, dans le hall de la mairie alors que les résultats se devinent sur de nombreux visages. « Aujourd’hui, c’est les quartiers populaires de Vitry qui ont gagné, les cités, les pavillons, ceux qui travaillent au quotidien pour faire en sorte que notre ville progresse et avance », lance Pierre Bell-Lloch, après avoir annoncé les résultats devant une foule conquise.
« Il a toujours été là pour la jeunesse, pour les vieux, pour tout le monde, il n’a jamais différencié les gens. C’est pour ça qu’on s’est battu pour lui et qu’on est fiers qu’il soit notre maire », explique Célia Boukhelif-Yahia, 22 ans et engagée dans l’associatif, sur un air de 113 en fond.
Tout n’était pas gagné pourtant. Au premier tour, les deux autres listes de gauche, l’écologiste divers gauche menée par Frédéric Bourdon mais non soutenue par Europe Écologie Les Verts (EELV) et les Insoumis menés par Hocine Tmimi avec le soutien de l’ancien maire communiste Jean-Claude Kennedy, avaient décidé de fusionner pour tenter de l’emporter.
L’abstention reste la grande gagnante, atteignant quasiment les 60 %. Parmi les 94 000 habitants que compte la ville la plus peuplée du département, le taux de participation était de 41,7 %, soit deux fois supérieur à 2020, en pleine crise sanitaire. Un chiffre en légère baisse par rapport à 2014, où la participation atteignait 43 %. « Même si je connais le maire, ça ne changera rien de voter de toute façon », explique Abder, un habitant principalement préoccupé par la sécurité, rencontré perplexe devant les panneaux électoraux.
Une campagne sous tension
Sur le parvis de la mairie, beaucoup l’admettent : la campagne a été dure. Surtout entre les deux principales listes à gauche, l’une communiste soutenue par tous les partis de gauche, l’autre par La France insoumise (LFI) ainsi que l’ancien maire communiste Jean-Claude Kennedy. Ce dernier s’était vu ravir le fauteuil de maire en 2020 après son élection, par l’actuel maire sortant, élu donc pour la première fois à ce poste.
Cette semaine, les accusations ont fusé de tous les côtés : le candidat Hocine Tmimi a été accusé d’agression physique par une habitante lors d’un tractage le 18 mars dernier, avec dépôt de plainte. Le lendemain, ce dernier annonçait à son tour déposer plainte pour des dégradations constatées sur la porte de son domicile, dénonçant une « tentative d’effraction ».
Une ambiance qui lasse de nombreux habitants, quel que soit leur camp. « C’est dommage, il fallait la jouer à la loyale sans rabaisser les autres, ça fait pas partie de nos valeurs », déplore Célia, soutien de Bell Lloch. « C’est de la connerie ces embrouilles, le candidat c’est un gars du quartier, c’est pas dans sa nature, il n’y a pas plus calme que lui », explique Ranya, une autre habitante, 47 ans et native de Vitry, qui soutenait Hocine Tmimi.
En fin de semaine, les rappeurs Rohff et Mokobé tous deux originaires de la ville et membres de la Mafia K’1 Fry, avaient exprimé leur soutien au maire sortant. Le premier allant même jusqu’à dénoncer un « racisme anti-Blanc » sur ses réseaux aux millions d’abonnés. « Dimanche, c’est Pierre qui gagne insha Allah et c’est ce que veulent les Vitryots n’en déplaise aux calomniateurs prêts à tout pour le pouvoir », avait écrit Rohff.
Projet controversé de centrale thermique et enjeu du logement
Un des principaux enjeux de ce scrutin était le projet de construction d’une importante centrale thermique dans la ville. Cette centrale prévoit de brûler des déchets non recyclables principalement à base de bois, mais aussi des « déchets industriels banals et des encombrants de déchetterie » de type plastique, mousses, vêtements ou caoutchouc, comme rapporté par Reporterre. Si la présence de ces déchets est avérée, ce projet destiné à alimenter le réseau de chauffage parisien et porté par EDF pourrait mettre gravement en danger la santé des habitants, notamment du quartier Camille Groult situé non loin de là.
Dans une interview à Regards, le candidat insoumis Hocine Tmimi dénonçait cette semaine un « mépris de classe territorial de la ville de Paris qui prend des décisions sur un territoire d’une ville populaire d’installer quelque chose qu’elle ne veut pas sur le sien ». Une pétition contre ce projet a été signée par plus 6 000 personnes depuis fin janvier. L’équipe du maire explique vouloir organiser une concertation avec les habitants, et consulter l’Académie du climat à Paris avant de mener à bien tout projet.
Autre enjeu, Pierre Bell-Lloch avait fait l’objet de nombreuses critiques après l’expulsion de deux squats de la ville à l’été 2025, dont une partie des habitants, une dizaine d’hommes seuls, n’a pas été relogée et continue de survivre à la rue. Le collectif Assemblée logement 94, qui réunit des associations locales, et l’association Utopia 56 l’ont interpellé à ce sujet de nombreuses fois sans obtenir gain de cause. « Le maire nous répond qu’il ne peut rien faire pour nous, alors qu’on a la liste de tous les bâtiments vides de la mairie de Vitry », explique Jonathan, artiste congolais qui habitait l’un des squats depuis 2018. Le maire réélu prévoit quant à lui la construction de 2 000 logements supplémentaires à l’avenir.
Dario Nadal