À La Courneuve : le triomphe d’Aly Diouara, enfant de la cité des 4 000
La soirée était chargée d’émotions à la mairie de La Courneuve. Le nouveau maire, Aly Diouara, entré dans la salle des fêtes porté par la foule quelques minutes après l’annonce des résultats, n’a pas pu retenir ses larmes, comme beaucoup de ses soutiens, venus en nombre dans une salle comble à l’atmosphère électrique.
Il faut dire qu’avant d’être élu député en 2024 dans la cinquième circonscription de Seine-Saint-Denis, Aly Diouara en a parcouru du chemin. Quel symbole tout de même, celui d’un enfant d’une famille issue de l’immigration, né dans l’un des plus grands quartiers prioritaires du pays, longtemps stigmatisé : la cité des 4 000. En 2005, alors qu’il avait tout juste 18 ans, il a vu Nicolas Sarkozy, en bas des tours de son quartier, promettre devant les caméras de télévision de « nettoyer la cité au Kärcher ». Vingt ans plus tard, la victoire de Diouara résonne avant tout comme celle des enfants des quartiers populaires de la ville, venus en masse célébrer le triomphe du candidat insoumis. Pour la première fois peut-être à La Courneuve, ils ont réellement pris leur destin en main.
Autre symbole, la présence de Bally Bagayoko, fraîchement élu maire de la ville voisine, Saint-Denis, dès le premier tour, à la surprise générale. Dans les deux communes, la configuration était peu ou prou la même. Dans des villes fortement acquises à la gauche, le scrutin a donné lieu à un duel entre une liste PS opposée à une tête de liste LFI soutenue par le PCF.
Aly Diouara aux côtés de Bally Bagayoko @NevilGagnepain
Une victoire sur le fil
À La Courneuve, il s’en est fallu de peu pour que la ville ne bascule dans l’escarcelle socialiste. On pouvait pourtant s’attendre à une large victoire du candidat insoumis, arrivé en tête avec 38 % des suffrages exprimés au premier tour dimanche dernier, trois points devant le socialiste Oumarou Doucoure, par ailleurs premier adjoint du maire sortant. Mais surtout, la candidate soutenue par la municipalité sortante communiste Nadia Chahboune, arrivée troisième avec près de 22 % des voix, avait choisi de fusionner sa liste avec celle d’Aly Diouara pour le second tour. Arithmétiquement, la victoire était acquise.
Pourtant, quelques minutes avant les résultats officiels, l’inquiétude était palpable dans la salle qui accueillait aussi le bureau de vote numéro 1. À la fin du dépouillement, Oumarou Doucouré est donné en tête dans ce bureau. Le bruit court que le scrutin va être extrêmement serré. Quand le couperet tombe, un ouf de soulagement parcourt la mairie. Aly Diouara l’emporte avec 51,53 % des voix. La participation dans la ville de 46,44 % est en légère hausse par rapport au premier tour et en très forte hausse par rapport au scrutin de 2020, qui avait vu seulement 27 % des électeurs se rendre aux urnes.
Aly Diouara aux côtés de Nadia Chahboune @NevilGagnepain
La fin de l’ère communiste
Dans la ville de 47 000 habitants, c’est aussi une page d’histoire qui se tourne. C’est la fin de près de 70 ans d’administration communiste et de 30 ans de mandat pour le maire sortant Gilles Poux, qui avait choisi de ne pas se représenter. Dans ce contexte, la bataille pour sa succession s’annonçait âpre, avec un Parti communiste en perte de vitesse, un Parti socialiste en embuscade et une France insoumise qui avait coché la ville parmi celles possibles à gagner cette année.
Et la campagne a connu ses remous. Sur les réseaux sociaux, fin février, Aly Diouara avait accusé Oumarou Doucouré d’avoir distribué des colis alimentaires et des enveloppes de cash en échange de soutiens électoraux. Début mars, l’insoumis a été condamné en diffamation à 500 euros d’amende avec sursis et à verser 3 000 euros de dommages et intérêts à son adversaire. Il a fait appel de cette condamnation. Mais le cofondateur de la Seine-Saint-Denis au cœur !, désormais maire, évacue : « Ce qui s’est passé à la Courneuve les dernières semaines n’est pas à la hauteur, parce que la Courneuve n’est pas une ville de division, c’est une ville d’union ».
L’ancien édile Gilles Poux, au micro, s’est quant à lui réjoui que la ville reste solidement ancrée à gauche, autour de « valeurs de solidarité et d’entraide » et a appelé à l’union autour de son successeur insoumis.
Névil Gagnepain