Collectif le Revers : « Une démocratie saine, c’est une démocratie qui s’occupe des plus précaires »
La scène se déroule devant l’hôtel de ville de Paris, ce dimanche, en fin d’après-midi. Au rythme des basses d’une sono, une quarantaine d’associatifs scandent des slogans et craquent des fumigènes. Les participants sortent à tour de rôle d’un isoloir disposé sur le parvis de la mairie central sous le regard surpris de groupes de touristes.
Ils s’élancent à travers la fumée multicolore et remontent un tapis rouge de 15 mètres pour venir déposer une pancarte marquée d’un slogan dans une urne géante : « Je vote pour une ville qui ne laisse pas les ados dormir sur le trottoir », « une ville qui héberge toutes les mamans à la rue », « une ville qui ne répond pas au sans abrisme par le nettoyage social »…
Cette action de com éclaire, qui aura durée une poignée de minutes, est organisée par le Collectif le Revers. Ce dernier avait déjà attiré l’attention des médias et politiques dans les rues de la capitale durant les Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024, sous le nom du Revers de la Médaille. Dans sa première version, le collectif inter-associations comptait pendant la période JOP plus de 80 organisations signataires.

Les propositions politiques pour combattre la précarité sont trop rares
Ces associations qui interviennent auprès des populations les plus précaires s’étaient fédérées pour dénoncer le « nettoyage social » qui allait de pair avec l’organisation de l’événement. En un an et demi, plus de 20 000 personnes avaient été expulsées de leur habitat précaire dans la région Île-de-France, rappel le Revers dans une tribune publiée ce dimanche et signé cette fois par une trentaine d’associations, dont Médecins du monde, Utopia 56, ATD Quart Monde ou encore la Fédération des acteurs de la solidarité.
« Si les pouvoirs publics se préoccupent périodiquement de faire disparaître le phénomène du sans-abrisme en fonction des événements sportifs ou de la météo, les propositions politiques pour combattre la précarité sont trop rares », constatent les associations.
Après les JOP, continuer la lutte pour les sans-abris
Ces différents acteurs ont décidé de poursuivre l’élan fédérateur et les liens inter assos créés pendant les JOP et font face au constat de leur impuissance individuelle face à l’aggravation de la précarité dans le pays : « En 10 ans, le nombre des personnes sans domicile a doublé en France ». Le collectif a donc décidé de maintenir la pression sur les décideurs et lance ainsi une nouvelle campagne avec, dans le viseur, les élections municipales dans la capitale.
L’objectif : rendre visible les personnes sans domicile lors des municipales et pousser les candidats à la mairie à se positionner. « Une démocratie saine, c’est une démocratie qui s’occupe des plus précaires. Il y a 3 500 personnes dehors, ce n’est rien à l’échelle d’une ville comme Paris », assène Paul Alauzy, l’un des porte-paroles du collectif au micro.
On veut faire du sans-abrisme et de la solidarité, un sujet prioritaire dans les plans des différents candidats aux municipales
« Trop de gens vont se heurter au sans-abrisme, qui empêche souvent leur accompagnement et la suite de leurs parcours de soins, administratifs, juridiques et sociaux », décrit Charlotte Kwantes, aussi porte-parole du collectif après l’action.
« On veut faire du sans-abrisme et de la solidarité, un sujet prioritaire dans les plans des différents candidats aux municipales », ajoute celle qui est également chargée de communication et de plaidoyer auprès de l’association Utopia 56. Et ce, autant pour les mairies d’arrondissements que pour la mairie centrale.

La crainte d’un nettoyage social pendant et après la campagne
Si le collectif cherche à s’appuyer sur les municipales pour obtenir des politiques volontaristes sur la prise en charge des personnes les plus précaires, c’est aussi parce que l’échéance électorale charrie son lot d’inquiétudes.
On craint que les maires d’arrondissements candidats à leur réélection veuillent faire place nette
« On craint que les maires d’arrondissements candidats à leur réélection veuillent faire place nette avant l’élection et “nettoient” les rues », avance Paul Alauzy, coordinateur régional de la veille sanitaire chez Médecins du monde. Il évoque aussi l’ombre de « l’internationale réactionnaire », qui gagne du terrain, et la crainte de voir un changement de municipalité mettre à l’agenda des politiques toujours plus réactionnaires.
« On voit bien que des prises de position de plus en plus réactionnaires et des passages à l’acte viennent attaquer directement les personnes les plus précaires au croisement de toutes ces problématiques : C’est vrai pour les personnes étrangères et exilées. C’est vrai aussi pour les usagers de drogue, ou pour les travailleurs et les travailleuses du sexe », déplore Charlotte Kwantes.
Alors, quitte à nager à contre-courant, le collectif le Revers veut remettre au centre ces problématiques. « C’est en prenant en charge, en accompagnant, en étant solidaires et dans l’entraide que tout le monde pourra être dans une ville réellement accueillante et hospitalière. »
Névil Gagnepain