Rassemblement pour Dylan : « En aucun cas il ne méritait d’être tué de cette manière »
« Notre famille est traumatisée, on vit un cauchemar éveillé », témoigne Lorraine, la sœur de Dylan, décédé après avoir été immobilisé par un policier en civil de la BAC de Saint-Denis. Sur le parvis de la gare de Pontoise, ville où le drame a eu lieu, une trentaine de proches, soutiens, famille et amis, se sont réunis à 14 heures pour rendre hommage au jeune homme de 25 ans, décédé dans des circonstances, à ce jour, non établies officiellement.
Le 5 septembre 2025, alors qu’il tentait de prendre la fuite après un braquage d’une boutique d’achat d’or et de bijoux commis avec deux autres personnes, Dylan est maîtrisé au sol par plusieurs passants, parmi lesquels se trouvait un policier en civil.
Selon la famille et plusieurs témoins, ce dernier l’aurait alors étranglé en exerçant une pression avec son genou sur la nuque du jeune père de famille, alors que celui-ci était au sol, avant de le laisser inanimé sur la voie publique. Le décès a été présenté comme un “malaise fatal” par le procureur de Pontoise, une version contestée par les proches et plusieurs témoins.
« Nous n’avons reçu aucune communication concernant l’autopsie, ni aucun document relatif au compte rendu de l’examen médical pourtant obligatoire dans ce type de circonstances », rapporte Colline Bouillon, l’avocate de la fratrie, présente au rassemblement. Dans les colonnes du Parisien, le parquet de Pontoise rétorque que « l’information judiciaire n’est pas ouverte puisque la procédure devant le doyen des juges d’instruction est en attente d’éléments complémentaires de la part de la partie civile ».
Le parquet de Pontoise a ouvert deux enquêtes judiciaires, l’une pour déterminer les causes du décès de Dylan et l’autre portant sur le vol à main armée de la boutique de rachat d’or. De son côté, la famille a déposé plainte avec constitution de partie civile, notamment pour homicide involontaire par personne dépositaire de l’autorité publique.
Une famille effondrée
« Même s’il a fait un braquage dont on n’est pas fier, le policier n’aurait pas dû l’étrangler comme ça », confie Lorraine, profondément affectée par la situation et en quête de réponses. Au-delà des faits reprochés à Dylan, ses proches interrogent la proportionnalité de l’intervention. Selon eux, rien ne justifiait l’usage d’une technique d’immobilisation susceptible de mettre sa vie en danger.
« Dylan, on le connaissait depuis tout petit. Il était très aimé de ses proches et de sa famille, en aucun cas il ne méritait d’être tué de cette manière », regrette l’un de ses amis, contraint d’interrompre son discours avant de s’isoler à l’écart, happé par les larmes. Yanke, le grand frère de Dylan, est venu de Normandie pour assister au rassemblement. Micro en main, il se présente comme « porte-parole de sa famille endeuillée, mais aussi comme la voix de celles et ceux qui n’ont plus la leur. »
La mère du défunt n’a pas pu assister au rassemblement, ayant subi « un choc émotionnel », selon Lorraine. « Elle a dû partir en Afrique pour se reposer et tenter de penser à autre chose. » Isaac, grand-cousin de Dylan, qu’il considérait comme un frère, s’en inquiète : « J’ai peur que ma tante perde la vie parce qu’elle pense trop à son fils. »
Refus d’une marche blanche de la préfecture
Ce qui devait être une marche blanche a finalement été réduit à un petit rassemblement, car la préfecture a refusé à plusieurs reprises le cortège. « On a insisté pour la marche, on a montré l’itinéraire, mais ils ont refusé. Ils nous ont dit que ça sera un rassemblement à la gare ou rien, alors pour éviter qu’ils annulent, on a accepté », indique Lorraine.
Ce refus serait motivé par la crainte que la marche, incluant un passage sur les lieux de drame, puisse « choquer les témoins de la scène », une justification difficilement admissible pour la famille de la victime. « Ils [la préfecture] ont été très méchants, très fermes avec nous, ils voulaient nous intimider et nous décourager », poursuit la sœur de Dylan.
L’avocate de la fratrie confirme cette hostilité en soulignant que, « lors de l’annonce de la marche initialement prévue, la préfecture l’a qualifiée “d’indécente” et a cherché à l’interdire, invoquant des éléments visant à criminaliser la famille, qui souhaite simplement rendre hommage à Dylan et obtenir des réponses. »
La famille recherche des témoins
Réticents à l’idée de raconter ce qu’il s’est passé, les témoins se font rares. Une difficulté de plus qui s’ajoute au dossier de la famille endeuillée. « Ça s’est passé dans une rue commerçante et plusieurs vidéos ont été publiées avec des commentaires exprimant le choc face à la violence de l’interpellation, notamment le maintien prolongé de Dylan au sol », explique Colline Bouillon. Elle ajoute que « de nombreux commerçants ont pu s’exprimer, mais uniquement en off, beaucoup craignent encore de parler ouvertement. » La famille a lancé un appel à témoins invitant « toute personne ayant assisté à l’interpellation ou disposant d’images, de vidéos ou de tout élément permettant d’éclairer les faits » à les contacter.
Lors du rassemblement, les proches de Dylan ont pu compter sur la présence de familles endeuillées ayant elles aussi perdu un proche lors d’interpellations policières. Parmi elles, Fatou Dieng, sœur de Lamine Dieng, décédé en 2007 à 25 ans après avoir été maintenu attaché et asphyxié sous le poids de cinq policiers dans un fourgon dans le 20e arrondissement de Paris. « Je suis ici pour soutenir et accompagner cette famille qui débarque dans la lutte, il faut qu’on se soutienne entre victimes de ces violences », affirme-t-elle.
Samia El Khalfaoui, co-fondatrice de SAVE (Stop Aux Violences d’État) et tante de Souheil, 19 ans, tué par un tir policier dans le quartier de Belle-de-Mai à Marseille en 2021, a également tenu à être présente sur le parvis de la gare de Pontoise. « Sur l’année écoulée, on compte 70 morts causées par la police, c’est-à-dire 70 fois où la police a exercé une force, une pression, que ce soit par arme létale ou par leur corps, leur force et leur rage, sur un être humain auquel on a retiré la vie », dénonce t-elle, sous les yeux de policiers municipaux venus encadrés le rassemblement d’une trentaine de personnes.
Le rassemblement s’est achevé sur des remerciements des proches, qui ont exprimé leur gratitude envers tous ceux venus rendre hommage à Dylan. « Nous cherchons la vraie justice, celle qui pourra rétablir la vérité », déclare Lorraine.
Fatoumata Koulibaly
Photo: Thidiane Louisfert