À Bondy, Jean-Luc Mélenchon fait bloc
« Il paraît que c’est moi le président de Bondy », plaisante Jean-Luc Mélenchon devant une audience conquise réunie dans le préau d’une école de la ville, ce mardi 4 mars. Et, en effet, si la dernière présidentielle s’était jouée à Bondy, le chef des Insoumis aurait été élu dès le premier tour à 54 %, très loin devant Emmanuel Macron qui avait glané 19 % de voix au premier tour.
Malgré ses scores, c’est dans une ville tenue par la droite que se tient le meeting du candidat insoumis, Mehmet Ozguner. En 2020, la ville historiquement socialiste est tombée à droite, la faute à « un système qui s’est refermé sur lui-même », estime le candidat insoumis. Ce scrutin avait également pâti d’une abstention record (64%) en pleine crise sanitaire et d’un climat délétère.
Le candidat de 26 ans qui a fait une entrée précoce en politique compte ramener la ville dans le giron de la gauche. Une entreprise pas si aisée. Face au maire de droite, la gauche part divisée. Le candidat socialiste, Frédéric Mallozi, a scellé une alliance avec les Écologistes et Génération.s ; Mehmet Ozguner part avec les communistes dans le cadre d’un accord départemental. À cela s’ajoutent deux candidatures de gauche, celle de Mohamed Moghrani et celle d’Atika Rachdi.
Une gauche divisée à 11 jours des municipales
Au national, la donne est encore plus tendue et pourrait influer sur les scrutins locaux. Le Parti socialiste a annoncé, mardi 3 mars, qu’il fermait la porte à tout accord national pour les municipales. Le PS accuse Jean-Luc Mélenchon de « conflictualiser chaque événement, en multipliant les caricatures complotistes et propos antisémites intolérables ». Il lui reproche d’avoir ironisé sur la prononciation du nom de Jeffrey Epstein et d’avoir écorché, quelques jours plus tard, celui de Raphaël Glucksmann.
À Bondy, le chef des Insoumis plaide l’erreur et affirme avoir buté pendant des années sur le nom de la députée LFI de la circonscription, Nadège Abomangoli, présente à ce meeting. Si, chose rare, Jean-Luc Mélenchon s’est excusé d’avoir déformé le patronyme de Raphaël Glucksmann, il est vite revenu à la charge, fustigeant un Parti socialiste coupable de couardise : « Dès que les chiens se mettent à aboyer, les premiers qui se sauvent, c’est les socialistes ». « Un parti que nous avons tiré du néant », fulmine-t-il.
La veille, le tribun insoumis avait appelé les militants socialistes à se désolidariser des « consignes de division » de leur direction. « La ligne qu’ils appliquent nous mène tout droit à la défaite », accuse le chef des Insoumis. « Quoiqu’il en soit, on ne peut pas laisser passer l’extrême droite », conclut-il.
Sans consigne claire, le second tour des municipales s’annonce kafkaïen et pourrait représenter une aubaine électorale pour la droite et l’extrême droite, y compris à Bondy.
L’abstention, comme à chaque élection, représentera elle aussi un facteur clé et les Insoumis misent sur la mobilisation des classes populaires pour créer la surprise. Mais avec une actualité nationale et internationale bouillante, la campagne municipale peine à s’imposer dans le débat public. « Notre adversaire, ce n’est pas un homme, c’est la résignation », a bien conscience Mehmet Ozguner.
Hervé Hinopay et Héléna Berkaoui