Choisissez vos lectures d’été engagées avec les lauréats du festival des littératures urbaines

Bondy 2025-07-28 View source

Le soleil brille, les oiseaux chantent, les billets de flixbus se réservent… L’été – ou la période de l’année où on pense être capables de lire 5 livres en trois semaines – est bientôt de retour ! L’occasion de piocher parmi la sélection du festival des littératures urbaines 2025, dont les livres racontent de 1001 manières la vie des habitants de quartiers populaires. Désolée pour les livres d’été qui nous font déconnecter et nous vident la tête : ces livres-là sont teintés d’engagement et de vies trop souvent mises sous silence. Ils vous rempliront le cœur d’espoir, les yeux de larmes et la tête de rage…

Après une pré-sélection des oeuvres par un comité de lecture citoyen, la sélection des essais et romans gagnants a été décidée par un jury aguerri : Juliette Arnaud, actrice, scénariste, chroniqueuse radio et autrice ; Nassira El Moaddem, journaliste et autrice ; Pauline Guéna, autrice et lauréate de la première édition ; Abdoulaye Sissoko, co-auteur du livre Quartiers de combat, militant associatif et gérant d’une entreprise de sécurité ; Mateo Corso, livreur ; Salim Keddouh, réalisateur de documentaires ; et Olivier S. incarcéré à la maison d’arrêt de Saint-Maur.

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Autant de personnalités qu’il y a de réalités diverses dans nos quartiers. Ce choix de décerner un prix littéraire ne vise pas à qualifier un livre comme meilleur qu’un autre, mais plutôt à agir de façon symbolique. C’est pour cela que cette année, les deux catégories principales (roman et essai) auront chacune deux gagnant.es afin de récompenser un auteur et une autrice. Ce choix se justifie par un constat : il y a une sous-représentation importante des hommes pauvres et issus de quartiers populaires parmi le paysage littéraire, que ce soit dans l’écriture ou l’édition. La sélection d’œuvres écrites par des hommes vise ainsi à une valorisation de leur place et de l’intimité de leurs récits.

Romans :

Vous vous souvenez quand on vous a dit que vos yeux se rempliraient de larmes ? Bienvenue dans le monde de Mon Petit. A travers ce roman inspiré de l’histoire personnelle de Nadège Erika on découvre le Belleville des années 1990, et la vie des femmes y évoluant. Dans ce livre, des langues et languages s’entremêlent et se confondent, et racontent l’histoire ponctuée de drames d’une femme qui n’a eu de cesse de devoir changer ses codes pour trouver sa place au sein de sa propre ville. Préparez les mouchoirs !

  • Clean, Johann Zarca, Goutte D’Or

Pour celles et ceux qui veulent un récit intense et réaliste, douloureux mais immersif, Clean raconte et représente le lien indivisible qui unit les victimes de l’addiction aux drogues dures. Condamnés à errer dans les bas-fonds de nos villes, ces individus que l’on ignore sont ici acteurs de leur propre histoire. Humanisés et liés. A la manière d’un roman de témoignage qui aurait pris vie, Johann Zarca, avec beaucoup d’humilité, puise dans sa propre expérience pour donner une voix à ceux qui lui ont partagé leur histoire dans les salles froides des communautés thérapeutiques pour addicts anonymes.

Essais :

Pourquoi, au sein d’un même groupe, certains s’élèvent quand d’autres tombent ? Est-ce en raison du tempérament, de la rage de vivre ou du destin ? et si des fois la réalité était beaucoup plus triste et pragmatique que cela ? C’est la question sans réponse que s’est posée Yvon Atonga, après que l’ancien rappeur (membre du groupe Arsenik) ait tristement perdu son frère lors d’un règlement de compte en 2016. A travers un récit qui mêle anecdotes personnelles et réflexion sociologique, Y. Atonga et la sociologue Isabelle Coutant enquêtent auprès des proches du défunt, et revisitent le Villiers-le-Bel (95) des années 1980-1990. Un essai prenant qui diffuse les vérités qu’on ne préfère pas toujours entendre, mais nous met sur la voie de la résilience et du soin de l’autre.

Hajer Ben Boubaker est initialement documentariste chez France Culture. A travers son travail, elle fait le constat d’une absence du patrimoine littéraire concernant les paysages urbains des quartiers populaires. Inspirée par Paris, elle se lance dans un livre qui fait son propre retour réflexif sur la capitale, en nous emmenant la visiter. C’est dans le quartier de Barbès que se cristallisent ses intentions : représenter l’urbain comme un organisme vivant, un personnage à part entière avec ses défaillances et ses mécanismes. Sa démarche, bien que teintée de reconnaissance et de nostalgie, est avant tout objective : témoigner et documenter le Paris populaire des années 1990 avant qu’il ne disparaisse complètement.

Le Bondy Blog vous souhaite de très bonnes lectures !

Jeanne Seguineau