Au Cergy Pontoise FC, l’aide aux devoirs s’installe pour accompagner pleinement les joueuses
Sous les cris étouffés en provenance des terrains agités, des jeunes, stylos à la main, sont penchés sur leurs cahiers. Maths, Espagnol, Physique, tout y passe avec Emna Rassaa, leur professeure, dans un environnement pas comme les autres.
C’est dans les locaux administratifs du stade Salif Keita à Cergy (Val d’Oise) que sont organisés ces cours d’aide aux devoirs pour les filles du club. Une initiative portée par la section féminine du Cergy Pontoise Football Club (CPFC). Jacqueline Coly, la responsable de cette section souhaite « former les filles pour que, demain, elles soient armées pour réussir dans la société dans laquelle on vit ».
Un accompagnement renforcé
Du haut des gradins à l’orange distinctif du stade, il est possible d’observer plusieurs terrains où des dizaines d’enfants jouent la balle au pied. Les jeunes qui les entraînent enfilent leur parka aux couleurs bleu du CPFC. C’est pour toute cette jeunesse aux crampons et aux sifflets que Jacqueline Coly a souhaité lancer cette initiative scolaire.
Avant de créer des jeunes footballeuses ou des jeunes footballeurs, on crée les citoyens et les citoyennes de demain
Ancienne footballeuse professionnelle passée par l’OM et le RC Lens, et responsable adjointe de la section féminine, Namnata Traoré se réjouit de cette initiative et espère la voir s’étendre. « On a tendance à faire l’impasse sur l’aspect humain, social et éducatif. Avant de créer des jeunes footballeuses ou des jeunes footballeurs, on crée les citoyens et les citoyennes de demain », insiste la sportive.
Si ces cours ont d’abord été imposés par le club et les parents, les licenciées ont fini par y venir d’elles-mêmes. Un léger sourire aux lèvres, Emna Rassaa, professeure particulière et fondatrice de Performance Scolaire, explique que c’était « une manière d’être plus proche des élèves, de leur montrer qu’il y a le foot mais que les études aussi, c’est très important ».
Et les résultats suivent. Ella, élève en 3e, s’en est bien rendue compte, grâce à tous ces mercredis à bûcher. La progression s’est fait sentir sur ses bulletins de notes et sur sa concentration en cours. C’est avec joie qu’elle revient cette année avec ses amies Léna et Ambrino.
L’importance sociale du club
En plein milieu de la ville, le club de football de Cergy s’est imposé comme le cœur de la vie de nombreux jeunes. C’est également là que Emna a grandi, là où son frère a fait du football, là où elle-même en a fait. Au centre de la démarche de soutien scolaire, une observation revient à chaque interview : l’importance du club dans le développement social du jeune.
« On néglige l’influence des coachs de football sur les enfants, c’est pourquoi nous souhaitions créer une communauté pédagogique », explique l’enseignante. Elle ajoute que dans la vie d’un enfant, l’influence des parents n’est pas la seule et qu’il faut un village pour l’éduquer. Un village que l’on peut trouver au sein des infrastructures sportives. L’enthousiasme des entraîneurs avec ce soutien scolaire est transmis aux joueuses et joueurs qui prennent leurs entraînements et leurs études d’autant plus au sérieux.
Le soutien scolaire a longtemps été le secret des enfants qui ont les moyens et qui réussissent
C’est avec une fierté non dissimulée qu’Emna évoque la progression de ses élèves et le rôle du sentiment d’appartenance au club. Au stade, les jeunes ont l’opportunité d’un accompagnement gratuit dans le cadre de leur licence sportive qu’ils n’auraient pas forcément pu avoir chez eux. Selon la professeure, « le soutien scolaire a longtemps été le secret des enfants qui ont les moyens et qui réussissent ».
Un dispositif qui se multiplie dans les clubs sportifs
Cette tendance s’étend au-delà de la région parisienne où les instances officielles du football développent des projets comme “club de vie”. Comme son nom l’indique, ce dispositif a pour objectif de valoriser le lieu de vie que représente un club de football dans le quotidien des jeunes joueurs.
Lancée dans toute la France par la Fédération Française de Football (FFF) et le fond de dotation Fondaction du Football qui travaille sur les questions sociétales autour du sport, Puissance Foot se concentre sur la question de l’accompagnement scolaire. Lancée en 2016 par le Fondaction puis reprise post-Covid par la FFF, elle permet d’organiser gratuitement de l’aide au devoirs au sein des clubs pour tous ceux désireux de s’investir dans le projet.
En banlieue, le taux de décrochage est important alors la mise en place de ces solutions est assez formidable
D’après le délégué général de Fondaction, Guillaume Naslin, « en banlieue le taux de décrochage est important alors la mise en place de ces solutions est assez formidable ». Avec en moyenne une quarantaine de licenciés impactés par club, le défi de trouver des professeurs disponible a été rendu possible grâce à une convention avec l’Institut National Supérieur du Professorat (INSPE) qui envoie de futurs enseignants dans le cadre de leur formation.
À Massy, dans l’Essonne, la Massy Academy propose aux licenciés un suivi scolaire avec pour objectif « d’aller au-delà de leur mission sportive. » Des clubs professionnels comme le Red Star à Saint-Ouen sont en discussion pour s’inscrire dans une démarche similaire alors même qu’ils mènent déjà des actions de découverte culturelle avec le Red Star Lab.
Au CPFC, un nouveau défi attend le club et Performance Scolaire : la mise en place de cette aide à tous les niveaux, filles comme garçons. Un challenge de près de 1 050 licenciés de moins de 16 ans au club dont le but est de donner accès aux ressources académiques au plus grand nombre. La mission de Léna est d’avoir des goûters pendant les cours.
Hana Goudjil