L’entreprise allemande Bosch a annoncé de nouvelles suppressions d’emplois en France dans les mois qui viennent, avec la fermeture d’une usine et d’un bureau d’étude. Les salariés sont allés en justice pour négocier un plan social acceptable.
Pour Laurent Doriat, délégué CGT de l’usine Bosch de Moulins, dans l’Allier, la décision rendue par le tribunal judiciaire de la ville le 2 mars est claire : « La justice nous a donné raison. » Les salariés de l’équipementier automobile avaient saisi le juge pour contester un transfert en cours de leur production vers une usine allemande, en prévision de la fermeture du site français. Le juge a affirmé qu’il fallait consulter le comité social et économique du site avant d’opérer ainsi.
C’est un peu de temps de gagné pour négocier un plan social acceptable. Car, fin janvier, la direction française de Bosch a annoncé la fermeture du site de Moulins, qui fabrique des composants électroniques pour l’industrie automobile, et la suppression de ses 270 emplois. « On ne s’y attendait pas, indique Laurent Doriat. On avait du boulot pour deux ans, on pouvait encore tenir. » Mais partout en France, Bosch supprime des emplois par centaines ces dernières années.
« Ça fait quatre, cinq ans qu’on enchaîne des PSE [“plans de sauvegarde de l’emploi”, des plans sociaux, ndlr], des restructurations, des fermetures de site de Bosch en France, explique Choukri Errachidi, élu syndical CFDT à Bosch et secrétaire du CSE (comité social et économique) central de Bosch France. Il y a eu un site à Saint-Ouen, fermé en 2024, où travaillaient une trentaine de personnes. Ensuite, il y a eu le site de Mondeville. » L’usine du Calvados a cessé la production fin 2025. Le PSE s’étendant sur des mois, les quelque 400 salariés seront licenciés officiellement en juin prochain.
Les plans sociaux s’enchaînent
L’an dernier, Bosch a aussi annoncé vouloir réduire les effectifs de son usine de Rodez (Aveyron), après l’abandon d’un projet de transport frigorifique fonctionnant à l’hydrogène. Ici, l’objectif est de n’avoir plus que 350 salariés d’ici à 2030, contre plus de 550 l’année dernière. Au début des années 2000, 2500 personnes travaillaient dans cette usine, et encore plus de 1200 en 2021. Cette année, en même temps que Moulins, un bureau d’étude de Bosch à Vénissieux, près de Lyon, va également fermer, mettant près de 40 personnes de plus à la porte.
« Je vois les effectifs fondre comme neige au soleil, se désole Alain Goudjil, coordinateur CGT pour Bosch France, salarié de l’entreprise depuis 30 ans. On était plus de 10 000 il y a 25 ans, aujourd’hui on est autour de 3000-4000 » avec les sites encore en activité et les filiales françaises de Bosch (Gaggenau, ELM Leblanc et Rexroth).
« C’est la première fois que ça arrive que deux sites soient fermés en même temps, ajoute Choukri Errachidi. Et la direction nous a imposé un agenda court pour négocier le PSE ». Le PSE commun aux deux sites a été finalisé durant la deuxième semaine de mars. « La décision du tribunal a permis de mettre la pression sur les négociations, et de gagner des choses sur les préretraites, les primes. Et nous avons réussi à obtenir qu’il n’y ait pas de départ avant le 1er janvier 2027, ce qui peut grossir la proportion de personnes qui pourront partir en préretraite, rapporte Alain Goudjil. Au niveau des indemnités de départ, Bosch paie. Ils n’ont pas d’argent pour investir dans de nouveaux projets mais peuvent sortir des millions d’euros pour détruire des emplois. Car ce PSE reste un outil de destruction de l’emploi, alors que le groupe fait des milliards de bénéfices », dénonce le représentant CGT. Bosch a enregistré un bénéfice de 1,7 milliard d’euros en 2025, après 3,1 milliards en 2024.
13 000 suppressions d’emplois en Allemagne
Ces nouveaux plans sociaux arrivent dans un contexte où Bosch supprime aussi des milliers d’emplois en Allemagne. Fin 2025, la multinationale employait un peu plus de 412 000 personnes dans le monde, contre près de 418 000 un an plus tôt. Ils sont 123 000 salariés en Allemagne. Mais en 2024, Bosch avait annoncé supprimer 9000 postes outre-Rhin, puis, l’année dernière, 13 000 suppressions de plus en Allemagne d’ici à 2030. Sur tous les sites allemands de l’entreprise, le puissant syndicat IG Metall tente de sauver le maximum d’emplois. « IG Metall a du pain sur la planche, constate Alain Goudjil. Et dans ce cadre, Moulins était en concurrence avec le site allemand de Blaichach », en Bavière, également touché par des suppressions de postes.
« Les dirigeants de Bosch en Allemagne et en France disent que les suppressions d’emplois sont dues à l’arrêt du diesel et des moteurs thermiques. Mais, normalement, un grand groupe comme Bosch devrait avoir anticipé ça. Surtout que la politique européenne de réduction des moteurs thermiques, on ne vient pas de la découvrir, critique Choukri Errachidi, de la CFDT. Les emplois supprimés par Bosch ici, en Europe, surtout en Europe de l’Ouest où on est considéré comme à haut coût, sont transférés en Asie, en particulier vers l’Inde », dénonce aussi le représentant syndical.
Pendant ce temps, dans l’Allier, Laurent Doriat s’attend à ce que ce « soit compliqué » pour beaucoup de ses collègues de retrouver du travail dans la région après la fermeture de leur usine. « Pour les moins vieux, les collègues de 45, 50, 55 ans, ce sera difficile. » Lui-même a travaillé 30 ans dans l’usine de Moulins et va se retrouver licencié. Il lui reste 13 ans avant la retraite.