Le gouvernement a marqué, la semaine dernière, un recul sur sa réforme du lycée professionnel, engagée depuis 2023. C’est un soulagement pour les syndicats enseignants, qui s’opposent en particulier à la réduction du temps scolaire des élèves.
Le ministère de l’Éducation a annoncé, le 17 février, que les lycées professionnels verront, en 2027, les examens du baccalauréat rétablis à la mi-juin. Et non plus fin avril, tel que cela avait été modifié par la réforme de l’enseignement professionnel, lancée en 2023 par le gouvernement.
Cette réforme avait instauré un « parcours différencié » d’une durée de six semaines. Après les examens d’avril, les élèves se voyaient proposer deux modules : ils pouvaient choisir de poursuivre les cours ou d’effectuer un stage en entreprise. Le ministre a annoncé la semaine dernière que ce parcours différencié, rebaptisé « parcours personnalisé », sera désormais réduit à deux semaines. Il avait déjà été réduit une première fois à quatre semaines pour l’année scolaire 2025-2026.
Ces annonces marquent un recul progressif du gouvernement face à la large contestation de la réforme du lycée pro. En ramenant le baccalauréat à sa date initiale, en juin, en réduisant la durée du parcours différencié et en décalant son calendrier (les quinze jours différenciés devront désormais être réalisés avant la fin mars), le gouvernement répond partiellement aux critiques des syndicats enseignants émises depuis trois ans.
Un « instrument de tri »
Avancer les examens du bac avait pressurisé les équipes, contraintes de boucler le programme scolaire plus tôt. Aussi, les syndicats voyaient dans le parcours différencié un « instrument de tri », comme le résume encore aujourd’hui Philippe Dauriac, de la CGT-Éduc’action. Ne pas donner le même nombre d’heures de cours à tout le monde « brise le cadre égalitaire, là où nous considérons que tous les élèves de terminale devraient avoir le même parcours de terminale », estime le syndicaliste.
Le choix du module entre cours ou stage pourrait creuser des inégalités socio-économiques entre élèves, dénoncent les syndicats enseignants. Pour les jeunes issus des classes populaires, la gratification de 100 euros par semaine ouverte par le module en entreprise constitue souvent un facteur décisif. « Chez nous, en milieu rural, où le pourcentage de familles précaires explose, ça a fait la différence », expliquait à Rapports de force, en juin dernier, Emmanuelle Lavaud, enseignante en lettres-histoire dans la Vienne.
La recherche de stage elle-même est discriminante. « Si vous n’avez pas les moyens d’être mobile, si vous êtes une fille dans une filière perçue comme masculine, si vous êtes de telle origine géographique, ou que vous n’avez pas de réseau familial... », cite Philippe Dauriac. Trouver un stage peut vite s’apparenter à un parcours du combattant, d’autant que ces semaines différenciées en terminale interviennent en même temps que les périodes de stage de seconde et de première... ce qui sature l’offre disponible.
Beaucoup d’élèves décrochent
Résultat : entre la difficulté à trouver un stage d’un côté et le manque de pertinence à venir en cours une fois passés les examens du baccalauréat, beaucoup d’élèves décrochent. En juin 2025, année de l’entrée en vigueur généralisée du parcours différencié, le syndicat Snuep-FSU dénombrait deux tiers d’élèves absents après les examens d’avril. Une mission flash parlementaire, conduite par une députée du Modem et un député écologiste, publiée en juillet 2025, dressait un constat sévère : « Des témoignages nombreux et convergents conduisent à penser qu’il s’agit d’un échec patent. »
Les différentes sections du syndicat FSU ont donc salué, au lendemain de l’annonce du ministre de l’Éducation Édouard Geffray, « une victoire des personnels mobilisés et des organisations syndicales qui n’ont rien lâché depuis trois ans ». Mais, ajoute l’organisation, « le combat doit continuer car le parcours personnalisé n’est pas complètement enterré ». En effet, si le « parcours différencié » a changé de nom pour devenir « parcours personnalisé » et que sa temporalité a été revue, le fond reste le même : demander aux jeunes en lycée pro de choisir entre l’école ou l’entreprise.
Le ministère défend, dans sa communication parue le 18 février, un parcours qui permettrait de « sécuriser l’entrée dans la vie active » tout en « soutenant les besoins en compétences des secteurs porteurs d’innovation ». Côté syndical, on voit ici plutôt une assignation territoriale et sociale des élèves au bassin d’emploi local. Et un rapprochement toujours plus fort entre le monde des études et celui de l’entreprise. Le ministère met, par exemple, en avant avec sa réforme, « l’installation de bureaux des entreprises dans chaque lycée professionnel ».
Les lycées pro ont déjà été amputés de nombreuses heures d’enseignement au fil des réformes des dernières années. La loi de 2018 sur l’avenir professionnel, une réforme menée par Jean-Michel Blanquer, avait fait perdre entre huit et onze semaines de cours aux lycéens du bac pro, selon les filières. La nouvelle réforme de 2023 en supprime deux de plus. Au total, ces jeunes « ont donc perdu, en quelques années, entre dix et treize semaines de cours. C’est considérable », regrette Philippe Dauriac, de la CGT. La réforme « contribue au renoncement de la nation pour sa jeunesse la plus fragile », dénonce la FSU. Près de 70 % des élèves de lycée professionnel sont enfants d’ouvriers, d’inactifs ou d’employés.