ArcelorMittal : la CGT défend la nationalisation devant le Sénat

Basta 2026-02-25 View source

Rapports de forceTravail

Les salariés d’ArcelorMittal sont appelés à se rassembler devant Sénat le 25 février. Une proposition de loi sur la nationalisation des sites français de leur entreprise doit être examinée, alors que la multinationale continue de délocaliser.

par Guillaume Bernard

Après un rassemblement devant l’Assemblée nationale en novembre 2025, c’est au Sénat que les salariés d’ArcelorMittal France manifestent, mercredi 25 février à partir de 11 heures. Le mot d’ordre : la nationalisation de leur entreprise, qui compte environ 15 400 salariés en France.

Portée par la CGT, première organisation syndicale du groupe en France, la proposition de loi visant à la nationalisation d’ArcelorMittal France a déjà été adoptée à l’Assemblée nationale dans la nuit du 27 au 28 novembre 2025, à l’occasion d’une niche parlementaire de La France insoumise. Le coût de cette nationalisation serait de 3 milliards d’euros, selon Aurélie Trouvé, député LFI de Seine-Saint-Denis.

127 députés de gauche avaient voté pour, 41 députés de droite et macronistes contre, quand les députés RN s’étaient abstenus… tout en pratiquant l’obstruction parlementaire.

Le texte doit désormais être examiné au Sénat, où il sera très probablement rejeté, la chambre haute étant acquise à la droite. « Mais on ne lâchera rien et le groupe communiste le remettra à l’ordre du jour de l’Assemblée nationale le 11 juin », annonce Gaëtan Lecocq, secrétaire général de la CGT ArcelorMittal Dunkerque. Une fois la seconde lecture effectuée dans les deux chambres, il appartiendra aux présidents des deux assemblées ou au Premier ministre de convoquer, ou non, une commission mixte paritaire pour décider du sort de cette proposition.

Mais le Sénat et le gouvernement étant fermement opposés au projet, ce texte de loi a peu de chances d’aboutir. « Nationaliser crée l’illusion de la protection. Mais ça ne résoudrait ni la chute de la demande européenne, ni la concurrence mondiale faussée, ni les coûts de production qui pèsent sur la filière », a réagi Sébastien Martin, le ministre délégué à l’industrie, dans Le Monde.

Soupçons de délocalisation de la production

La persévérance de la CGT sur le dossier permet néanmoins de ne pas oublier un enjeu central de l’industrie française. « Les hauts fourneaux d’ArcelorMittal sont les seuls capables de produire massivement de l’acier en France », souligne Gaëtan Lecocq. Le géant indien, Mittal Steel, avait absorbé le groupe Arcelor, héritier de ce qui restait de la sidérurgie hexagonale, en 2006. Depuis la fermeture des hauts fourneaux de Florange en 2013, seuls trois fourneaux d’ArcelorMittal sont encore en fonctionnement en France : deux sur le site de Dunkerque et un à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).

« Les maintenir, c’est un enjeu de souveraineté nationale. Mais ce qu’on veut montrer à travers notre action, c’est qu’on n’a pas besoin de Mittal pour ça. L’État aurait tout à gagner à nationaliser », défend le syndicaliste. Depuis plusieurs années, la CGT ArcelorMittal France dénonce les manœuvres du patron de l’entreprise, le milliardaire indien Lakshmi Mittal, et le soupçonne de ne plus envisager la France comme un lieu de production d’acier sur le long terme.

Le syndicat en veut pour preuve les agissements de la firme dans la capitale française de l’acier, Dunkerque, où la multinationale emploie plus de 3000 personnes. « Cela fait des années que nous demandons une modernisation de notre outil de production et Mittal nous balade, on crève à petit feu », dénonce Gaëtan Lecocq.

En effet, en janvier 2024, la multinationale avait promis d’investir 1,8 milliard d’euros (dont 850 millions d’argent public français et européen) pour produire de l’acier sans charbon à Dunkerque. Le site représente entre 3 % et 6 % des émissions de CO2 en France et « les règles de décarbonation européenne s’alourdissent, cet investissement était donc un enjeu de survie », précise le cégétiste. Mais le groupe tergiverse, se disant en attente de décisions de soutien de l’Union européenne.

Bénéfices et suppressions de postes

L’investissement n’est finalement acté qu’en mai 2025, et il ne s’agit que de 1,3 milliard d’euros. Il comprend la construction d’un seul haut fourneau électrique, au lieu de deux. La construction prévue d’une usine de réduction directe du fer, qui permet également de produire de l’acier bas carbone, est abandonnée. « Ce n’est pas un investissement qui pérennise le site. C’est bien le signe qu’aujourd’hui, ArcelorMittal préfère investir en Inde et au Brésil », tranche Gaëtan Lecocq.

Pendant ce temps, les annonces de suppression de postes se succèdent et confirment les craintes de la CGT. Fin janvier, le sidérurgiste a annoncé un plan de délocalisation vers l’Inde des postes de l’informatique et d’autres fonctions dites de support. À l’échelle européenne, 5600 salariés devraient être concernés dans 20 pays. En France, 1600 postes devraient être supprimés sur divers sites.

Ces suppressions s’ajoutent à celles des années précédentes. En novembre 2024, ArcelorMittal annonçait un plan de licenciement de ses salariés de Reims et Denain, dans le Nord, (environ 130 personnes). En avril 2025, l’entreprise réitérait avec 636 suppressions d’emplois supplémentaires sur différents sites.

Le géant de l’acier a pourtant plus que doublé son bénéfice net en 2025. Avec 3,15 milliards de dollars pour 2025, contre 1,34 milliard en 2024.