Nadia Melliti, une entrée fracassante dans le cinéma français

Bondy 2025-10-22 View source

« Cannes est passée à une vitesse folle ! Je n’ai pas eu le temps de réaliser que je vivais un moment exceptionnel. Être au milieu de toutes ces personnes que je regardais au cinéma plus jeune était époustouflant ! », raconte Nadia Melliti. Rencontrée à Paris, la jeune femme de vingt-trois ans apparaît décontrée à quelques jours de la sortie de « La petite dernière » dans lequel elle joue son tout premier rôle au cinéma.

« Pour l’instant je suis focalisée sur ma troisième année de Staps, j’ai un concours à passer. J’ai toujours voulu faire ça, et m’arrêter après ma récompense à Cannes, c’était un peu me compromettre », explique-t-elle.

Le football comme obsession

Il va sans dire que le parcours de Nadia est des plus détonnant. Elle qui n’avait jamais mis les pieds sur une scène de théâtre ou sur un plateau de cinéma, se retrouve un soir de mai dernier, à être appelée par Halle Berry afin de recevoir le prix d’interprétation féminine. Rien ne laissait présager une telle entrée dans le monde du septième art pour la lauréate.

Car avant le cinéma, celle qui a grandi dans la cité Gagarine à Romainville, en Seine-Saint-Denis, n’a qu’une seule obsession : le football. « Tout le monde jouait au foot dans mon quartier, donc rapidement j’ai accroché avec ce sport. J’ai commencé à jouer en club aux Lilas (Seine-Saint-Denis), d’abord avec les garçons parce qu’il n’y avait pas de section féminine. Puis j’ai évolué avec les filles à mes quinze ans », se souvient-elle.

Je me suis retrouvée en fauteuil roulant pendant des mois. Ça a été une période très difficile pour moi

Grande fan de Cristiano Ronaldo, la Romainvilloise passe son temps libre sur le terrain de son quartier au point d’en inquiéter sa mère. « Ma mère n’était pas trop chaude pour que je joue au foot. Elle craignait de ne me voir traîner qu’avec des garçons et qu’ils me blessent. Perso, ça ne me dérangeait pas d’être qu’avec des garçons et de ne pas traîner avec des filles (rires). » Nadia fait très rapidement sensation balle aux pieds. Très vite, les clubs se précipitent pour l’enrôler dans leur centre de formation : « Je recevais pleins de propositions pour passer des détections ou pour intégrer des pôles espoirs dont celui de Tours. Mais dans le même temps, le Paris-Saint-Germain est venu vers moi. Je ne pouvais pas dire non à Paname (rires) ».

Alors âgée de 15 ans, Nadia évolue en U19 dans le club parisien. Elle y reste un an avant de rejoindre le club de Saint-Maur (Val-de-Marne) et de s’y blesser gravement. Une fracture du péroné et de la malléole mettra fin à ses rêves de joueuse professionnelle. « Je me suis retrouvée en fauteuil roulant pendant des mois, j’ai eu un plâtre immense qui va de la cheville au bassin. Ça a été une période très difficile pour moi. »

« J’étais à la limite de la déprime, du jour au lendemain je suis redevenue totalement dépendante de quelqu’un. Le plus dur a été de tirer une croix sur ma carrière de joueuse, après toutes ces années d’effort », souligne Nadia.

La rencontre avec Audrey Gini : « Je l’ai d’abord prise pour une touriste »

Grande passionnée de sport, Nadia se réoriente vers des études de STAPS après l’obtention de son baccalauréat. Elle entame son cursus à l’Université de Paris 13, sur le campus de Bobigny. C’est à cette période qu’une rencontre va changer sa vie. Alors même qu’elle traverse le pont Neuf non loin de la Samaritaine pour rejoindre des amis, elle est arrêtée en chemin par Audrey Gini, directrice de casting.

« Je l’ai d’abord prise pour une touriste qui était perdue et qui allait me demander son chemin (rires). Elle m’explique rapidement son travail et que mon profil lui avait tapé dans l’œil. Quand on s’est quittées, elle m’a laissé ses coordonnées. Je n’en revenais pas, c’était tellement lunaire ! »

J’ai tout de suite été touchée par la beauté et la complexité du rôle

De nature entreprenante, Nadia se dit qu’elle n’a rien à perdre et passe donc plusieurs castings pour le rôle de Fatima. « Je ne connaissais pas du tout le livre. Quand je l’ai lu, j’ai tout de suite été touchée par la beauté et la complexité du rôle. Sa lutte entre l’assomption de son homosexualité et l’islam était quelque chose de fort », se souvient-elle.

Le sujet est périlleux, d’autant plus pour une première expérience au cinéma. Mais Hafsia Herzi ne s’y est pas trompée en confiant le rôle à Nadia, tant sa performance d’écorchée vive à la sensibilité extrême est époustouflante. La suite ? Un prix d’interprétation à Cannes, apposant son nom aux côtés de Juliette Binoche, Meryl Streep ou encore Penélope Cruz.

Rester soi-même

Alors qu’elle est retournée sur les bancs de la fac il y a quelques semaines, Nadia l’actrice ne passe plus inaperçue dans les couloirs de Paris 13. « Je me suis pas mal fait charrier par mes camarades et mes potes quand je suis revenue en cours. Beaucoup se demandaient ce que je faisais encore à Bobigny (rires). Ils m’ont tous félicités et étaient très contents de ce qui m’arrivait. »

Elle qui n’avait prévenu aucun membre de son entourage lors du tournage se retrouve en tête d’affiche du cinéma français. Sera-t-elle récompensée d’un César au théâtre du Châtelet, là où est remis chaque année le Ballon d’Or ? L’histoire n’en serait que plus belle.

Félix Mubenga avec Nawel Belouizdad