À Montreuil, un ftour solidaire pour lutter contre l’exclusion

Bondy 2026-03-02 View source

L’idée a germé dans l’esprit d’un jeune Montreuillois, Rîdwan. « À l’époque, l’agora, c’était l’endroit où les gens se retrouvaient pour débattre, commercer, prier… C’était un lieu de vie, explique Rîdwan. Nous, on voulait recréer ça ici. » Le samedi  28 février, l’Agora a ainsi organisé, avec plusieurs associations, un ftour solidaire dans les locaux d’un centre de loisirs à Montreuil.

Pensée comme un espace ouvert et participatif, l’Agora entend lutter contre l’exclusion et la précarité en proposant bien plus qu’un simple repas. L’objectif est de créer un cadre accessible où chacun peut venir, contribuer et rencontrer l’autre, sans distinction entre organisateurs, bénévoles et participants. Ainsi, personne n’est réduit à un simple statut de bénéficiaire. Ici, on vient rompre le jeûne, mais également apprendre, transmettre et se rencontrer.

Un projet construit collectivement

L’idée n’a pas émergé d’un plan parfaitement structuré. « Ça n’avait ni queue ni tête au départ. Ça n’avait même pas de forme ou de nom », reconnaît Ridwan. « Si tout ça a pu être fait aujourd’hui, c’est parce qu’il y avait d’autres gens avec moi. Je ne l’aurais jamais fait tout seul. »

Autour d’eux, plusieurs associations se mobilisent : Umah’nity pour l’organisation du repas, La Friche Créative pour l’atelier photo, Safa et Abdou’Eat pour l’atelier cuisine. Une coopération pensée comme une réponse concrète aux réalités sociales actuelles.

L’objectif dépasse la simple distribution alimentaire. Il s’agit de lutter contre l’isolement, de créer de la mixité et de proposer un cadre digne et structurant.

Transmettre plutôt que simplement servir

Avant le ftour, les ateliers donnent le ton. Dans une salle, La Friche Créative, fondée par Nolwenn Ceib et Penda Traoré, propose une initiation à la photographie. « On ouvre les portes aux métiers créatifs à travers des initiations encadrées par des professionnels », explique Nolwenn. « Le but, c’est d’unir des personnes venues de milieux différents. »

Alan, connu sous le pseudonyme Ssefreh, anime l’atelier. Photographe et directeur artistique, il se réjouit de partager sa passion. « La transmission, c’est vraiment important. Ça me fait plaisir d’apprendre à des plus jeunes et peut-être de leur donner des conseils que moi je n’ai pas eus. »

Après avoir rappelé les bases techniques:  lumière, cadrage, retouches, il invite les participants à échanger et à réfléchir au sens de l’image. Un petit studio est installé. Les participants passent devant l’objectif, puis expérimentent et testent l’appareil. L’atelier devient un espace d’expression et de confiance.

Cuisiner pour le corps et pour le cœur

Dans une autre salle, l’association Safa organise un atelier cuisine animé par Abdou’Eat. Cinq recettes de boissons sont préparées pour accompagner la rupture du jeûne : thé aux agrumes caramélisés, eau aux graines de chia, café noyau de datte vanille, latte de dattes au faux safran, karkader à la camomille.

« Des boissons bonnes pour le corps, mais aussi bonnes pour le cœur », résume Abdou, qui souhaite sensibiliser les participants sur l’importance d’adopter une alimentation saine surtout pendant ce mois de jeûne.

Pour lui, être présent durant le ramadan a du sens. « C’est important d’être là, surtout dans l’épreuve du jeûne. C’est l’occasion de développer et de casser certaines idées reçues. » Autour des tables, on parle traditions, bienfaits des plantes, habitudes alimentaires. L’atelier crée du lien et une ambiance ludique et familiale.

Un ftour inclusif

À l’approche du coucher du soleil, l’association Umah’nity finalise les préparatifs du repas. Présidée par Mariam, l’association s’est d’abord construite autour d’actions humanitaires et de maraudes, avant de diversifier ses projets.

« On voulait rapprocher les gens. Qu’ils passent un bon moment, qu’ils viennent, qu’ils vivent et qu’on partage ce moment avec eux », explique-t-elle.

Lors de la rupture du jeûne, les tables se remplissent. Étudiants, familles, bénévoles, habitants : les profils se mélangent. La soirée se poursuit avec un quiz Kahoot de culture générale, des jeux de société et des discussions. Une salle est mise à disposition pour la prière.

Ici, la solidarité ne se limite pas à offrir un repas. Elle prend la forme d’un espace commun, où chacun peut participer, apprendre et échanger.

Une réponse locale à des réalités sociales

Pour Rîdwan, le projet ne s’arrête pas à cette soirée. « Chaque personne a joué un rôle précis dans le succès de cette soirée. Elles m’ont fait confiance et elles se sont jetées dans ce projet. »

En réunissant plusieurs associations autour d’un ftour participatif, “Agora” propose une réponse locale à des problématiques plus larges : précarité économique, isolement social, sentiment d’exclusion.

Le temps d’une journée, le centre de loisirs devient un véritable espace d’échange. Un lieu d’apprentissage, de débat et de partage. Une manière concrète de rappeler que lutter contre l’exclusion commence parfois par créer un espace dans lequel chacun se sent légitime.

Nawel Belouizdad

Photos: Emma Mensouri